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Sauver la République avant le coup de balai électoral

Une partie de l'électorat de la gauche socialiste s'interroge sur la fin prévisible de François Hollande en 2017




Sauver la République avant le coup de balai électoral
Le soir du dimanche 6 mai 2012, ambiance conviviale et fraternelle au coeur de Paris. Une foule dense s'est constituée autour de la Colonne de Juillet pour attendre les résultats de la présidentielle.
Pour Anne, "on aura peut-être une République et une France plus égalitaires, plus à l'écoute des minorités et moins à celle d'une certaine France de la finance".
Karima se revendique communiste et a voté Mélenchon au premier tour. Elle compare la victoire à "un jour d'indépendance, le plus beau de sa vie".
Pour Stéphanie, "c'est un soulagement" de voir Sarkozy partir. Elle espère que François Hollande "profite de l'Europe pour construire quelque chose de plus juste".
Comme Bernard, militant NPA, les électeurs de la gauche radicale étaient de la fête. Bernard espère que François Hollande "ne décevra pas la classe ouvrière", car selon lui, "ça peut être très dangereux".
Laurent, militant PS, est venu fêter ce "jour historique" en famille. Il ne soutenait pas François Hollande lors des primaires, mais il a été convaincu par "son calme et son sérieux".
Pour Ibrahim, étudiant chercheur d'origine étrangère, l'élection de François Hollande représente "un futur qui regarderait l'immigration en France comme un atout ". Il espère que le nouveau président reviendra sur la circulaire Guéant concernant les étudiants étrangers.
Suzanne et son mari sont retraités de l'Education nationale. Présents en 1981 pour l'élection de François Mitterrand, ils estiment avoir la chance de vivre une seconde victoire de la gauche à l'élection suprême. Ils apprécient la "hauteur" de François Hollande et lui souhaitent "bon courage" pour les nombreuses tâches qu'il devra réaliser .
Au détour de la rue Saint-Antoine, Deborah et Quentin vivent une étrange soirée en amoureux... Se sont-ils trompés de rassemblement ? En retrait du cortège, ils regardent la foule avancer vers la place de la Bastille. Ces jeunes électeurs n'ont pas voté pour François Hollande. Selon eux, son "programme n'est pas convaincant pour vaincre la crise et le chômage".
Tom rentre chez lui, à Neuilly-sur-Seine. Il est "très fier" d'avoir voté pour la deuxième fois. Pour lui, François Hollande est "la meilleure personne pour incarner la France". Il avoue être "soulagé" par sa victoire.
Du NPA au PS, des jeunes et des séniors, des femmes et des hommes, des banlieusards de Bondy, des Sablons ou de Neuilly-Poissy...Toutes et tous y ont cru.
Ils ont cru en la victoire des égalités, des libertés, des fraternités.
Ils ont cru en la victoire sur la crise, sur le chômage, sur les lois scélérates anti-immigrés.
Ils ont cru en la victoire qui redonnera espoir aux sans grades, aux ouvriers, aux pauvres, aux précaires.
Ils ont cru en ce changement dans la politique, pour apporter l'exemplarité, pour redonner un sens à l'écologie, pour éradiquer les dénis de démocratie tels que le cumul des mandats ou les affaires au cœur de l'Etat qui ont miné la République.
Et François Hollande s'est posé lui même en Sisyphe.
Sisyphe n'est pas qu'un mythe. Sisyphe incarné par François Hollande à l'Elysée. Il avait lui-même osé la comparaison avec ce personnage contraint de pousser inlassablement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne. Lui-même a utilisé cette métaphore de l'engagement et de la persévérance.
Qu'en est-il 4 ans après ? A  quoi est-il parvenu ?
4 ans après sa victoire, François Hollande est toujours condamné à un «combat sans fin». Les résultats se font attendre. Le «changement» promis n'est pas perceptible.
Marine Le Pen a laissé entendre qu'elle a déjà zappé François Hollande des présidentielles de 2017 et se concentre sur son prochain adversaire de droite cette fois-ci ! Elle rêve même d'être en tête au 1er tour de la présidentielle !
Le propos de Cécile Duflot « Si tu n'y crois plus François, si tout ce pourquoi tu as censément milité, tu penses que c'est périmé, arrête, laisse-nous faire!» à l'endroit de François Rebsamen serait-il transposable sur François Hollande ?
Cohen Bendit demande à François Hollande d'annoncer qu'il ne se présente plus, même si des résultats s'annonçaient d'ici 2017.
"Hollande, c'est fini " fait son chemin ouvertement à gauche. Qui se pose les questions sur ce que ça change pour la fin du quinquennat? titre l'Atlantico dans son numéro du 14.10.2014.
Une partie de l'électorat de la gauche socialiste s'interroge sur cette fin «prévisible» de François Hollande pour 2017.
Cest la première fois, qu'en présence du président en place, des éléments de son propre camp s'interrogent ouvertement sur " l'après ". Sous François Mitterrand en 1994-1995 la question se posa naturellement parce quil était clair que le président de la République ne repartirait pas pour un troisième septennat. Les temps ont changé !
Ça craque de partout!
Une économie au service des plus riches et du capital.
