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Taïeb Beccouche, secrétaire général de l’UMA : Le concept “printemps” ne reflète pas la réalité arabe, c’est plus un slogan qu’autre chose




Il va sans dire que l’élection de
Taïeb Beccouche à la tête de l’Union
du Maghreb Arabe en mai 2016 coïncide
avec une conjoncture particulièrement difficile aussi bien dans le monde arabe qu’aux niveaux régional et international.
C’est ce qui donne toute son importance
à l’entretien réalisé par nos confrères Badia Radi
et Rachid Lmslem et publié récemment par
notre alter ego Al Ittihad Al Ichtiraki



Réagissant  à une question dans ce sens, Taïeb Beccouche a affirmé que « l’étape actuelle  est en effet des plus difficiles et la situation aux niveaux maghrébin, méditerranéen et arabe est en gestation. Les Etats-Unis vivent une nouvelle situation après l’élection de Donald Trump, l’Europe  connaît la montée des partis extrémistes, outre les poches de tension, les guerres civiles et les crises de par le monde particulièrement dans la région arabe ».
« Cette situation de tension et de conflits a eu un impact négatif sur le monde arabe  à travers notamment les deux guerres du Golfe, et depuis l’Irak n’a pas retrouvé la stabilité, sans parler de la crise en Syrie, en Libye, la division du Soudan », a-t-il  déclaré.  
A une question sur la situation difficile au Maghreb appelant quelques interrogations relatives aux conséquences du Printemps arabe, Taïeb Beccouche a souligné que « le concept du Printemps ne reflète pas la réalité arabe, c’est plus un slogan galvaudé en Occident et appliqué dans le monde arabe». Et de se demander «de quel printemps nous parlons alors que des pays maghrébins et arabes comptent leurs morts et leurs laissés-pour-compte».
Taïeb Beccouche n’a pas manqué de relever que les soulèvements diffèrent d’un pays à l’autre mais pour les cas « de la Libye et de la Syrie, le point commun c’est l’intervention étrangère qui soutient des camps antagonistes. Ce qui ne peut déboucher sur une solution pacifique et ne fait que compliquer la situation».
A ce propos, Taïeb Beccouche a affirmé que «l’intervention étrangère dans le monde arabe, souvent violente, vise à résoudre le problème de façon temporaire sans aucune vision pour l’avenir», indiquant que «cette situation ne sert que les intérêts d’Israël dans la région. D’autant plus que «l’intervention de certaines parties arabes se veut similaire à celle des puissances étrangères, à savoir soutenir un camp au détriment d’un autre, ce qui aggraverait bien les choses».
En réponse à une question sur un partenariat entre les pays du Maghreb dans un contexte difficile, Taïeb Beccouche souhaite que «la coopération soit faite à partir du principe de l’égalité, de la justice, du respect mutuel et de l’intérêt commun. Notre force réside dans l’union des pays de la région», prenant à ce titre l’exemple de l’Union européenne.
Concernant le sujet du Sahara, il a souligné que «la résolution de ce dossier, qui est une affaire onusienne, peut se faire au niveau régional mais avec une volonté commune. J’estime que ce n’est pas impossible et que l’on doit œuvrer dans ce sens vu l’importance du dossier.
Au sujet de l’UMA, Taïeb Beccouche a souligné que l’organisation a besoin d’être revue de fond en comble. Il a affirmé que «lors de la création de l’UMA en 1989, celle-ci était en adéquation avec cette époque mais la situation a changé de telle sorte qu’il est impératif d’introduire des amendements. Ce qui prouve que le statut a besoin d’être modifié est que le Conseil des chefs d’Etat ne s’est plus réuni depuis 1994».
Taïeb Beccouche n’a pas manqué de relever que la réforme de l’organisation passe aussi par «l’implication de la société civile et c’est ce qui nous manque dans l’action maghrébine», avant de souligner que «la dynamique créée par la société civile peut avoir une influence sur les décisions politiques. A cet effet, il doit y avoir des voies communicantes et je crois personnellement en cette idée, d’autant que l’expérience de la transition démocratique en Tunisie n’aurait pas réussi sans la société civile».
