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Sur une île indonésienne, des cavalcades millénaires à l’épreuve du tourisme




Sur une île indonésienne, des cavalcades millénaires à l’épreuve du tourisme
La charge est violente, le rite millénaire: sur l’île indonésienne de Sumba, des cavaliers armés de lances en bambou parodient une joute sacrificielle censée assurer aux tribus de riches moissons de riz.
Dans le village de Ratenggaro, les spectateurs, dont la mastication de noix d’arec rougeoie la bouche, crient à leur passage pour les enhardir. Certains portent la main à leur machette quand un cavalier est touché par une lance jetée de près.
Les cavalcades de «pasola» — qui tirent leur nom du mot «lance» dans une langue tribale — s’étirent chaque année sur quatre semaines entre février et mars dans l’ouest de Sumba, une petite île au coeur de l’immense archipel indonésien.
C’était autrefois une forme de sacrifice humain déguisé: les guerriers de différents clans s’affrontaient autrefois dans le dessein de verser le sang sur les cultures. Ce rite de fertilité est aujourd’hui pacifié. Les batailles sont devenues des jeux, même s’il arrive qu’un cavalier ne se relève pas.
Spectacle fascinant sur ce bout du monde cerné de plages vierges et d’eaux azur, il attire pourtant peu de touristes étrangers. Ils étaient 2.500 l’an dernier, alors qu’ils sont plus de trois millions à visiter Bali chaque année.
Les autorités locales entendent faire du «pasola» la vitrine de l’île et séduire des touristes en quête de folklore, de nature sauvage.
Le «pasola» «est une attraction dont le potentiel est énorme pour le développement» de l’île dont l’économie repose sur la culture vivrière de riz et de maïs, et le maigre produit de l’artisanat, explique Bona Fantura Rumat de l’Office du tourisme de la province du Nusa Tenggara oriental.
Des projets sont engagés pour construire des routes asphaltées et densifier les dessertes aériennes pour faciliter l’accès à l’île.
Les rares touristes étrangers rencontrés sur l’île semblent pourtant l’apprécier non pas en dépit mais précisément en raison de son peu d’infrastructures.
«Si l’île se développe, j’espère qu’ils choisiront des installations hôtelières bon marché et des complexes de luxe, parce que tout ce qui est entre les deux risque d’entraîner un (tourisme) de masse et une rapide occidentalisation», s’inquiète un jeune Suédois, Christoffer Kullman, venu avec son ami Linus Strandholm.
Le doyen du village, Agustinus Pandak, affirme que les touristes sont les bienvenus à Sumba. «Tant que notre culture est respectée», s’empresse-t-il d’ajouter, la tête enrubannée dans une pièce de tissu orange.
Depuis l’interdiction des lances en métal à pointe affutée il y a quatre décennies, les «pasola» de Ratenggaro ne font généralement plus couler que les nez.
Autrefois, le combat finissait sur un champ baigné du sang des hommes et des chevaux. C’était un grand honneur pour un villageois de mourir dans ce rituel.
Aujourd’hui, le sang versé est celui seulement d’animaux sacrifiés. Avant la cérémonie, des hommes saignent des poulets au chant d’un mystique. Un chien et un cochon vidés de leur sang rôtissent pour être partagés après les festivités.
Le «pasola» commençait traditionnellement le jour suivant l’arrivée à terre d’un vers de mer, marquant la fin de la saison humide et le début des semailles. Désormais la date est fixée à l’avance par les Anciens pour laisser le temps aux touristes de planifier leur voyage.
On ramasse toujours le vers —plus il y en a, meilleures seront les récoltes—, créature visqueuse verte et bleue cuite en galette.
Malgré les changements, les Sumbanais affirment que leur vie spirituelle est toujours aussi riche et que les valeurs ancestrales demeurent.
«Quiconque participe au pasola avec un coeur impur connaît l’infortune», met en garde Agustinus Pandak. «Un cavalier peut tomber de son cheval, être blessé par une lance. Mais ça n’arrive pas s’il est en paix avec lui-même et son coeur rempli d’amour».
Linus Strandholm a découvert à ses dépens les risques du «pasola» en recevant malencontreusement une lance sur la poitrine et une pierre à la tête. «J’ai gardé la pierre en souvenir», s’amuse-t-il.
 

AFP
Vendredi 9 Mai 2014

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