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The Freak, le dernier film jamais tourné de Chaplin




"The Freak" aurait pu être le dernier chef-d'oeuvre de Chaplin. Mais, trop âgé, le génie des génies n'a jamais pu le tourner. Un livre révèle les détails du scénario, un conte aux accents poétiques relatant les mésaventures d'une fille-oiseau.
Victoria, la fille de Charlie Chaplin, aurait dû endosser le rôle principal, explique l'auteur de l'étude, l'écrivain suisse Pierre Smolik, en dévoilant à l'AFP les ailes en plumes de cygne que la jeune femme aurait dû porter et qui se trouvent désormais dans un vieux grenier en Suisse.
"J'ai lu le script quand mon père a fini de l'écrire. C'est un magnifique conte de fées. Un très joli rêve", raconte à l'AFP un des fils du grand cinéaste, Michael (69 ans), les yeux pétillants.
Le scénario était connu, mais pas dans ses détails.
Grâce à des archives inédites - images, dialogues, notes préparatoires, synopsis et autres textes - obtenues grâce à l'aide de la famille de Charlie Chaplin, l'auteur de cette étude qui vient de paraître, M. Smolik, entraîne les lecteurs dans l'aventure de ce projet de Chaplin qui ne s'est jamais concrétisé.
"En 1967, son dernier film La Comtesse de Hong Kong n'obtient pas le succès commercial escompté" et le créateur du personnage de Charlot "s'est tout de suite plongé dans un autre film", The Freak, relève M. Smolik.
Il écrit le synopsis en 1969, à 80 ans, et y travaille pendant encore deux ans au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, magnifique demeure qui surplombe le lac Léman et où Charlie Chaplin a passé les 25 dernières années de sa vie, de 1953 à 1977.
Il fait fabriquer les ailes du Freak -sorte de chimère, phénomène ou monstre- et procède même à des répétitions aux studios Shepperton en Angleterre, avec Victoria. Sa fille avait alors 18 ans, l'âge de l'être ailé dans le scénario.
L'histoire relate les aventures d'une femme-oiseau, qui chute sur le toit de la demeure d'un professeur-écrivain dans un coin perdu de Terre de Feu, en Amérique du sud. Enlevée, elle est emmenée à Londres où elle est exhibée devant une foule et forcée d'accomplir des miracles en guérissant des malades (rien ne dit s'il s'agit de vrais ou faux malades). Parvenant à s'échapper, elle est alors poursuivie et capturée. Libérée, elle veut retourner dans ses montagnes chiliennes, où elle avait grandi dans une grotte après la pousse de ses ailes vers l'âge de 6 ans. Sur le chemin du retour, elle tombe dans l'Atlantique et meurt.
Un conte ou, pour d'autres, une fable, parfois comique, mais le plus souvent tragique.
Pourquoi le film n'a-t-il pas été tourné ? "On ne peut pas avoir de réponse catégorique", remarque M. Smolik, qui, originaire de la région de Vevey, a croisé plusieurs fois Chaplin dans son enfance.
"Il était d'un âge avancé, sa femme ne voulait pas qu'il ait des problèmes de santé lors du tournage", évoque notamment l'écrivain suisse. "Je pense que la famille a protégé le script. Ils ne voulaient pas qu'il tombe dans d'autres mains. Personne n'en parlait. C'était gardé plus ou moins comme un secret", détaille Michael Chaplin, chapeau sur la tête et cheveux argentés.
Jusqu'au jour où, en 2010, Pierre Smolik, qui connaissait déjà la famille Chaplin, a tout simplement demandé à l'Office Chaplin à Paris s'il pouvait avoir accès à ces documents. La réponse a été positive, à sa grande surprise. Son étude de plus de 300 pages détaille l'histoire, ses remaniements successifs. Elle est assortie d'images, dont certaines sont extraites d'une séquence filmée à l'été 1974 par Oona, la femme de Chaplin, dans le jardin du Manoir de Ban, et jusqu'alors jamais rendue publique.
Famille, amis et proches étaient alors réunis, expliquent Victoria et Michael Chaplin dans la postface du livre. Chaplin suggéra que l'on aille chercher les fameuses ailes que Victoria aurait dû porter.
"Il voulait la voir porter les ailes, alors nous sommes descendus à la cave et avons sorti les ailes de la boîte. Des ailes très grandes, assez lourdes. Elle les a mises. Il était sur sa chaise roulante et il ne pouvait pas vraiment marcher. Mais une fois qu'il l'a vue avec les ailes, ce fut assez incroyable. Il se leva de sa chaise roulante, avança et dit: +non, non, tu ne le fais pas bien+. Et il devint à nouveau un réalisateur", narre avec émotion Michael Chaplin.
Victoria se prit au jeu du tournage. La séquence finale du film fut réalisée.
Pour ce qui est des ailes, le public pourra sans doute bientôt les admirer au musée Chaplin qui doit ouvrir en avril au Manoir de Ban.

Samedi 19 Décembre 2015

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