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Sur les ruines de la Casablancaise : Seul le temps peut courir librement




Sur les ruines de la Casablancaise : Seul le temps peut courir librement
La Casablancaise, ex-Stade Lyautey, est un lieu mythique gravé à jamais dans la mémoire collective des Casablancais. Construite, en 1936,  par les autorités françaises, au sein de l’actuel parc de la Ligue arabe, cette enceinte sportive résiste toujours à la négligence des hommes et aux affres du temps. Ce chef-d’œuvre en péril est situé non loin du fameux boulevard Moulay Youssef, dont les palmiers semblent se lamenter sur sa décadence, tout en se remémorant son passé glorieux.
De grands noms de l’athlétisme national ont fait leurs premiers pas dans ce haut lieu du sport national. Même Abdessalam Radi, titulaire de la première médaille olympique marocaine à Rome, en 1960, venait s’entraîner régulièrement sur cette piste de la Casablancaise. Depuis, d’autres célébrités se sont succédé sur la même piste. Citons, par exemple, Nawal El Moutawakil, première femme arabe et africaine à remporter une médaille  d’or aux Jeux olympiques. Sans oublier le légendaire Said Aouita  qui avait défrayé la chronique à son époque.  
Aujourd’hui, ce ne sont plus les futurs champions qui sont légion dans ce complexe, mais plutôt les SDF de tout acabit, qui viennent s’y refugier, surtout à la tombée de la nuit. Cette situation ne cesse d’ailleurs d’empirer au fil des années. Conséquences : un paysage de désolation qui fait révolter  les visiteurs de cet édifice sportif, qui fait pourtant partie intégrante de notre patrimoine. Faute d’entretien,  les mauvaises herbes ont poussé un peu partout, sans aucune trace de gazon à vue d’œil.  Bref, la Casablancaise des années 2000 ressemble à tout, sauf à un complexe sportif.   
Malgré l’état pitoyable de ce lieu, naguère appelé pavillon d’éducation physique, les Casablancais viennent s’y entraîner de tous les coins de la ville. Vraisemblablement, parce qu’ils n’ont aucune autre alternative, à l’exception de quelques clubs sportifs privés, inaccessibles à leur bourse. «Malgré son état funeste, je suis une habituée de ce lieu depuis plusieurs années. Je n’ai pas d’autres choix, à part peut-être aller dans la forêt», affirme Karima Essamlali, une jeune sportive de la métropole. En effet, la grogne est tout à fait compréhensible chez les habitués de la Casablancaise, en raison de la  détérioration lamentable du terrain. «  Je m’entraîne ici, cinq jours sur sept. Je compte participer au  prochain marathon, et j’espère même être parmi les trois premiers», déclare Mohamed Rachid, qui reste débordant d’enthousiasme, tout en pointant du doigt cette dérive inacceptable « Je ne comprends pas pourquoi les responsables négligent ce terrain, alors que les meilleurs athlètes marocains ont été formés ici», dit-il.  
En 2002, la Casablancaise a été pris en charge par la commune urbaine de Casablanca (CUC), en vue de la rénover et de la remettre en état. Et ce pour répondre aux attentes des habitants de la capitale économique, notamment les amateurs de sport. A cette époque, le président de la CUC, Saâd El Abassi, avait annoncé aux journalistes que la commune allait «ressusciter» la splendeur passée de cet espace. Et ce dans le cadre du réaménagement complet de l’ensemble du Parc de la Ligue arabe. Par la même occasion, M. El Abassi avait fait savoir que l’ex-Stade Lyautey serait ouvert aux visiteurs et aux sportifs durant la journée et qu’il serait fermé la nuit, afin d’être exploité uniquement  pour le sport.
Dix ans après les propos de ce responsable, la situation paraît encore plus déprimante. La piste qui entoure le stade où des adeptes du jogging font leurs petites foulées habituelles, ressemble bien à un bout de terre sauvage.  
Mais peu importe, les habitués de la Casablancaise sont toujours fidèles au rendez-vous. Ils y  viennent quotidiennement, ou presque, pour s’entraîner, malgré l’état piteux du terrain.  On retrouve  même des personnes qui ont dépassé l’âge de la retraite. A l’instar de Elmekki Lakhdar, ancien spécialiste des longues distances, aujourd’hui âgé de 70 ans, et qui évoque avec nostalgie les souvenirs liés à ce complexe sportif. «Dans les années 70, nous courions pieds nus sur cette piste. Mais hélas tout s’est détérioré durant les vingt dernières années! Aujourd’hui, nous avons du mal à pratiquer notre sport favori, même avec des espadrilles spécialement conçues pour cela», affirme-t-il.
De nos jours, il semble bien que l’ombre de Said Aouita, ainsi que celle de Nawal El Moutawakil, planent toujours au-dessus de la Casablancaise, en attendant des jours meilleurs.   

MEHDI OUASSAT (Stagiaire)
Mercredi 8 Août 2012

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