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Selon une étude officielle dont les résultats seront prochainement rendus publics : Seuls 294 enfants des rues squattent Casablanca !




Selon une étude officielle dont les résultats seront prochainement rendus publics : Seuls 294 enfants des rues squattent Casablanca !
Casablanca compte 294 enfants en « situation de rue», soit 8% de la population qui vit actuellement sans abri dans les rues de  la ville blanche. Les garçons représentent  89% de l’ensemble, soit 262 personnes  et  les filles 11%, soit seulement 32 personnes. Parmi ces dernières, on peut compter deux mères célibataires âgées entre 15 et 17 ans, a indiqué Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la Solidarité et de la Famille, mardi 18 octobre lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers en se basant sur une étude effectuée par son département et  dont les résultats seront communiqués la semaine prochaine.
Des chiffres qui en ont fait rire sous cape plus d’un responsable d’ONG. Pour Amina Lmalih, directrice de  Bayti, Association pour la protection des enfants en difficulté, les statistiques en question doivent être prises avec prudence vu que l’ensemble de l’étude n’a pas encore été publié. « On doit d’abord examiner l’échantillon représentatif sur lequel l’étude a été basée.  Mais quoi qu’il en soit, par expérience,  ces chiffres restent loin de la réalité de ce phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années», nous a-t-elle expliqué.
En effet, les statistiques afférentes à ce fléau social font défaut.  Elles sont souvent anciennes et incertaines. Parfois, elles font même l’objet de débat entre l’Etat qui parle de quelques milliers et les associations qui évoquent des chiffres autrement plus alarmants.
Ainsi, en 2007, on a estimé le nombre d’enfants en situation de rue à près de 25.000 au niveau national dont 5.000 à 7.000 pour la seule ville de Casablanca. Une année plus tard, ces chiffres sont restés, selon l’ex-secrétariat d’Etat pour la Famille, la Solidarité et l’Action sociale, stables alors que l’Association Bayti a évoqué le chiffre de 30.000 enfants.
En 2010, et selon des données collectées par les équipes du Samusocial de Casablanca, la métropole compterait 240 enfants, âgés entre 7 et 12 ans et 583 autres âgés entre 12 et 17 ans.
Les enfants de moins de 12 ans constituent avec les femmes les groupes les plus fragiles des populations sans abri. Ils représentent en effet près du tiers de cette population (30,44%).
Pour les associations œuvrant dans le domaine de la protection de l’enfance, le nombre exact d’enfants des rues est impossible à quantifier. Cette incapacité découle de la difficulté d'avoir une visibilité claire sur ce phénomène puisque la majorité des enfants en situation de rue passent leur temps à changer d'endroit et de ville, fuyant la police, les violences physiques et psychiques commises contre eux.
Pourtant, elles sont toutes d’accord à considérer que le nombre des enfants des rues augmente à mesure que la population s’accroît et que l’urbanisation progresse. « Au début des années 1990, le phénomène des enfants en situation de rue a été localisé uniquement dans les zones de Casa-Port, au port de pêche, sur la Place Verdun, au marché de gros des fruits et légumes et dans la gare routière d’Ouled Zyane. Aujourd’hui, c’est toute la ville qui est touchée. Ce qui démontre la progression de ce phénomène », nous a indiqué la directrice de  Bayti.
Pourtant, quelles que soient les statistiques, le phénomène en question n’a pas progressé uniquement en termes de quantité, mais aussi de qualité. Il a changé de visage également. Le modèle type d’un enfant de rue s’est considérablement modifié. « On n’est plus dans la représentation de l’enfant Chamkar, malpropre, inhalant des produits dissolvants, vivant en groupes, dans des squats et sous l’autorité d’un leader. Aujourd’hui, l’observation du terrain nous a permis de constater que l’enfant en situation de rue est devenu un individu isolé, qui vit loin des squats, qui s’est affranchi de la contrainte du groupe et qui s’adonne aux drogues dures », nous a précisé Mme Lmalih avant d’ajouter : «On a également constaté que le phénomène a touché des familles appartenant aux classes moyennes. Et ce problème est lié en grande partie à la consommation de la drogue. On compte de plus en plus de filles ou de garçons issus de ces familles et qui ont choisi la rue comme abri ».
Mais, il n’y a pas que le profil des enfants qui a changé. La géographie du phénomène aussi.  Le fléau a dépassé les frontières des grandes villes pour toucher les zones rurales et éloignées. La directrice parle même de l’exportation de ce phénomène vers des petites villes et villages. « Le phénomène considéré comme saisonnier dans certaines régions et petites villes a aujourd’hui l’air de s’installer pour de bon. Le fléau ne semble pas s’atténuer mais se développer davantage», a-t-elle affirmé.
Concernant les efforts déployés pour mettre fin à  l’aggravation croissante de ce fléau, notre source nous a informés que des actions notables ont été constatées sur le terrain, mais il reste beaucoup à faire. « On ne peut pas nier que l’Etat a beaucoup investi dans le social ces dernières années et il y a une vraie prise de conscience de la part des officiels du sérieux des problèmes sociaux. Le hic, c’est qu’on a trop investi dans les infrastructures et on a oublié de le faire également dans l’humain. Car, le domaine social connaît une carence au niveau des ressources humaines compétentes. Les travailleurs sociaux font défaut et c’est là que le bât blesse», a-t-elle conclu.

Hassan Bentaleb
Vendredi 21 Octobre 2011

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