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«Solidarnosc» et le changement de systèmes en Europe centrale et orientale (2/2) : La fin de “Yalta”




«Solidarnosc» et le changement de systèmes en Europe centrale et orientale (2/2) : La fin de “Yalta”
Le 13 décembre 1981, le général  Wojciech Jaruzelski, qui se trouvait à la tête du pouvoir, décréta en Pologne  l’état de siège. Des blindés de transport et  l’armée  sortirent dans les rues, toutes les liaisons téléphoniques furent coupées. La structure de l’Etat fut militarisée. La première nuit du 12 au 13 décembre, la majorité des dirigeants de «Solidarnosc», les militants des entreprises reconnues comme particulièrement importantes, les intellectuels qui soutenaient le mouvement, furent internés.
«Solidarnosc» se laissa surprendre  -  le syndicat ne se préparait pas à une résistance physique, armée; il fut perplexe face aux forces militaires utilisées par l’Etat.
Et pourtant, dès les premiers moments de l’état de siège, la résistance naissait, résistance qui d’abord prit une forme de grèves d’occupation.
Organisées plus tard dans les rues, les manifestations contre l’état de siège rencontraient la même réponse brutale - dispersées par la milice qui utilisait les gaz lacrymogènes, des canons à eau, des matraques.Le décret sur l’état de siège permit d’introduire des règles juridiques qui servaient de base pour arrêter et condamner des milliers de personnes. Durant l’état de siège formel : jusqu’à 22 juin 1983, presque 12 mille personnes furent condamnées. Les arrestations se poursuivaient toujours jusqu’à l’automne 1986.
La liberté en clandestinité
Au début de l’état de siège, vu l’impossibilité totale de communiquer (entre autres les liaisons téléphoniques coupées, l’interdiction de quitter les villes sans laissez-passer spéciaux, la fermeture de toutes les rédactions de journaux sauf deux de  propagande du parti), «la parole libre » devint une marchandise des plus recherchées. C’était le noyau de la  «société clandestine » - comme l’a défini l’un des dirigeants de «Solidarnosc» renaissante.
Déjà en avril 1982, la Commission provisoire de coordination – direction nationale de «Solidarnosc» se constitua. Ils avaient pour objectif de mener des actions visant la levée de l’état de siège, la libération de tous les internés et arrêtés ainsi que la restitution en droit de  «Solidarnosc».
L’un de leurs plus grands objectifs à cette époque fut la préparation à la confrontation avec le pouvoir le 31 août 1982, date du deuxième anniversaire de la signature des Accords de Gdansk. Dans 66 localités de Pologne, on organisa des manifestations auxquelles prirent part quelques dizaines de milliers de personnes. Ce fut la preuve d’une part de l’intransigeance du pouvoir communiste et de l’autre - de la détermination de la société dans sa lutte contre ce pouvoir et en somme le manque de perspectives pour un rapide changement de situation. Les structures de «Solidarnosc » devenaient de plus en plus certaines qu’il fallait se préparer à une «longue marche ».   « Solidarnosc » clandestin, ce ne fut pas seulement une activité à caractère politique, mais aussi une culture et une éducation indépendantes, et surtout un réseau des éditions clandestines, indépendant du pouvoir, car créé en dehors du contrôle de la censure. Il se développa à une échelle jamais et nulle part encore connue malgré les arrestations et les condamnations non seulement des éditeurs, des imprimeurs mais aussi des colporteurs des «samizdats».
L’aide de l’Occident
De l’importance de la Pologne du temps de «Solidarnosc», considérée comme une île de liberté dans le bloc soviétique, témoigne la réaction du monde au moment de l’instauration de l’état de siège. La solidarité internationale des pays démocratiques avec la Pologne dépourvue de liberté surmontait les frontières établies par les communistes.
La France, l’Allemagne, la Suède, la Grande-Bretagne, l’Autriche, les Etats-Unis et beaucoup d’autres pays réagirent à l’état de siège et aux représailles contre «Solidarnosc » en offrant à la société polonaise un soutien moral et matériel à une échelle jusqu’alors inconnue. Tout de suite après l’instauration de l’état de siège, les syndicats en France et dans les autres pays organisèrent des collectes publiques d’argent et l’envoi de colis. Plus tard, à cette aide s’associèrent - la Confédération internationale des syndicats libres et la Confédération mondiale du Travail.
La dernière attaque du système
Les fonctionnaires communistes polonais attaquèrent la société polonaise au nom de l’empire - de l’URSS. Ils n’avaient pas gagné, cette attaque, bien que militairement réussie, signifiait la défaite définitive - sociale et économique - du système. Les années successives de «l’état de siège» (1981–1988), qui paralysait la Pologne, n’avaient pas redonné au pouvoir l’efficacité d’action. La mémoire des 10 millions de membres de «Solidarnosc» freinait aussi ses actions répressives.
L’expérience avec «Solidarnosc » fut certainement pour Moscou une impulsion pour la politique de la Perestroïka, d’après laquelle il ne fut plus possible de diriger les nations recourant uniquement aux méthodes de la terreur. Le cours dur envers les adversaires du système, de plus en plus nombreux aussi bien en URSS que dans les autres pays du bloc soviétique, ne parvenait pas à changer l’état désastreux de l’économie, et détériorait en même temps la situation internationale. On commença à chercher d’autres solutions.
