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Se soigner en Afrique du Sud, un chemin de croix pour la majorité des gens




Quand, il y a deux ans, les médecins ont annoncé à Mavis Mundla qu'elle souffrait d'un problème rénal, ce fut le début d'un long calvaire pour obtenir un traitement. La faute au délabrement avancé du système de santé public sud-africain, auquel le gouvernement promet de remédier... d'ici 2025.
Dans le fin fond de sa province, cette mère de famille de 37 ans s'est d'abord rendue à l'hôpital le plus proche mais faute d'appareils de dialyse, l'équipe médicale impuissante l'a renvoyée sur Durban, la grande métropole du KwaZulu Natal (est) à environ 540 kilomètres, où elle a été placée en liste d'attente.
"Tout ce qu'ils ont pu me donner, ce sont des anti-douleurs et me faire des prises de sang. On m'a dit de revenir deux semaines après pour les résultats", raconte-t-elle.
Sans le sou et de plus en plus malade, Mavis a parcouru 500 kilomètres de plus pour venir se faire soigner dans la banlieue de Johannesburg, la capitale économique.
Tous les mois, elle fait 1.000 kilomètres aller-retour pour suivre son traitement.
Comme elle, l'écrasante majorité des Sud-Africains n'a pas les moyens de payer une assurance qui leur donnerait accès à l'un des quelque 212 hôpitaux privés, en principe synonymes de proximité, rapidité et parfois d'excellence.
Environ 84% des 50 millions de Sud-Africains, selon le ministère de la Santé, se rendent donc à l'hôpital public, qui manque d'argent et souffre de sous-effectifs chroniques.
Ces établissements sont accessibles à tous. Ils permettent d'accoucher pour seulement 60 rands (6 euros) contre au minimum 24.000 rands (2.400 euros) dans le privé, péridurale non comprise.
Mais ils manquent cruellement de personnel qualifié, parti dans le privé ou à l'étranger attiré par de meilleurs salaires, et les ressources font défaut pour maintenir le niveau général des infrastructures.
La conférence pour la gestion des hôpitaux (OHMC) rappelait récemment que 42% des postes d'infirmières en moyenne sont vacants, davantage dans la région du Limpopo et du Cap oriental, soit près de 110.000 à pourvoir.
Le quotidien The Star se faisait l'écho en août des pannes d'ascenseurs récurrentes au grand hôpital universitaire Charlotte Maxeke de Johannesburg, obligeant les patients à monter à pied du parking au service des admissions au 5ème.
Dix appareils neufs de fabrication chinoise, choisis pour leur prix inférieur aux marques locales, devaient être installés il y a deux ans, mais une minorité l'ont été.
Un récent document officiel soulignait les problèmes des hôpitaux publics en matière de "propreté, de sécurité pour le personnel et les patients, de délais d'attente, d'attitude du personnel, de contrôle des infections et de pénurie de médicaments". En janvier, un nouvel épisode d'infection nosocomiale a jeté la consternation: 29 nourrissons sont décédés dans une maternité de la région du Cap oriental.
Les dépenses de santé, qui atteignent 8,5% du PIB national, sont pourtant supérieures aux recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (5% du PIB).
Mais l'Afrique du Sud doit compter avec les coûts du sida, de la tuberculose, de la mortalité maternelle et infantile, des accidents de la route, et de la violence en général dans une société marquée par un taux de criminalité très élevée.
D'autre part, il y a un gâchis inutile dans les établissements privés, selon le gouvernement, qui veut réorienter une partie des ressources vers le public et créer un système d'assurance santé pour tout le monde.
Pour l'instant, Mavis Mundla, qui n'est pas encore guérie, n'a absolument pas les moyens de se soigner dans le privé avec son salaire d'employée de supermarché, environ 1.500 rands par mois (146 euros, 210 dollars).
La moins chère des assurances privées lui coûterait chaque mois son salaire, et beaucoup réclament plus de deux fois ce qu'elle gagne. Aussi, dit-elle, "je serai vraiment heureuse quand le nouveau système d'assurance commencera à marcher. Nous souffrons depuis si longtemps".
AFP

Libé
Mercredi 14 Septembre 2011

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