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Soutien scolaire, une aubaine pécuniaire pour les profs : L’«éducation de l’ombre» grève le budget des familles




Soutien scolaire, une aubaine pécuniaire pour les profs : L’«éducation de l’ombre» grève le budget des familles
Quand l’«éducation
de l’ombre» prend de l’ampleur, les bourses des familles
subissent le coût. Au niveau du système éducatif national,
les retombées sont fâcheuses. Ce sont sa philosophie, son rôle et sa crédibilité qui sont en jeu. Personne n’en doute : le soutien scolaire, cette nouvelle mode devenue par la force des choses monnaie courante chez un grand nombre d’écoliers et d’enseignants, profite bien du silence flagrant des
responsables du secteur. Cependant, cette pratique autrefois sournoise prend de nouveaux aspects visibles. L’enjeu est de taille: les recettes «non imposées» atteignent des dizaines de millions de dirhams. Surtout, en cette période d’examens où les
prestataires de services
accentuent le rythme et vont à la conquête des «clients» même dans les coins publics.
Le parc Yasmina à Casablanca,
ce quartier peuplé d’étudiants, tous niveaux scolaires
confondus, est l’un des
«marchés» les plus sollicités par les prestataires de services,
payés cash au début de chaque cours. Les prestataires de ce service peu ordinaire
ouvrent leurs «classes» dans presque tous les lieux : garages loués pour courte durée,
classes des écoles privées
louées à l’heure,
à domicile, etc.

Parc Yasmina, 19h15. Plus que 36 heures des examens du Baccalauréat. C’est la panique qui s’installe chez les futurs bacheliers, réunis en petits groupes autour des tables de cafés de la place. Quelques-uns se partagent sournoisement des photocopies d’épreuves, notamment des matières scientifiques, qu’ils s’achètent à quelques billets d’un quadragénaire à proximité de la téléboutique. Celui-ci les a convaincus qu’il s’agit des épreuves d’examens officielles. Est-ce vrai ? Personne ne peut trancher. «Il faut attendre le jour J pour s’en apercevoir. D’ailleurs, on n’a rien à perdre. S’il s’avère que ce ne sont pas les bonnes épreuves, ce serait pour nous des exercices supplémentaires.», nous confie un candidat. Le deal des soi-disant épreuves du Baccalauréat se poursuit au su et au vu des agents de police qui assurent des rondes sur les lieux. La rumeur véhiculée parmi les élèves provoque, en un laps de temps, une effervescence et un va-et-vient le long du boulevard Moulay Youssef et dans les allées du grand parc casablancais. Entre-temps, un autre business plus juteux et moins dangereux se poursuit dans les cafés: les cours de soutien scolaire, cette «éducation de l’ombre» devenue par la force des choses monnaie courante, bénéficient des circonstances et surtout de la panique des élèves et de leurs parents. Ces derniers déboursent des sommes importantes, dans le seul espoir de voir leur progéniture parmi le top ten des lauréats. L’accès aux grandes écoles et aux meilleures universités en dépend. «J’ai opté récemment pour un crédit à la consommation afin de financer des cours de soutien à ma fille qui passe son Baccalauréat technique cette semaine. Il se peut que je me prive des vacances cette année pour répondre aux charges colossales de ces cours. Elle doit à tout prix avoir de bonnes notes.», nous confie une mère venue négocier le prix d’un cours de mathématiques avec un enseignant qui réclame 300 DH pour 90 minutes de cours. Pour elle, ce sera 250 DH car la candidate est son élève. Réputé à l’échelle locale, ce professeur qui offre également ses services à domicile sur différents sites d’Internet a préféré cette année être sur le terrain. La concurrence sur place est rude. Cette année, le nombre de ses «clients» a diminué au deuxième semestre. C’est pourquoi il a décidé d’anticiper et de faire un forcing. A l’instar des ses «collègues», il est assisté sur place par quelques élèves. En guise de récompense, ces «commerciaux» bénéficient gracieusement des cours dispensés à leurs clients. Chaque commercial doit convaincre cinq élèves pour qu’il y ait cours. Le paiement se fait à l’avance. Idem pour les consommations. Les patrons de cafés profitent de l’aubaine pour leur imposer des boissons fraîches que les élèves paient au double. Entre-temps, d’autres commerciaux accrochent d’autres clients auprès des parents qui cherchent avec soin le bon profil parmi ces prestataires. La demande est forte. Ce qui facilite la tâche des  jeunes commerciaux dont la majorité est issue de familles modestes incapables de leur financer des cours de soutien. Ces élèves profitent de ce marché pour bénéficier à leur tour des services de leurs professeurs. Les trois derniers jours des préparations des examens, la concurrence entre prestataires de services locaux et ceux du net est à son pic. Pour y faire face, les professeurs menacés de perdre leurs «clients» changent de tactique et motivent davantage leurs commerciaux. C’est l’heure des promotions : «Depuis vendredi, les professeurs nous font des remises sur la deuxième séance. L’offre est plus alléchante chez certains qui proposent 5 cours au prix de trois. D’autres proposent des exercices proches des épreuves d’examens officielles», nous précise un parent. «Les radins parmi eux, refusent de faire des réductions sur leurs tarifs et augmentent en revanche la durée des cours», poursuit notre source.
Sur place, le marché est ouvert de 8 heures du matin à minuit. Ce qui nécessite un effort à la fois mental et intellectuel de la part des professeurs. Pour ce faire, la majorité d’entre eux consomment des vitamines et des stimulants, dont des anabolisants. C’est d’ailleurs le cas des élèves.
Aux quartiers populaires de la métropole, le business de l’«éducation de l’ombre» prend d’autres formes et des cours personnalisés dispensés au prix fort (parfois les honoraires du professeur dépassent les 20.000 DH pour la durée des préparations) à des élèves aisés. Pour des prix moins élevés les enseignants des quartiers populaires louent des garages qu’ils équipent de chaises et de tables auprès des traiteurs de fêtes. Ils ouvrent leurs «classes» provisoires quelques semaines avant les examens. Le prix d’une séance de 90 minutes varie entre 100 DH pour les disciplines littéraires et 250 pour les matières scientifiques. Pour les cours de langues, les prix varient entre 150 DH (anglais) et 120 DH (français). Notons qu’aucune mesure de sécurité n’est prise en considération dans ces locaux. Idem dans les appartements loués pour ce business devenu une source de revenus  pour de nombreux prestataires de services, dont la plupart sont des enseignants du public en quête de salaires d’appoint.

Rida ADDAM
Mardi 21 Juin 2011

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