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Signification et dimensions des élections européennes




Signification et dimensions  des élections européennes
Depuis la chute du Mur de Berlin  et le démantèlement de l’URSS, l’intelligentsia européenne s’est désengagée de la critique du capitalisme et du libéralisme. Eblouie par la chute inattendue, du système marxo-communiste, l’intelligentsia même la plus critique  s’est convertie à l’exaltation des vertus capitalistiques et des libertés  prétendument inégalées du libéralisme.
Les crises financières, économiques et politiques successives notamment après 2008, ont battu en brèche l’idéal globaliste en Europe. Il s’est avéré que la décision politique ne revient plus aux politiciens mais aux technocrates et aux entreprises transnationales. L’Etat-nation ne dispose plus de sa décision, du fait du transfert du pouvoir à l’Union européenne et à ses institutions supranationales. Du coup, le champ politique national se rétrécit au fur et à mesure que les institutions européennes élargissent leurs compétences.
L’économie de plus en plus désindustrialisée s’est progressivement détériorée et la croissance tant vantée par les globalistes s’est soldée par des marasmes et des récessions dont les impacts sociaux sont pesants.
Outre le marasme économique, les années glorieuses du dé-constructivisme et des postmodernités ont asséché la créativité culturelle et affaibli les paradigmes et les normativités hérités de la Renaissance, des Lumières et de la modernité classique.
L’ère globaliste est plus morose d’autant plus qu’elle s’appuie sur un triomphalisme démenti par l’histoire et un déterminisme bio-historique infondé épistémologiquement et historiquement.
Comment expliquer la montée vertigineuse des partis eurosceptiques et europhobes dans les dernières élections européennes ? Pourquoi les européistes et les europhiles perdent de leur crédibilité auprès des citoyens européens? Quelle est la signification de l’abstention et du vote pour le Front national en France et le parti l’UKIP (United Kingdom Independence Party) de Nigel Farage  en Angleterre? Peut-on expliquer ce vote contestataire par le dénigrement des politiques d’austérité et la montée en flèche du chômage et de la précarité sociale au sein des pays de l’Union européenne? 
Peut-on expliquer le vote pour les partis de droite par le manque de pédagogie ou par la désinformation subie par une partie de l’électorat européen? Peut-on réduire un problème sociopolitique complexe à un manque de clarté pédagogique sans verser dans un réductionnisme abusif? 
 
Le ratage analytique
La défiance et la méfiance envers les institutions européennes se sont accentuées suite aux ratages politiques dus, selon les eurosceptiques et les europhobes, à l’idéologie déguisée en expertise des technocrates et du suivisme des politiciens et des intellectuels. Expliquer les positions politiques par des motifs psychologiques ou pédagogiques, ne permet pas toujours de cerner leurs significations profondes.  Du coup, le ratage analytique s’ajoute au ratage politique pour assombrir la donne et obstruer les sentiers d’une perspective politique alternative.
 
La politique d’austérité
 D’après les européistes, libéraux et sociaux-démocrates, les politiques d’austérité sont le prix à payer pour s’affranchir de la récession et relancer l’économie.
Or il est incontestable que la mise en œuvre de ces politiques ne fait que renforcer les inégalités, augmenter l’endettement public et laminer subséquemment le modèle européen.
Les experts globalistes font souvent l’éloge de la rigueur budgétaire, de la réduction des dépenses publiques et des mesures fiscales régressives.
Néanmoins les chiffres record du chômage à la fois des jeunes et des seniors et les inégalités de revenus révèlent l’incapacité des mesures prises après la crise financière et économique de 2008 à créer les emplois et réduire le chômage.
Au lieu d’adopter des politiques de croissance, les institutions européennes ont opté pour des politiques austéritaires pour des raisons idéologiques et techniques. C’est ainsi que la reprise peine à s’installer, et la croissance tant souhaitée tarde à se concrétiser.
 
La montée du chômage 
et la précarité sociale
Le plein emploi n’est qu’un souvenir nostalgique, ou une image presque   pittoresque de l’après-guerre.
Le chômage est de plus en plus structurel, ce qui nécessite, selon les experts économiques, des mesures drastiques pour débloquer la situation et assurer la création d’emplois pour les masses désœuvrées, précarisées surtout les jeunes.
Les inscriptions massives en catégorie A à Pôle emploi en France par exemple sont en réalité des signes éloquents de l’absence d’une relance économique désirée et promise par les politiciens et les technocrates.
En dépit des efforts dispensés aussi bien par les institutions nationales que par les institutions supranationales, les signes d’une reprise économique ne sont aucunement tangibles en Europe actuellement.
Ainsi   les contrats précaires abondent et le travail à durée indéterminée ne cesse de diminuer. Le pouvoir de la finance et la domination du libre–échange, entravent, selon les eurosceptiques, sérieusement la souveraineté économique du peuple, et la réalisation d’une croissance pérenne et profitable aux laissés-pour-compte du système et aux catégories paupérisées et fragilisées par les politiques austéritaires. 
De surcroît, les eurosceptiques insistent sur les méfaits d’une fiscalité trop peu  redistributive  et  l’incapacité du marché à s’autoréguler  et à maintenir les équilibres permettant d’assurer la croissante et l’inclusion socioprofessionnelle des masses précarisées, contrairement aux présupposés des ultras–libéraux et de la technocratie financière et économique.  
 
