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Terreur au Nigeria : Un conflit religieux qui en cache un autre




Terreur au Nigeria : Un conflit religieux qui en cache un autre
La vague d’attentats qui a récemment ciblé le Nigeria a été définie par des analystes comme un possible point de début d’un nouveau conflit religieux. Quels seront les développements potentiels de cette situation d’instabilité croissante ?
La récente crise a «officiellement» commencé la dernière nuit de Noël, quand quatre attentats à la bombe ont ciblé des églises (pendant la messe de minuit) dans les villes de Madalle (près de la capitale Abuja), Jos, Damaturu and Gadaka : le bilan des victimes a été de 40 morts et 51 blessés estimés. Ces attaques ont été revendiquées, le même jour, par la secte Boko Haram, un groupe salafiste extrémiste suspecté de liens avec Al-Qaïda et très actif dans le Nord du Nigeria (région à majorité musulmane). Ce groupe a déjà organisé, malheureusement avec succès, de nombreux autres attentats depuis 2002. Ses objectifs sont principalement le retour à une forme radicale de charia, l’abandon des «diktats» de la société occidentale et surtout «vaincre» avec toute la violence possible les communautés chrétiennes (mais aussi musulmanes modérées) du pays. En outre, leurs revendications ont une dimension socio-économique : ils dénoncent les différences entre les chrétiens du Sud – enrichis par le pétrole – et les musulmans pauvres du Nord.
Le gouvernement a souvent sous-estimé la portée du danger représenté par cette organisation, lui donnant la chance d’opérer. L’escalade de violence qui a atteint son paroxysme la nuit du 31 décembre, avec un attentat qui a tué 80 personnes, s’était enclenchée avec d’autres attaques en mai, en août (au siège ONU), septembre et novembre 2011.
Le 28 décembre, le représentant des chrétiens du Nigeria Ayo Oritsejafor a déclaré que «la communauté chrétienne au niveau national n'aura pas d'autre choix que de répondre de façon appropriée s'il y a d'autres attaques contre nos membres, nos églises et nos biens», affirmation rendue publique juste après l’attentat dans une école coranique de Sapele le 27 décembre, qui a blessé six enfants. Cette dernière attaque n’a pas été revendiquée. La croissance des tensions a été confirmée par une autre attaque près d’une mosquée le 31 décembre, cette fois à Maiduguri. Il est intéressant de noter que la police a démenti les témoignages de passants, arguant que ce n’était pas une attaque terroriste, mais les «conséquences d’un vol» : tentative de contenir l’escalade de la violence ?
Pour tenter de maintenir la situation sous contrôle, le Président Goodluck Jonathan a déclaré l’état d’urgence dans de nombreuses zones su pays (précisément, dans les états de Yobe, Borno, du Plateau et du delta du Niger), arrivant à fermer les frontières avec les pays étrangers. Les autorités redoutent que la situation rendra plus facile l’explosion d’autres tensions endormies dans des cadres parallèles au cadre religieux, vu les émeutes du weekend du 1 janvier entre les communautés d’Ezza et d’Ezilo autour d’un différend foncier.
Mais ça n’a pas arrêté Boko Haram, qui a contribué à augmenter encore plus les tensions avec deux déclarations de son porte-parole Abou Qaqa : ils ont suggéré aux musulmans du Sud à fuir au Nord pour éviter «la persécution de la police» (accusation démentie par les autorités) et ont lancé un ultimatum aux citoyens chrétiens du Nord : si ces derniers ne quittaient pas cette zone du pays en trois jours, ils seraient attaqués avec d’autres attentats, et la police aussi sera ciblée. Les autorités ont invité les citoyens à ne pas obéir à l’ultimatum mais malheureusement les terroristes ont mis à exécution leurs menaces déjà deux fois: le 4 janvier il y a eu trois explosions dans les villes de Maiduguri et Damaturu. Il n’y a pas eu de victimes (excepté deux morts tués dans un incident séparé, selon une source hospitalière). Le 6 janvier, des hommes armés ont tué 17 chrétiens à Madalla, lors des funérailles d’autres victimes des terroristes. Boko Haram a revendiqué immédiatement les deux attaques.
Même si l’action de Boko Haram pourra être la cause d’un durcissement des relations interreligieuses, il faut souligner que le pays, plus que victime d’une vague de haine entre les communautés chrétienne et musulmane, est principalement la cible d’un plan précis de déstabilisation mené par ces individus. Les leaders extrémistes, connaissant bien les difficultés de cohabitation des différentes communautés nigérianes, et surtout les tensions créées à cause des différences économiques entre les habitants, ont l’intention d’empirer les problèmes d’instabilité sociale du pays et profiter de cette situation pour augmenter leur influence. Ils ont besoin d’un pays divisé et d’une population pauvre et craintive pour accroître leur influence.
Les motivations de Boko Haram sont en réalité très «séculières», car leur lutte dérive de la recherche du pouvoir. Ces extrémistes visent à subvertir complètement l’organisation de l’Etat pour instaurer un régime inspiré de leurs principes. Ils ont profité des conditions de pauvreté extrême de la population du Nord du pays pour instaurer une base de soutiens, indispensable à construire un réseau de combattant terroristes. La corruption et le manque d’efficacité de l’action du gouvernement dans les cadres économique et social ont été un facteur déterminant dans la réussite de la propagande de cette organisation. En outre, le combat contre les chrétiens – mais surtout contre les populations du Sud – et contre autorités peut être lu comme une déclaration de guerre à qui contrôle le pétrole (situé surtout au Sud du pays) et à qui en reçoit les profits.
Enfin, pour contenir cette stratégie de violence, le rôle du gouvernement et des autorités sera fondamental : les autorités devront être proactives dans la lutte aux terroristes et éviter de les laisser prendre confiance, mais en même temps la vigilance ne doit pas tomber dans la répression. Une seule arrestation d’innocent pourra fournir aux extrémistes un avantage. Pour combattre efficacement ces ennemis, l’Etat devra s’engager à ne pas se comporter comme un ennemi de la population lui-même.

 * Economiste de l’Université Federico II en Italie et analyste sur www.unmondelibre.org

Par Giuliano Luongo *
Mardi 17 Janvier 2012

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