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Thami El Khyari, militant à la vie à la mort


Le leader du FFD a été inhumé hier à Rabat au cimetière Ach Chouhada



Thami El Khyari, militant à la vie à la mort
On le savait très souffrant. Ses apparitions se faisaient de plus en plus rares. Et depuis plusieurs mois déjà, il ne menait plus qu’un seul combat, un combat acharné contre la maladie. La maladie a fini par l’emporter dans la nuit du vendredi 22 à samedi  23 février. Thami El Khyari, le secrétaire national du front des forces démocratiques, avait 70 ans. Face à la maladie, confient ses proches, il a été d’un courage exceptionnel, digne jusqu’au bout.
Ce samedi matin, la triste nouvelle s’est vite propagée. Toute la journée, des SMS ont circulé pour annoncer le décès du leader. Des dizaines et des dizaines de citoyens, de militants, de gens ordinaires, anonymes parmi les anonymes ont pris le chemin du domicile de «Si» Thami, comme ils aiment à l’appeler, pour dire leur peine, leur tristesse et, surtout, partager leur douleur avec sa famille. Toute la journée de ce samedi 23 février, le gotha politique, les officiels, les institutionnels se sont entrecroisés au domicile du leader disparu  situé dans un quartier résidentiel de la capitale.  De la majorité à l’opposition, leaders et  représentants des partis politiques, ministres, syndicalistes,  ont fait le déplacement pour présenter leurs condoléances à la famille du défunt et en particulier à son épouse, Rabéa Naciri, la défenseure des droits humains des femmes. Au même moment ou presque, le Souverain adressait ses «sincères condoléances» et ses «sentiments de compassion» à la famille de Thami El Khyari qui pleure un mari, un père, un frère et aux militants qui venaient de perdre leur secrétaire national. Un message Royal de condoléances où il est question de « la perte d’un grand commis de l’Etat  qui a consacré sa vie à servir la nation» et des « qualités humaines du défunt, sa haute compétence politique, son nationalisme avéré, ainsi que son dévouement et son abnégation dans l'accomplissement de toutes les missions dont il a été investi et des postes de responsabilité gouvernementale, politique, partisane ou académique qu'il a occupés ».
Militant à la vie à la mort, Thami El Khyari est très tôt entré en politique. En ces années de braise, il s’engage passionnément, à gauche. D’abord au PCM puis au PLS devenu ensuite PPS où il gravira tous les échelons de la militance jusqu’au Bureau politique du parti fondé par Ali Yata. Sous la Coupole, le mandat de celui qui a été député de Tamellalt, dans la province de Kelaat Es Sraghna, est à son image : entier, passionné et ne craignant jamais de dire tout haut ce que d’autres préfèrent penser tout bas pour des raisons de commodité politique.
Le rêve d’une gauche unie, jamais concrétisé
En 1997, un an avant l’avènement de l’alternance consensuelle, c’est la rupture. Thami El Khyari crée son parti, le Front des forces démocratiques. Le 27 juillet de cette même année, 4000 congressistes signent l’acte de naissance de cette nouvelle formation politique qui fait le choix d’une gauche intelligente parce que pragmatique. Aux législatives de 1997, le FFD décroche  9 sièges au Parlement. Un joli petit succès pour une aussi jeune formation politique. Quelques mois plus tard, c’est la consécration. Le FFD devient un acteur de l’alternance consensuelle et Thami El Khyari fait partie des ministres du gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi. Il est d’abord ministre  délégué auprès du ministre de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, chargé de la pêche puis, à la faveur du remaniement du 6 septembre 2000, il occupe le portefeuille de la Santé.
De ces années UNEM, celui qui en a été l’un des vice-présidents a gardé le goût des joutes oratoires et de l’engagement à toute épreuve. Il a surtout gardé intact son rêve d’une gauche unie. Il partira trop tôt, sans l’avoir concrétisé. Une gauche malade de ses subjectivités, oublieuse de l’essentiel et ne s’accrochant qu’à de vaines accessoires luttes de leadership, avait-il coutume de dire, l’amertume au bout des lèvres.
L’engagement politique de ce leader s’est toujours  mesuré à l’aune de la responsabilité. Aux élections législatives de 2011 qui voient la victoire des islamistes du PJD, le front des forces démocratiques n’obtient qu’un seul siège à la Chambre des députés. Thami El Khyari tire les enseignements de la  défaite. Il veut s’en aller, quitter son poste de secrétaire national. Sa démission sera refusée par ses pairs du bureau exécutif. En avril 2012, au 4ème congrès du FFD, il est réélu, à une majorité écrasante, leader de cette formation politique. «Je ne voulais pas rester, mais on m’y a obligé», dira-t-il.
Homme politique avisé et  économiste de renom, Thami El Khyari n’a jamais oublié sa ville natale, Taza, ni ses racines. Et ce dimanche 24 février, Taza n’en finit pas de pleurer l’un de ses meilleurs fils.  Mais c’est à Rabat, ville d’adoption du leader disparu, que la dépouille du secrétaire national du FFD a été inhumée.  Au cimetière Ach Chouhada, une foule opaque, entre officiels et anonymes, lui a rendu un dernier hommage.

Narjis Rerhaye
Lundi 25 Février 2013

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