Les politiques étatiques 
et les institutions 
supranationales
Les institutions supranationales sont souvent critiquées par les citoyens européens, et notamment la Commission, le Parlement et la Banque centrale. De même, la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international) est vivement critiquée par les eurosceptiques et les souverainistes, en raison de sa politique et de son idéologie à tendance ultralibérale.
Le transfert du pouvoir aux institutions supranationales, est d’après les eurosceptiques, antidémocratique, étant donné qu’il bafoue la souveraineté populaire, et soumet la décision aux oligarques technocratiques. Pire encore, le pouvoir est accaparé par les  technocrates, les éditocrates, les multinationales, les transnationales, les agents de notations et les anciens de Goldman Shahs.
 Pour réformer l’Union européenne, les eurosceptiques proposent de passer d’une Europe libérale, d’une Europe austéritaire, à une Europe plus démocratique, plus solidaire  tandis que les europhobes réclament le souverainisme démographique, économique, culturel, politique des Etats et un protectionnisme intégral.   
 
Le diktat du 
court-termisme
Les décisions économiques et politiques sont de plus en plus déterminées par le court-termisme. Le temps électoral impose ses normes et contraint les décideurs à se défaire du long-termisme  et des visions   prospectives. Or, il inéluctable de s’engager dans une politique de civilisation, si on veut dépasser  une situation marquée, foncièrement, par des déséquilibres environnementaux, la récession économique  presque endémique et la délocalisation et son corollaire naturel, la désindustrialisation.
Conséquemment, le court-termisme démontre, de plus en plus, ses incapacités à cerner la complexité des problématiques économiques, géostratégiques et culturelles au sein de l’espace européen et dans les zones les plus tumultueuses du monde et à proposer des alternatives crédibles et fiables.
La parcellisation du temps culturel et politique au nom du pragmatisme et de l’opérationalisme, n’est pas un antidote contre l’éveil des intelligences. 
«La maladresse des habiles» pour reprendre une expression de François Mauriac s’avère parfois fatale surtout dans les périodes charnières où règne une constellation idéologique alimentée de plus bel par les élites libérales à vocation globaliste.   
 
Les problématiques 
identitaires et le 
désenchantement 
culturel
Les déconstructions intellectuelles successives depuis au moins soixante ans, ont fait le lit d’un relativisme culturel exacerbé, suivi par conséquent d’un multiculturalisme taxé de décadent par les eurosceptiques et les europhobes.
D’après les technocrates, la culture doit servir, vaille que vaille, l’économie et la prédominance du marché. Si la raison technocrate vante les mérites du brassage culturel, elle reste muette face aux résistances voire aux dérives des pré-modernités périphériques. Ainsi on nie la consistance d’une culture au nom d’une idéologie déguisée en expertise technique, d’ après l’élite conservatrice et droitière.
Assurément, la crise du paradigme culturel s’ajoute au déficit démocratique de l’Union européenne tant dénoncé par les détracteurs de l’idéal européen pour rembrunir le désenchantement régnant. 
Si la multipolarité est dénigrée dans le domaine politique, elle est en revanche acclamée dans le domaine culturel. Or le modèle français est fondé, selon une perspective anti-européenne, sur l’homogénéisation et l’assimilation à travers l’éducation, la culture, la langue et la pratique politique. Evidemment ce modèle est aux antipodes du modèle multi-culturaliste anglo-saxon centré sur le pluralisme culturel et une approche multi-identitaire.
Obsédés par l’équilibre budgétaire, les technocrates n’accordent point d’importance aux équilibres culturels. La symbolique est déconsidérée au bénéfice d’une mythification artificielle assurée par une technique surdimensionnée. Au SDF économique s’ajoute le SDF culturel, qui passe d’une errance à une autre pour finir dans un syncrétisme infécond et embrouillé ou dans un médiévalisme fantasmé et opaque. Seul un souverainisme culturel peut endiguer les dérives du multiculturalisme et les ravages de la déculturation, ré-enchanter les citoyens et les doter d’un socle culturel solide, selon les perceptions des souverainistes culturels.
Une partie de l’élite attaque avec véhémence les socles de la postmodernité, du multiculturalisme et de la culture soixante-huitarde, et défend bec et ongles le souverainisme culturel et le protectionnisme identitaire. Si les élites classiques défendent l’exception française dans un contexte d’hyper-mondialisation même dans le domaine de l’éducation et la culture, les protectionnistes culturels défendent en principe l’identité et le modèle assimilationniste homogénéisant français.  Comme ils critiquent le court-termisme en politique et en économie, ils critiquent ce qu’on peut appeler: le court- termisme culturel selon lequel les politiques culturelles se limitent à l’ici maintenant sans prendre en compte leurs impacts à moyen et à long termes.  Soumettre les politiques culturelles au temps électoral ne peut que nuire à un modèle érigé en paradigme et à une culture qui tout en s’enracinant dans la Renaissance et les Lumières tend vers une nouvelle refonte.
 
Synthèse
Selon les eurosceptiques, l’euroscepticisme ne s’arc-boute pas sur des jugements à l’emporte pièce comme le croient les pro-européens mais sur des politiques européistes qui vont à hue et à dia sans déboucher sur des alternatives plausibles, raisonnables et fiables. 
Il apparaît ainsi que la tentation eurosceptique, révèle une contestation profonde d’une situation politico-économique et politico-intellectuelle complexe et intenable, notamment pour les catégories les moins favorisées et les plus touchées par les ravages de la désindustrialisation et la délocalisation galopante. De surcroît, ce vote dévoile une opposition acharnée au métissage et à l’hybridation sur lesquels l’intelligentsia postmoderne et les multi-culturalistes zélé  reposent pour reconstruire un paradigme socioculturel à l’anglo-saxonne. 
 

Par Brahim Azeroual Agadir
Mardi 10 Juin 2014

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