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The time that remains d'Elia Suleiman : Une chronique de Palestine




Elia Suleiman était très attendu à Cannes. Il était venu à la Croisette avec Intervention divine qui avait fait bonne impression. On peut dire de lui que c'est un enfant de la cinéphilie: son cinéma, ses courts comme ses longs, sont en effet portés par un souffle cinéphilique dans la mesure où non simplement ils sont bourrés de clins d'œil (Suleiman récuse l'idée d'une influence) à des œuvres phares du cinéma burlesque notamment (de Keaton à Tati) mais aussi parce que c'est un cinéma qui témoigne de son temps par les seuls moyens du cinéma. Option radicale dont la démonstration a été une nouvelle fois faite avec « The time that remains » présenté à Cannes dans le cadre de la compétition
officielle.
Au niveau de l'argument narratif de base, le scénario a pour projet de narrer des épisodes marquants d'une vie.  Celle d'Elia Suleiman hime self. Tout l'enjeu est de savoir alors si le film va être ramené à une nouvelle variante d'un récit autobiographique porté à l'écran. Il n'en est rien: Suleiman puise des éléments dramatiques du roman familial inscrits dans des événements historiques pour les restituer à partir d'un angle cinématographique et d'une approche artistique qui vise à instaurer avec son récepteur d'abord un contrat esthétique. La séquence d'ouverture nous le souligne d'emblée. Un plan tout noir qui s'ouvre sur un fond lumineux: on découvre que c'est la malle d'un taxi vue de l'intérieur. Des bagages nous le confirment. C'est un passager qui vient d'arriver; c'est Elia Suleiman adulte dans son propre rôle mais son image reste volontairement floue à l'arrière plan. La séquence est centrée sur le chauffeur. C'est un Israélien qui accomplit des gestes mécaniques sauf que la pluie et la nuit vont tout de suite révéler sa fragilité et sa détresse. Il se perd; ne reconnaît plus son chemin "mais où sont tous les kibboutz qui étaient par-là? "Un Israélien déboussolé et sans repères. C'est l'occasion propice pour lancer un flashback.
Le film remonte à 1948 pour nous proposer une construction historique en quatre épisodes. C'est l'entrée dans la grande histoire via la petite histoire, celle de la famille de Fouad Suleiman; le père d'Elia que nous découvrons résistant au moment de la débâcle de l'armée de libération arabe. Armée mobilisée justement comme son nom l'indique pour libérer la Palestine. Le film met à nu ce programme dans une scène pleine d'humour avec un soldat de ladite armée égarée et qui cherche la route de Haifa au moment où l'armée israélienne avait tranché l'issue de la guerre. C'est ce registre de l'humour noir qui frise la caricature qui va porter la narration avec des pointes de grand moment d'émotion comme ce sera le cas dans la scène où lors d'un de ses déplacements Elia Suleiman se trouve face au Mur de séparation israélien et comme ce fut le cas dans «Intervention divine» où un checkpoint saute sous l'effet d'une bombe, bombe à prendre au sens d'une belle femme; le mur ici sera dépassé avec une perche comme dans la célèbre discipline olympique. C'est très beau et très fort. Il n'y a pas de message politique direct mais le film touche à la fois par cette dérision qui enveloppe des récits tragiques et par la sincérité du propos qui fait qu'au final nous sommes en présence d'une œuvre d'un auteur qui revendique en toute légitimité d'être perçu en tant qu'artiste et cinéaste avant tout.

Mohammed Bakrim
Lundi 15 Juin 2009

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