En 1985, avec l’arrivée au pouvoir à Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev, apparut le mot d’ordre de transformation du système. L’empire soviétique, plongé dans une crise profonde, devait être sauvé par la politique des réformes économiques et par une certaine libéralisation.  Mais la Perestroïka n’a pas donné les effets escomptés - en 1988  l’empire commença à s’effondre, les républiques baltes menaient déjà une lutte ouverte pour l’indépendance.
Le retour de «Solidarnosc »
Le premier signe des changements en Pologne dans les rapports pouvoir-opposition, ce fut la libération de tous les prisonniers politiques à la mi-septembre 1986. En réponse, Lech Walesa et un groupe d’intellectuels adressèrent au président des Etats-Unis un appel demandant la levée des sanctions économiques imposées à la RPP (octobre 1986). Ce fut le premier signe  que l’opposition était disposée à négocier avec le pouvoir.
Le 29 septembre 1986, vit le jour le Conseil provisoire de «Solidarnosc» qui avec Lech Walesa à sa tête  mena son activité au grand jour en tant que direction du Syndicat qui restait toujours illégal. D’autres structures du syndicat clandestin  se manifestèrent dans diverses régions. Le processus de la relégalisation de «Solidarnosc », lent, très difficile et éveillant beaucoup de controverses parmi ses militants mêmes, commença.
En 1988, la vague de grèves revint soudain. D’abord, en mai, les grèves non seulement n’embrassèrent pas un grand nombre d’entreprises, mais elles furent, malgré les tendances de conciliation, vite et brutalement pacifiées. En août, elles embrassèrent cependant les mines en Silésie, les Chantiers navals de Gdansk et beaucoup d’entreprises dans plusieurs voivodies. Cela avait l’air d’une répétition d’août 80.
Les autorités ont exprimé leur disposition à négocier   le 31 août une rencontre avec Walesa eut lieu. Commença la préparation des entretiens généraux entre le gouvernement et l’opposition à la «table ronde».
Le changement  négocié du système
Les débats de la Table Ronde polonaise duraient à partir du 6 février au 5 avril 1989. Y prirent part 230 représentants de l’opposition, principalement issus des milieux de «Solidarnosc », convoqués par Lech Walesa. Y fut négocié le nouvel enregistrement du  «Solidarnosc ». Y fut concerté un paquet de réformes politiques, parmi lesquelles le plus important - le droit à 1/3 de sièges à la Diète à l’issue des élections libres et les élections libres au Sénat restitué.  Les candidats de l’opposition obtinrent la garantie de pouvoir  mener une  campagne électorale et de fonder un journal lié à «Solidarnosc » (Gazeta Wyborcza ).
Les élections au Parlement, en juin 1989, apportèrent aux communistes une défaite écrasante. Pour la première fois en Pologne d’après-guerre, la société fut autorisée à participer au pouvoir. Les candidats de «Solidarnosc » gagnèrent 160 sièges à la Diète et 99 sièges  sur 100 au Sénat.
Ce résultat des élections signifiait en Pologne la fin du communisme :  la création du premier gouvernement non communiste au sein du bloc soviétique, la levée de la censure, l’entrée sur la voie de la construction de la démocratie.
En 1989, lorsque l’autorisation soviétique pour des changements très profonds, négociés à la Table Ronde polonaise, devint évidente, vint le tour de la Hongrie où le pouvoir et l’opposition se sont mis aussi à table de négociation. Les autres sociétés de l’Europe centrale et orientale : la RDA, la Tchécoslovaquie, les républiques baltes, dénonçaient à leur tour l’obéissance au pouvoir communiste...
Pendant «la révolution de velours » à Prague, l’historien Timothy Garton Ash dit à Vaclav Havel : « En Pologne cela dura 10 ans, en Hongrie 10 mois, en RDA 10 semaines, peut-être en Tchécoslovaquie cela ne prendra que 10 jours? ».
Entre août 1980 et novembre 1989, la plus grande révolution pacifique en Europe d’après-guerre  eut lieu - entre la porte des Chantiers navals de Gdansk et la Porte de Brandebourg à Berlin. Comme conséquence du processus initié par «Solidarnosc», «tomba » le mur de Berlin - symbole du partage de l’Europe après Yalta.
Le changement, qui s’effectua dans les années 80 et 90 au sein du bloc soviétique,  confirma l’importance qu’avaient pour l’histoire de l’Europe les journées de cet Août 80 polonais. D’une part, elles ont freiné l’agressivité du système, et de l’autre – elles ont éveillé l’imagination sociale, renforcé le courage.
L’Union soviétique s’effondra. De nouveaux Etats indépendants virent le jour : la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, l’Ukraine...
En octobre 1992, les dernières divisions de l’Armée soviétique qui stationnaient à Swinoujscie quittèrent le territoire de la République de Pologne.
Mais le système soviétique survécut sous diverses formes dans une partie de l’ancien empire. La vague de liberté apparaissait cependant ici aussi, elle se soulevait même en Russie mais retombait. En Biélorussie, elle avéra d’une faiblesse exceptionnelle. Mais elle ne disparut nulle part. La victoire de la révolution orange en Ukraine où la détermination de la foule qui rassembla de milliers de personnes dans les rues, soutenue solidairement par des personnes venues des autres pays, y compris  le soutien fort et nombreux venu de Pologne, rappelait ce climat polonais de l’époque de solidarité de l’année 1980. C’est un succès de plus du refus collectif, pacifique – c’est la preuve que le désir de liberté ne se laissera pas étouffer dans aucune des sociétés.

* (Centre KARTA, Varsovie )

Par Alicja Wancerz Gluza *
Lundi 25 Mai 2009

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