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Thème d’une journée d’étude organisée par le CJD : L’intrapreneuriat pour les PME, tautologie ou nouvelle réalité ?




Qu’est-ce que l’intrapreneuriat ? Est-il nécessaire au développement et à la pérennité des PME ? Comment le concept est-il compris par les différentes parties prenantes ? Comment contribuent-elles au développement de cet esprit auprès des collaborateurs et quel rôle doivent-elles jouer ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, qu’a tenté de répondre le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise Maroc (CJD), lors de la 7ème journée nationale de l’entreprise, organisée le 19 mars à Casablanca, sous le thème « L’intrapreneuriat pour des PME»
Dans son allocution d’ouverture, Ahmed Réda Chami, ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, a expliqué que l’intrapreneuriat est la capacité à entreprendre, innover et décider afin de permettre à l’entreprise de grandir et de mieux saisir les opportunités que son inertie naturelle laisserait passer.
Mais cet outil de gestion des ressources humaines n’est pas dénué de risque car : «si tous les salariés sont des intrapreneurs, l’entreprise est menacée de perdre au niveau management et  discipline», a-t-il précisé. Donc, pour s’en sortir, le ministre estime que chaque entreprise devrait avoir un nombre d’intrapreneurs en conformité avec son business modèle et en fonction de son domaine d’intervention.
Quant à la perception de l’intrapreneuriat au Maroc, M. Chami pense qu’on a encore du  chemin à parcourir et que l’esprit intrapreneurial passe par l’éducation et l’enracinement d’une nouvelle culture. Pour y arriver, il a indiqué qu’il faut mettre les outils adéquats pour forcer les gens à réfléchir et  susciter l’esprit de risque et d’innovation.
Mais qu’en est-t-il de ce concept chez les chercheurs et les praticiens ? Pour Brahim Allali, professeur à HEC Montréal et spécialiste en PME, l’intrapreneuriat est un concept en vogue. Il est polysémique, polyphonique et polymorphe qui souffre d’un manque de consensus autour de sa définition. On peut parler également de para-subordination, d’entrepreneuriat salarié ou renouveau organisationnel. Cependant, ces notions souvent utilisées pour désigner le phénomène intraprenurial, ne sont pas toutes parfaitement interchangeables et certaines d’entre elles renvoient à d’autres réalités.
Pour remédier à cette situation, les chercheurs se sont mis d’accord pour assimiler l’intrapreneuriat  à la manifestation de caractéristiques entrepreneuriales et en particulier, de celles liées à l’innovation et à la prise de risques chez des salariés de l’entreprise.
Pour le professeur Allali, un entrepreneur n’est pas intrapreneur. L’entrepreneur est un porteur de projets qui est comptable des risques et des revenus de cette entreprise. Quant à un intrapreneur, il s’agit d’un ou de plusieurs individus qui, en association avec une grande entreprise à laquelle ils appartiennent, créent une nouvelle organisation qui peut rester intégrée à l’entreprise-mère ou être une spin-off. « Le premier est indépendant et rémunéré au profit, le second est autonome et rétribué par un salaire et des bonus », a-t-il tenu à préciser.
L’intervenant distingue six types organisationnels ou figures d’intrapreneurs. « Il y a le confirmé, le hardi, l’insurgé, le réservé, l’encadré et enfin le gestionnaire exécutant. Chaque type convient mieux à certaines configurations organisationnelles que d’autres», a-t-il souligné.
Pourtant, la figure de l’intrapreneur ne fait pas l’unanimité chez les managers, a indiqué M. Allali, car s’il est considéré comme un sauveteur par certains du fait de sa capacité d’innovation, d’autres le regardent d’un mauvais œil et le considèrent comme un élément perturbateur, incompatible avec les structures organisationnelles de l’entreprise basées sur une hiérarchisation de pouvoir.
Le professeur Allali estime qu’une entreprise a besoin du profil d’intrapreneur comme celui d’un employé conformiste. Et pour y arriver, il pense qu’il est nécessaire à la fois de mettre en place un contexte organisationnel propice et de sélectionner des employés à potentiel intrapreneurial. « Le GRH  est censé changer d’attitude vis-à-vis de sa fonction et d’encourager la prise d’initiative plutôt que le conformisme. Si la firme perd son esprit d’intrapreneuriat, elle risque de perdre de son agilité et de sa capacité à suivre l’évolution du marché », a-t-il affirmé.
Toutefois, une question demeure : comment les dirigeants marocains perçoivent-ils la question de l’intrapreneuriat ? Jamal Belahrach,  président commission Emploi CGEM, pense que l’humanité est entrée de plain-pied dans l’ère du capital humain, celui des talents et des performances qui sont de plus en plus rares. Il pense que l’on ne doit plus parler de capitalisme, mais de «talentisme».
Pourtant, l’intervenant estime que le Maroc vit une contradiction entre une nouvelle génération de collaborateurs, issus des grandes écoles et imprégnés des modes de penser et d’agir intrapreneuriaux et des managers incapables de gérer cette jeunesse.
« Aujourd’hui, on a besoin de dirigeants producteurs d’idées capables de stimuler les esprits et de libérer les énergies », a-t-il souligné.
« L’intrapreneuriat n’est pas un risque. Il offre une combinaison gagnant-gagnant pour les organisations. Il faut seulement créer un cadre flexible avec des normes et des règles prédéfinies», a-t-il conclu. Peut-être que Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, a raison : «Les hommes naissent entrepreneurs, la société les fonctionnarise ».

Hassan Bentaleb
Lundi 21 Mars 2011

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