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Selon HRW, les ouvriers d’Abou Dhabi sont surexploités : Les forçats de l’île du Bonheur




Salaires de misère, passeports confisqués, licenciements abusifs... Les conditions de travail des ouvriers de l’île de Saadiyat, au large d’Abou Dhabi, sont déplorables. Qu’en pense la direction du Louvre, qui doit y installer une succursale? C’est un petit lopin de sable et de mangrove au large d’Abou Dhabi, auquel il fallait trouver un nom. Les Emiratis ont choisi “Saadiyat”, qui signifie “Bonheur” en arabe. Rien de trop pour une île qui va devenir le premier centre culturel du Moyen-Orient. Le musée Guggenheim et l’université de New York ont d’ores et déjà prévu de s’y installer. Et dès 2012, une antenne du Louvre y ouvrira ses portes. Une prouesse architecturale signée Jean Nouvel, dont le pharaonique chantier va bientôt commencer. Pour faire sortir de terre ses musées et ses gigantesques hôtels, la Compagnie d’Abou Dhabi pour la promotion du tourisme et de l’investissement, qui chapeaute le projet, emploie des ouvriers immigrés. Venus d’Inde, du Bangladesh, de Thaïlande ou du Népal, plus de 2.500 travailleurs sont déjà à l’œuvre sur l’île de Saadiyat. Du “bonheur”, ces ouvriers n’ont pas encore vu la couleur. Chaque année, ils débarquent par milliers à Abou Dhabi pour gagner de l’argent et faire vivre leurs familles. Mais leurs espoirs sont souvent déçus. Avant de partir, ils peuvent payer plus de 4000 dollars à des agences de recrutement pour obtenir un travail et un visa. Une somme qu’ils mettent plusieurs années à rembourser. Car une fois sur place, les ouvriers de Saadiyat sont payés au lance-pierre. Selon Human Rights Watch (HRW), une ONG qui publie un rapport accablant sur le sujet, ils touchent en moyenne huit dollars par jour, pour douze heures de travail. Un salaire octroyé en liquide, et à date variable. Mais impossible de protester. Les grèves sont interdites et si un ouvrier tente de renégocier son contrat ou de chercher un meilleur job, il peut être immédiatement renvoyé dans son pays d’origine et interdit de séjour pendant un an. En guise d’avertissement, les passeports des travailleurs de Saadiyat sont confisqués par les chefs de chantier. “Une mesure de protection contre le vol”, selon les entreprises de bâtiment. Pour HRW, l’objectif est clair: “donner à l’employeur les pleins pouvoirs ou presque sur ses employés”. Constatant cette “grave exploitation”, l’ONG demande aux autorités d’Abou Dhabi d’y mettre un terme d’urgence. Certaines mesures ont été adoptées: elles concernent les conditions de logement et le système de santé des ouvriers. A la tête du projet du “Louvre des sables”, l’agence France Muséums assure vouloir établir “un contrôle indépendant des droits des travailleurs”. Mais, précise Jean-Marie Fardeau, directeur de l’antenne française de HRW, le Louvre “aura du mal à imposer ses vues, car aucune sanction n’est prévue”. Ces demandes de garanties venues de Paris risquent donc de rester lettres mortes. Au grand dam des forçats de l’île du Bonheur.

D’après L’Express
Samedi 23 Mai 2009

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