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Tel un paon, Lahcen Daoudi se pavane du haut d’une université en décadence




Tel un paon, Lahcen Daoudi se pavane du haut d’une université en décadence
Lahcen Daoudi est un ministre fier de son bilan. « L’université va mieux », répète à l’envi le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation des cadres. Mieux, il estime que, durant son mandat, son département a réalisé davantage de choses que ses deux prédécesseurs réunis.
Dans une déclaration au site Hespress, il a indiqué que le gouvernement actuel a augmenté la valeur des pensions des étudiants de 900 millions de DH à plus de deux milliards,  que la capacité d'accueil des cités universitaires a atteint 58.000 lits contre 33.000 en 2011, que l’université accueille aujourd’hui 31% des jeunes âgés entre 19 et 23 ans contre 23% auparavant et que les  sureffectifs  des universités ne pose plus problème.
Concernant la lutte contre la prévarication, le ministre a révélé que son département a effectué des dizaines de missions d’inspection qui ont permis de déceler plusieurs défaillances relatives à la gouvernance du secteur et à la gestion administrative, financière, pédagogique, scientifique et des ressources humaines.   
« Il est vrai qu’il y a augmentation du montant des bourses, de la capacité d’accueil ainsi que l’accès des jeunes à l’université. Mais, le ministre n’a pas osé évoquer son bilan concernant la qualité de l’enseignement supérieur », nous a indiqué Mohamed Kerkab, professeur à la Faculté des sciences économiques, juridiques et sociales de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech. « Cette qualité se dégrade d’une année à l’autre. Idem pour le corps professoral qui perd chaque année ses éléments les plus compétents puisque la majorité d’entre eux a atteint l’âge de la retraite ».
Pour notre source l’université marocaine va mal, voire très mal. D’après elle, les établissements de l’enseignement supérieur sont gangrénés par la prévarication à tous les niveaux, que ce soit sur le plan pédagogique, financier ou administratif. Corruption, plagiat, cumul des postes, sous-qualification… égrènent  leur quotidien.
« Il y a d’abord la loi portant organisation de l'enseignement supérieur  qui n’arrive pas à assurer le bon fonctionnement de l’université puisqu’elle est entachée de plusieurs défaillances », nous a-t-elle révélé. Et de préciser : « Les universités sont dirigées par des présidents qui accaparent toutes les décisions  et affichent peu de transparence sur leur gestion financière.  Beaucoup de membres des  conseils d’université n’ont pas la moindre idée sur le budget de leurs établissements».  
Pis, ajoute notre source, la nomination des présidents et des doyens est encadrée par une loi originale qui n’existe nulle part ailleurs même dans les pays plus  sous-développés que le nôtre. « Pour désigner un président, le ministre sélectionne cinq personnes dont trois du monde économique et deux professeurs.  Le hic, c’est que ces trois personnes du monde social et économique n’ont rien à voir avec le monde universitaire et n’ont pas les diplômes ou les qualifications requis à même de leur permettre de faire les bons choix. Tout se fait souvent en conformité avec les moindres désirs du ministre qui semble toujours opter préalablement pour telle ou telle personne en vue d’occuper le siège de la présidence de telle université ou de telle autre. La loi n’exige d’ailleurs pas de diplômes précis pour exercer une telle fonction. Bref, il ne s’agit aucunement d’une sélection qui induit une compétitivité entre les candidats mais d’une sélection arbitraire ».  Idem pour le choix des doyens. La sélection va souvent dans le sens des désirs du président de l’université. Ceci d’autant plus que la loi n’exige pas que la personne devant occuper  le poste de doyen soit titulaire d’un diplôme   identique à celui délivré par l’établissement concerné. Un chimiste pourra ainsi gérer une faculté de droit et un littéraire peut également gérer une faculté des sciences », nous a-t-elle affirmé.
Le niveau de qualification des professeurs universitaires suscite également le débat.  Selon Mohamed Kerkab, les dernières vingt années ont été marquées par l’émergence d’une caste de professeurs mal formés et qui ont pris l’habitude de copier-coller les thèses, les mémoires et les rapports. « Nombreux sont ceux qui sont concernés par le pillage des droits d’auteur. Ce qui a donné lieu à des professeurs incompétents et inaptes  à diriger des travaux de recherches », nous a-t-il expliqué. Et de poursuivre : « Ceci d’autant plus que ces professeurs n’ont plus de temps à consacrer à leur étudiants et aux recherches à cause de leurs occupations à l’extérieur de l’université en tant que consultants, experts ou avocats. Il y a des professeurs qui dispensent uniquement trois heures de cours au lieu des 35 ou 40 H prévues par semestre, ce qui a permis d’ouvrir la porte à l’achat des notes et des diplômes ». Pour illustrer ses propos, notre source nous invite à nous pencher sur les études en master. « Une grande partie des mémoires du Master sont de simples copier-coller et les étudiants ne peuvent faire autrement puisqu’ils sont mal formés et n’ont pas suivi de bonnes études. Aujourd’hui, un professeur, même assistant ou habilité, peut créer un master, choisir ses étudiants  et les professeurs qu’il veut pour dispenser les cours. Et personne au sein du ministère n’a osé jusqu’à présent installer un système de contrôle des cours ou de la présence  des professeurs », nous a-t-il confié. Et de conclure: « On est face à un système boiteux qui produit des professeurs mal formés qui forment des étudiants incompétents qui, à leur tour, deviennent des professeurs. Un vrai cercle vicieux ».

Hassan Bentaleb
Mercredi 17 Août 2016

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