Par ailleurs,  pour faire face aux attaques visant  les élites progressistes et démocratiques après le Printemps arabe,  Taïeb Beccouche a déclaré que «ces élites  ont été marginalisées par le passé et manquaient de liberté pour exprimer leurs idées, puisqu’elles ont été privées de moyens et outils pour faire entendre leur voix, à savoir les médias qui restaient monopolisés par l’Etat».
«L’émergence  d’élites conservatrices et réactionnaires n’a été possible qu’avec le soutien  à grande échelle  de médias arabes et de moyens financiers qui diffusent une culture rétrograde en décalage avec le temps actuel», a-t-il poursuivi.
«La responsabilité n’incombe pas totalement à ces élites progressistes.  Le paysage  international n’encourage pas ces dernières, il  persiste à soutenir les élites traditionnalistes, et ce pour  servir ses propres intérêts», a-t-il fait savoir.
Selon Taïeb Beccouche, «la situation actuelle que nous vivons exige une révolution  culturelle plutôt que des manifestations dans la rue. Ces soulèvements sont souvent destructeurs et sans issue».
A une question sur la capacité du monde arable  à concevoir un projet sociétal  au vu de la conjoncture actuelle et sur un éventuel partenaire stratégique en cela, Taïeb Beccouche a répondu «Nous n’avons pas besoin de partenaires extérieurs, mais d’un partenariat au niveau maghrébin et arabe ; plusieurs accords ne sont pas mis en œuvre».
«Je crois que l’édification de l’Union arabe doit se faire sur le plan  régional et elle est indispensable et incontournable  au niveau stratégique». «De ce fait, il ne peut y avoir  de succès au niveau arabe si nous ne réussissions pas au niveau maghrébin, de même  que je ne peux concevoir  une réussite à l’échelon africain si nous ne commençons pas par les groupements et les rassemblements africains que je considère comme la première étape vers une édification  globale», a-t-il précisé.
Concernant la capacité de l’UMA à être influente au sein de l’Union africaine, comme c’est le cas pour d’autres groupements africains, Taïeb Beccouche estime qu’il n’existe aucune contradiction entre l’UMA et l’UA dans l’engagement régional et qu’une coopération va être établie.  «Il y a des  groupements africains efficaces. Le plus proche de nous est celui de l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit d’un groupement qui a des mécanismes avec lesquels nous devons interagir et dont nous pouvons tirer profit», explique-t-il.  «D’ailleurs, il existe bel et bien des relations de coopération entre les deux groupements. Une coopération qui peut être soit collective, soit bilatérale. C'est-à-dire que chaque pays du Grand Maghreb peut coopérer avec un autre pays de l’Afrique de l’Ouest», ajoute-t-il, avant de souligner «qu’il y a une réelle volonté de développer l’UMA pour en faire une partie active au sein de l’UA».
Dans un autre registre, Taïeb Beccouche explique que le retour du Maroc à l’Union africaine est quelque chose de très positif. «Le Maroc fait partie de l’Afrique et représente une plateforme avancée dans les relations avec l’Europe. Son retour est donc béni», lance-t-il.
 Pour ce qui est de la situation au Sahel et au Sahara, Taïeb Beccouche estime que celle-ci est cruciale car l’insécurité dans la région est à l’origine de la recrudescence du trafic d’armes et d’êtres humains. Il faut développer une vraie coordination entre les pays du Maghreb pour sécuriser la région et la doter de structures économiques et sociales, à même de dissuader les jeunes tentés de rejoindre des groupes terroristes. Concernant la proposition marocaine d’autonomie des provinces du Sud, Taïeb Beccouche souligne   que la proposition du Maroc est très importante.
 «Le dossier est entre les mains des Nations unies et vu qu’il y a maintenant un nouveau secrétaire général qui connaît la région mieux que son prédécesseur, je pense qu’il sera  plus efficace», souligne-t-il. Enfin, en ce qui concerne la situation en Libye, l’interviewé espère que la raison finira par l’emporter. «J’étais présent lors de l’accord de Skhirat et j’étais très optimiste mais il s’est malheureusement avéré  qu’il s’agissait d’un dialogue biaisé qui n’a pas pu atteindre ses objectifs. Il est donc impératif d’apporter les ajustements nécessaires. Enfin, la solution ne doit pas être militaire, mais doit au contraire s’appuyer sur le consensus politique et le dialogue», conclut-il.

H.T
Mardi 4 Avril 2017

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