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Sortie sulfureuse du salafiste Abou Naïm, il est grand temps de sonner le tocsin

L’esprit des années de plomb rôde encore




Sortie sulfureuse du salafiste Abou Naïm, il est grand temps de sonner le tocsin
C’est fait. On est en 2014. Optimiste, certes. Mais j’ai comme un arrière-goût amer dans le gosier par rapport à la fin de l’année 2013 qui vient de s’écouler. Deux faits majeurs m’interpellent encore. Il y a quelques jours, un certain Abdelhamid Abou Naïm dégaine, plus vite que ses semblables, et tire sur le parti de l’USFP et son Premier secrétaire, Idriss Lachguar, pour avoir osé appeler à une révision de la réglementation religieuse de l’héritage entre hommes et femmes et abolir définitivement la polygamie. Et comme le discours terroriste ne peut se contenter de peu, le prédicateur est allé fouiller dans le passé pour traiter feus Mehdi Ben Barka d’assassin et Mohamed Abed Al Jabri d’athée. Abdellah Laroui  n’a pas été épargné, non plus. Il est gratifié d’hérétique, lui et Ahmed Assid en les mettant tous ensemble, ennemis d’Allah, dans un même sac.
Le cheikh récidive dans une nouvelle vidéo pour confirmer ses propos sous prétexte qu’un vrai musulman ne peut s’abstenir de dénoncer les « ennemis » de l’islam et ceux qui « ont toujours nui à la religion et à la patrie ». 
Ce n’est pas nouveau, certes. Toutefois, cela commence, depuis un bon moment d’ailleurs, à gagner du terrain. Interdits des mosquées du «derb», nos barbus s’approprient le Web pour diffuser, encore mieux, leurs idées. Joliment lotis, puisqu’ils sont relayés, à chaque sortie, par les médias. Quand un cheikh procède de la sorte, c’est qu’il s’estime doté de prérogatives exceptionnelles lui permettant, non pas, de débattre des questions publiques, mais d’inciter illicitement à la haine à caractère religieux. Et tout le danger est là. Bizarrement, entre le prêche religieux et la haine donnant le droit à l’assassinat, il n’y a presque pas de limite. Les deux se revendiquent d’une même logique. 
Là, il n’est plus question de laisser le débat prendre. Ce n’est pas de la mayonnaise, c’est la vie des gens qui est en jeu. Notre société n’a jamais été aussi proche de l’abîme du conflit religieux qui sévit, depuis bien longtemps, dans d’autres pays. Eh bien, il est grand temps de sonner le tocsin. L’Etat, via ses organes sécuritaires, est appelé à intervenir. Il s’en faut de peu pour que les choses dégénèrent. Car, quand la foi l’emporte exagérément sur la raison, on ne peut que s’attendre au pire.
D’ailleurs, Driss Lachguar  et Mohamed Assid ne sont pas les premiers à parler de l’héritage et de la polygamie. Le débat sur ces deux questions remonte à des temps lointains. Ce sont deux questions qui touchent essentiellement à la bonne gestion du patrimoine, donc de l’économie pour l’héritage et à la stabilité de la famille et la dignité de la femme, ô combien elle est chère à notre religion, pour la polygamie. Et, donc, il s’agit d’un débat qui interpelle, toujours, toute une société. Les personnes, encore en vie, concernées par la vidéo de ce Abou Naïm, ne doivent pas être les seules à subir les affres de cette offensive aveugle. La société civile est appelée à s’y inviter pour, d’abord, contenir la vague de soutien dont bénéficie le cheikh, puis pour démontrer que le sujet est accessible au débat et qu’il n’y a rien de si sacré qui justifierait la rage d’Abou Naïm. Faut-il encore rappeler qu’il est du devoir de l’Etat d’intervenir.
Intervenir ! Mais comment ? Je pose la question, car il y a moult façons de le faire. Mais pour nos officiels, il est difficile d’en adopter la plus adéquate. On aspire à une démocratie où tout un chacun y trouve son compte. Les lois sont là pour être appliquées dans le respect de la personne. Les abus, on en a marre. Car, il n’est plus toléré de répliquer à la violence par la violence. Apprenons à nous tester sur le terrain du respect de la dignité humaine. Peut-être qu’on s’y retrouvera.
Je dis bien «peut-être», car dernièrement, nos médias ont relayé la misère d’une professeur qui s’est retrouvée dans la fourgonnette de la police à Rabat pour avoir participé à une manifestation paisible devant le siège de la direction des ressources humaines du ministère de l’Education nationale. C’est le second fait de fin d’année, 2013, qui m’interpelle toujours.
Je ne vais pas m’attarder à chercher si elle avait tort ou raison de manifester, mais ce qu’elle détaille dans son récit de sa détention en garde à vue mérite d’être médité profondément tout en ayant en rétrospective la promesse d’un Maroc démocratique qui rompt avec les agissements inhumains d’antan.
Meriem Krabti nous a gratifiés d’un voyage lugubre digne d’un récit des années dites de plomb. Des « pute de ta mère », « pute » tout court, « maudite, sois-tu, fille de pute ! A cause de toi, nous sommes sortis dans la rue par ce froid glacial, à 5 heures du matin, proférait un agent de la Protection civile », ou encore « laisse ce téléphone (quand elle voulait appeler sa mère) ou je te crève l’œil, fille de pute ! lâchait un officier de police »… Des scènes qu’on a crues révolues après l’annonce d’une nouvelle ère sont bel et bien toujours là. Il suffit que l’on soit estampillé de manifestant que l’esprit des années terribles revienne. A en croire Meriem Krabti, c’est toujours le même mode d’emploi que jadis: couloir obscur, grillage, portes grinçantes, obscénité verbale, volonté de faire plonger le détenu dans la peur et le sentiment de ne plus s’en sortir, frapper aveuglément et dans tous les sens, les mineurs n’en sont pas épargnés, etc.
Ce n’est pas cet Etat que se dessine le citoyen marocain dans son imaginaire. Celui-ci, il le veut anéanti à jamais. Il aspire, par contre, à un vrai Etat de droit digne de ce mot, loin des étiquettes joliment écrites pour l’usage externe. Il est temps, encore une fois, que nos commissariats, via le comportement de nos responsables sécuritaires, renouent avec le principe de sûreté qui est à l’origine même de leur existence. Celui d’être un havre de paix, et pas de prolongement d’insécurité. D’ici là, je souhaite bon temps à mon pays et bonne année à mes concitoyens. J’en exclus ceux qui n’y voient que l’obscurité de leur imagination. A ceux-ci, je souhaite bon et prompt rétablissement ! 

Par Said Echchotbi
Samedi 4 Janvier 2014

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