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Situation explosive au CHU d'Agadir : L'insoutenable situation des femmes en couches




Situation explosive au CHU d'Agadir : L'insoutenable situation des femmes en couches
Elles dorment à même le sol, elles sont à 2 et à 3 par lit, des nouveau-nés avec leur maman à côté des tuberculeux, hospitalisation des parturientes en chirurgie générale, en pédiatrie, en cardio-pneumologie, en ophtalmologie ou en chirurgie infantile…Les femmes accouchent à l'hôpital Hassan II d'Agadir et ne disposent pas de lit pour s'allonger et reprendre leurs forces. Elles sont abandonnées à leur sort  au moment où elles doivent requérir toute l'attention de l'entourage et en premier lieu du milieu d'accueil. La situation au pavillon maternité au Centre hospitalier universitaire CHU d'Agadir est au bord de la dépression. Insuffisance de la capacité d'accueil, surcharge des pavillons, manque de personnel soignant, manque de moyens avec un existant en dessous des normes de qualité…le diagnostic est sans retour, le pavillon maternité fonce vers la mort clinique. Les faits sont accusateurs et contre toute attente deviennent préjudiciables aux pensionnaires.
Doté d'une infrastructure insuffisante et inchangée malgré la demande grandissante, handicapé par une pénurie au niveau des ressources humaines surexploitées et dont les pouvoirs sont hypothéqués par des équipements obsolètes et une indemnisation frustrante, le pavillon maternité de l'hôpital Hassan II d'Agadir présente des signes de vieillesse prématurée et compromet sérieusement le développement régional en contribuant à affaiblir l'offre des soins sanitaires à laquelle il a été destiné.
En raison de l'extension de la zone de couverture sanitaire (Agadir Ida Outanan mais aussi les provinces de Tan Tan, Goulmime voir Laâyoune et même Dakhla) le pavillon maternité du CHU d'Agadir assure miraculeusement 7000 accouchements par an, soit 19,18 accouchements par jour. Au seul mois de septembre 2008, le service a assuré 141 césariennes et 747 accouchements par voie basse. Ces performances sont l'œuvre de seulement 4 gynécologues, 9 infirmières dans les suites de couches et la gynécologie au pavillon 9 et 12 sages femmes, 7 accoucheuses, 6 infirmières polyvalentes et 5 anesthésistes qui travaillent intensivement dans des conditions ne répondant pas aux normes de qualité les plus élémentaires. Le pavillon 9 est souvent au complet avec des salles de 7 lits et des salles de 3 lits alors qu'elles sont conçues pour 2 lits. La capacité est souvent dépassée de telle sorte que les femmes qui accouchent sont souvent condensées dans les autres services de l'hôpital. Dans le pavillon 10, destiné à la prise en charge des grossesses normales et à risque élevé, les accouchements, les césariennes, les cas compliqués et le programme de contraception chirurgicale volontaire CCV, la situation n'est pas meilleure : 2 salles d'expectante avec chacune 3 lits au lieu de 2, ce qui réduit considérablement les espaces entre les lits et gêne dangereusement la circulation du personnel soignant pour prodiguer les soins nécessaires aux parturientes; l'unité de grossesse à risque élevé (6 chambres de 2 lits) est souvent au complet, les parturientes en surplus sont évacuées dans les salles d'expectante ou dans les autres services de l'hôpital. Conséquence, le service vit depuis des mois un désordre total.
« Tous les pavillons servent de suites de couches parce que chaque fois que le service affiche complet, on passe à un autre pavillon de telle sorte que les familles ont du mal à retrouver leur femme. Cela arrive très souvent qu'un mari passe d'une femme à une autre pour identifier la sienne dans le tas et à la fin, il la retrouve allongée sur une couverture à même le sol, avec une sonde pendante », nous raconte cette infirmière le ton amer.
En plus de la surcharge systématique des pavillons 9 et 10 de la maternité et du continuel débordement du personnel soignant, celui-ci assume sa mission dans des conditions extrêmes avec des moyens limités. Handicapé du panseur, le sous-effectif du pavillon maternité de l'hôpital Hassan II manque de tout : Kits, casaques ne répondant pas aux normes, insuffisance des consommables (seringues, sondes, médicaments, fils et aiguilles souvent non adaptés et de qualité inférieure), inexistence de la sonde ondovaginale de la salle d'échographie pour les urgences obstétricales…Ces insuffisances et absences entraînent des retards préjudiciables et des complications qui influent sur la qualité de l'intervention et des soins prodigués, génèrent des conflits avec les familles et mettent le personnel soignant dans des situations d'accusés. La gratuité des soins, promulguée par le ministère de la Santé, suppose ipso facto un approvisionnement en quantité et en qualité en kits, consommables et en instruments pour prétendre à l'amélioration de soins. Il ne sert à rien d'offrir gratuitement des services et de grignoter sur la qualité et sur la quantité des produits à usages médicaux..
Le volet de l'hygiène dans le pavillon maternité tombe aussi sous la disgrâce et aggrave la situation. Déléguée en sous-traitance, l'entreprise en charge manque de produits d'hygiène et la direction ne s'en mêle pas. Dans un lieu où l'hygiène devrait être une règle stricte, le visiteur est choqué par des poubelles débordantes de déchets médicaux, alors que le règlement stipule, parce que dangereux, de trier les déchets des hôpitaux dans des sachets de couleurs différentes en raison de la toxicité de certains produits et instruments utilisés.
La pression mise sur le personnel soignant fait dire à un gynécologue: « On ne peut plus travailler dans ces conditions ».
Il faut savoir qu'en plus de ces conditions extrêmes, régnant en maîtres absolus dans les pavillons maternité, les médecins sont contraints d’effectuer des heures de garde obligatoires (8h), en dehors de leur temps de service, dans des conditions, nous dit-on, de confort minimal et contre des motivations financières jugées « insignifiantes » par les hommes du métier.
Devant cette situation explosive et en réaction au discours officiel en décalage total avec la réalité dramatique des hôpitaux, et compte tenu des plaintes restées sans suite, le personnel soignant se prépare à hausser le ton pour protester contre la dégradation de ce service public de santé. A l'heure où les habitants des régions de Fès, Meknès et Al Hoceima se réjouissent des projets de CHU qui renforceraient l'infrastructure sanitaire en place, ceux d'Agadir et sa région déplorent l'état d'insuffisance aux niveaux des ressources humains et des équipements sanitaires obsolètes pour beaucoup et absents pour d'autres, ce qui pousse patients et personnel soignant à se poser des questions sur la gestion du CHU d'Agadir. La commission de supervision et d'accompagnement qui a visité le CHU Agadir du 5 au 10 janvier dernier, a-t-elle quelque chose à voir avec l'état dégradé des services offerts par l'hôpital Hassan II ?
En attendant les réactions aux mouvements de protestation des blouses banches, les accouchées de l'hôpital Hassan II sont priées de prendre leur mal en patience et d'attendre qu'un lit se libère pour l’occuper et s'y reposer.

Salouk press@yahoo.fr   

Nour-Eddine salouk
Jeudi 22 Janvier 2009

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