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Timide réapparition de couples mixtes en Bosnie, malgré de profondes divisions ethniques




Timide réapparition de couples mixtes en Bosnie, malgré de profondes divisions ethniques
Une génération après la guerre, les couples mixtes réapparaissent timidement en Bosnie, ignorant blessures anciennes et préjugés. Mais les enfants issus de ces mariages sont marginalisés dans une société fondée sur l’appartenance ethnique.
Sandra Zaimovic rêve de décorer un sapin à Noël prochain pour son premier enfant. Mais ce couple de Sarajevo compte bien célébrer aussi la principale fête musulmane, Aïd al-Adha.
Sandra, Croate élevée dans la confession catholique, et son mari Rusmir, issu d’une famille musulmane, souhaitent que leur enfant connaisse les deux traditions.
“Je trouve que c’est un avantage pour les enfants de grandir dans deux cultures. Je suis très heureuse d’avoir, tout en étant catholique, un nom de famille de consonance musulmane”, confie Sandra, 32 ans, employée dans une organisation caritative catholique.
Autrefois présentée comme un “paradis d’harmonie interethnique” au sein de l’ex-Yougoslavie, la société bosnienne a été déchirée par la guerre (1992-95), qui a opposé ses trois principales communautés (serbe, croate et musulmane).
De nombreux couples mixtes n’ont pas pu y résister et se sont séparés. D’autres ont quitté la Bosnie et ne sont jamais revenus.
Avant le conflit, les couples mixtes représentaient près de 13% du nombre total d’unions conclues en Bosnie. Aujourd’hui, ils n’en représentent que 4%, selon les statistiques officielles.
Le pays compte aujourd’hui 3,8 millions d’habitants, dont environ 40% de musulmans, 31% de Serbes, chrétiens orthodoxes et 10% de Croates, catholiques.
Plus de deux millions de personnes ont été déplacées pendant le conflit, qui a fait quelque 100.000 morts. Le pays est devenu une mosaïque d’enclaves, où les différentes ethnies ont peu de chance de se croiser.
Sandra, elle-même issue d’un mariage mixte, de mère croate et de père serbe, a rencontré Rusmir en 2003, chez des amis, et l’a épousé deux ans plus tard.
“Nous ne nous sommes jamais posé de question sur notre appartenance ethnique ou sur notre confession”, assure Rusmir Zaimovic, un informaticien de 33 ans.
Si leurs familles ne voyaient aucun inconvénient à leur union, bien des gens autour d’eux se sont interrogés sur sa pérennité.
“Je croisais souvent des gens qui me demandaient comment ma mère réagissait, comment nous deux gérons ça”, raconte Sandra, qui compte parmi ses amis de nombreux couples mixtes.
“Durant cette période de paix, de presque vingt ans, les divisions interethniques sont devenues encore plus profondes. Si vous interrogez les gens, ils vous diront que (les couples mixtes) ne représentent aucun problème, mais entre les quatre murs d’une maison, on trouve de terribles préjugés”, explique l’ethnologue Ugo Vlaisavljevic.
La campagne de “nettoyage ethnique” menée par les Serbes de Bosnie contre les Bosniaques musulmans, le massacre de quelque 8.000 musulmans à Srebrenica (est) en juillet 1995, qualifié de génocide par la justice internationale, ont fait voler en éclat l’image de coexistence pacifique des communautés promue à l’époque communiste.
Outre l’ostracisme dont ils font souvent l’objet, ces couples mixtes subissent les conséquences du système politique mis en place par l’accord de paix de Dayton, qui est basé sur l’appartenance ethnique, fait valoir Neda Perisic, une anthropologue bosnienne.
Signé fin 1995, il a consacré la division de la Bosnie en deux entités, une serbe et l’autre croato-musulmane.
“En Bosnie, il n’y a pas de droits de l’individu, il y a seulement des droits collectifs”, explique Mme Perisic.
Ainsi, la quasi-totalité des postes dans l’administration et les compagnies publiques sont réservés aux membres des trois communautés dites “constitutives” (serbe, croate, musulmane). Refuser d’être “casé” dans une de ces communautés, ce qui est le cas de la plupart des enfants issus de mariages mixtes, réduit ses chances de trouver du travail dans le secteur public, qui est le plus grand employeur dans ce pays où le taux de chômage est supérieur à 40%, note Mme Perisic.

AFP
Mardi 23 Avril 2013

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