Les inégalités accrues.
L'antisémitisme et l'islamophobie en progression constante.
Les lois coercitives à l'encontre des étrangers.
François Hollande a déçu dans le domaine de la lutte contre le réchauffement de la planète. La COP21 a été réduite à une grande messe verte de circonstance, une de plus.
La liberté d'expression, politiquement correcte et incorrecte, subit des atteintes graves alors qu'elle devrait être garantie.
Le gouvernement de Manuel Valls se mêle très maladroitement du fait religieux, au point qu'il donne le sentiment de favoriser certaines convictions religieuses plus que d'autres. L'idée de la fissure dans la République laïque s'installe! Jean Birnbaum écrit "là  où il y a la religion pas trace de politique. Dès qu'il est question de politique, elle [La gauche] évacue la religion".
François Hollande et son gouvernement ont fait de la France, terre multiculturelle, celle des générations d'hommes et de femmes au sang mêlé, une terre de stigmatisés, avec toujours des manières plus ou moins subtiles où l'appartenance à une race et à une classe sociale continue à modeler les vies des Français.
François Hollande et son gouvernement, aidés en cela par un PS sclérosé, ont échoué dans la lutte contre «Le Plafond de verre». Ce mur invisible qui cautionne la discrimination cachée envers les personnes issues de la diversité,  les femmes ou encore les handicapés.
"La parole politique est devenue langue morte", disait le très libéral Manuel Valls lui-même, dans son discours de politique générale le 8 avril 2014. Le discours est un composé de propos incompréhensibles et inaudibles.
El la cerise sur le gâteau, la concession idéologique à la droite et l'extrême droite sur le terrain des valeurs. Les attentats seuls ne justifiaient pas l'état d'urgence et la déchéance de la nationalité qui cible sans ambiguïté les binationaux.
La sémantique retenue n'y change rien. C'est ce qui permet à des personnalités et des citoyens de différents bords de refuser la manoeuvre !
François Hollande a, pour beaucoup de nos concitoyens, menti ! Il a trahi, il ne parle plus vrai !
Que reste-il au "peuple de gauche"?
"Nos régimes sont dits démocratiques parce qu'ils sont consacrés par les urnes. Mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement, car l'action des gouvernements n'obéit pas à des règles clairement établies de transparence dans l'exercice de la responsabilité, de réactivité ou d'écoute des citoyens. D'où l'ampleur  du désarroi et de la colère de nos contemporains".
les mots "peuple", "solidarité" , "parler vrai", ne veulent plus rien dire, tant ils ont été vidés de leurs sens par  les désengagements du gouvernement et le populisme de la droite extrême et l'extrême droite.
Ces mots sont  au cœur de la relation avec le peuple. Parler pour s'expliquer, pour donner un cap, dessiner un horizon.
Le peuple de gauche a besoin de maîtriser son existence, et d'instaurer une relation positive avec la vie politique. Il a souffert depuis 2002 du "parler faux", du "parler creux". Il a perdu cette confiance qui le lie à l'engagement et à la politique.
Le peuple de gauche aspire à une société qui délibère pour un projet commun.
Le peuple de gauche veut un travail de renouvellement des politiques et de la classe gouvernante. Ne pas prendre en compte ce vœu, c'est ouvrir les portes à "un coup de balai électoral".
Or, que peut faire un balai, sinon balayer ?
Ce coup de balai constitue bel et bien une grave menace pour "l'indépendance de la pensée" et "l'émancipation de l'art", et il porte de surcroît en lui les germes de guerres futures : dans ces conditions, mieux vaut défendre la République, si démonétisée soit-elle, contre les dangers encourus !
Que pouvons-nous encore faire ?
Avant de pouvoir faire des promesses en politique, il faut exister dans un marché de concurrence politique de plus en plus spéculatif.
Revenir à l'économie réelle implique de substituer le parler-vrai aux promesses. Le parler-vrai qui mène au changement de cap et à combler les espérances.
Ce qui nous renvoie au projet de la démocratie d'exercice. Celle qui permet de concevoir autrement le monde social, au-delà de l'instauration d'un système électoral représentatif, la redéfinition des rapports entre gouvernants et gouvernés qui ouvrirait la voix à une appréhension plus lucide des conditions de réalisation  d'une société des égaux.
Et pour y parvenir, pas d'autre choix que de passer par des conquêtes électorales. Au moins pour pouvoir prétendre à un quelconque changement. Il s'agit d'une fusée à 3 étages:
1er étage : définir de façon claire les objectifs et les buts à atteindre.
2 ème étage : définir de façon claire la  une stratégie politique, et préciser les chemins qui permettent d'atteindre ces objectifs (orientations, cibles et positionnement)
3 ème étage : définir la tactique politique, ensemble d'actions qui permettent de mettre en œuvre et concrétisent la stratégie (communication, relations presse, meetings, réseaux, terrain, événements. .).

Par Mohamed Bentahar
Samedi 6 Février 2016

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