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Soliman le Magnifique à la reconquête du monde arabe et des Balkans




Soliman le Magnifique à la reconquête du monde arabe et des Balkans
Du monde arabe aux Balkans, les pays qui se sont débarrassés du joug de l'empire ottoman se passionnent pour un feuilleton historique turc sur le harem de Soliman le Magnifique, version romancée de l'histoire qui les réconcilie avec leur passé.
"Le siècle magnifique", ou "Le Harem du Sultan" dans sa version doublée en arabe, relate l'histoire d'amour entre le sultan dont le règne, au XVIème siècle, a marqué l'apogée de l'Empire ottoman et la belle Roxelane, l'une des filles d'origine slave de son harem, sur fond d'intrigues de palais.
"C'est un véritable phénomène. Ce feuilleton a battu tous les records d'audience au Moyen-Orient et en Afrique du Nord", déclare à l'AFP Khulud Abu Hommos, vice-présidente exécutive pour les programmes d'OSN, la seule plate-forme de télévision payante dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Ce feuilleton fleuve, dont plus de 300 épisodes ont déjà été diffusés, "est la série numéro un dans les 23 pays que nous couvrons", ajoute-t-elle, refusant cependant de dévoiler le taux d'audience.
Pour elle, le succès de ce "conte de fées mêlant romance et histoire" s'explique en partie par "sa pertinence politique dans un monde arabe où les gens sont frustrés par la situation politique", surtout qu'il offre une image de "dirigeants musulmans justes et puissants".
Quant à Michel Naufal, expert dans les relations arabo-turques, il estime que l'engouement pour cette série est "une sorte de réconciliation avec le passé".
Car les Arabes gardent un mauvais souvenir des dernières années de la domination ottomane, "avec les abus, la répression et la politique de turquification des Jeunes Turcs", explique-t-il, avant l'effondrement de cet empire dans le sillage de la Première guerre mondiale.
Mais, souligne l'expert, ils "redécouvrent aujourd'hui le bon côté de l'empire ottoman, cette fédération d'avant le fédéralisme, un empire où les communautés ethniques et religieuses coexistaient".
L'histoire de l'esclave qui a su conquérir le coeur du plus fameux sultan de l'empire ottoman (1520-1566), l'amener à rompre la tradition pour l'épouser et manoeuvrer pour porter l'un de ses fils sur le trône tient en haleine depuis plus de deux ans les téléspectateurs arabes.
Les décors somptueux et les costumes ont provoqué un véritable phénomène de mode. "Des femmes achètent des parures semblables à celles des héroïnes de la série et me demandent d'imiter leurs coiffures", assure Maro Dheini, propriétaire d'un salon de coiffure à Dubaï.
Les photos sur Facebook d'une soirée organisée sur le thème de la série par des familles proches du régime syrien dans la banlieue de Damas, où les invitées sont venues habillées comme les actrices du feuilleton, alors que les combats font rage dans le pays, ont provoqué la colère sur les réseaux sociaux.
Dans les Balkans, la série a également battu les records d'audience et est diffusée par les chaînes privées et gouvernementales.
En Croatie, premier territoire des Balkans à s'être libéré du joug ottoman au début du 17ème siècle, elle affiche un taux d'audience de 21,4 %.
En Serbie, où Belgrade est tombée aux mains des troupes ottomanes en 1521, et où le sultan Soliman est dépeint par les historiens locaux comme un souverain "impitoyable", le feuilleton attire également quelque 20% des téléspectateurs.
"Dans la série, l'armée turque entretient des relations bienveillantes avec la population locale, contrairement à la réalité historique", affirme le professeur d'histoire Ema Miljkovic.
Cinq livres sur le sultan Soliman ont été vendus à des dizaines de milliers d'exemplaires.
Des fans projettent même d'organiser un réveillon du Nouvel an sous le thème du feuilleton près des murailles de la forteresse Kalemegdan à Belgrade, qui n'avait pas pu protéger les habitants de la ville lors de son occupation par le sultan, a déclaré à l'AFP Ana Lukacevic, membre du groupe "Soliman le magnifique".
"Cette série (...) peut aider à surmonter le passé, marqué par les nationalismes et les guerres, et se débarrasser des fantômes du passé", estime en Macédoine Dona Kolar Panov, professeur de communication.
Au Kosovo, les Albanais et la minorité serbe, profondément divisés, regardent en même temps, mais doublé dans leurs langues respectives, le feuilleton dont l'une des scènes relate la défaite du royaume serbe lors de la bataille de Kosovo Polje.
"Il est 19H45. Les rues des deux côtés de la ville sont vides. Les fidèles sont collés à leurs écrans. Félicitations Soliman", écrivait récemment un magazine local dans la cité ethniquement divisée de Kosovska Mitrovica.

AFP
Mardi 10 Décembre 2013

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