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Sao Joao da Madeira, la ville portugaise qui veut chausser les Chinois




Sao Joao da Madeira, la ville portugaise qui veut chausser les Chinois
Dans une salle de classe, le professeur Wang trace des caractères chinois sur un tableau blanc. Les élèves lisent en choeur: "Wo shi pu tao ya ren". Dans la langue de Confucius, une vingtaine d'élèves de neuf ans vient d'affirmer: "Je suis Portugais".
C'est un lundi comme les autres à Sao Joao da Madeira. Dans cette commune industrielle du nord du Portugal, haut-lieu de la production de chaussures, les cours de mandarin sont obligatoires depuis 2013 pour les élèves de huit et neuf ans. Ils sont proposés cette année aux élèves de dix ans.
"Le chinois est la clé qui leur ouvrira les portes du plus grand marché du monde", affirme Dilma Nantes, conseillère municipale à l'Education. La ville, qui compte quelque 20.000 habitants, a proposé ce projet au gouvernement, qui n'a pas hésité à transformer Sao Joao da Madeira en commune pilote.
En ligne de mire se trouve le gigantesque marché de l'Empire du milieu où les entreprises de la ville, et notamment ses emblématiques fabriques de chaussures, ont déjà mis un pied.
Pourtant premiers exportateurs mondiaux du secteur avec 10 milliards de paires par an, les Chinois sont de plus en plus friands de produits de luxe dont font partie les chaussures portugaises, deuxièmes plus chères au monde derrière les italiennes.
A l'échelle du pays, les exportations de chaussures de marques portugaises vers la Chine ont bondi de 10.000 paires en 2011 à 170.000 en 2013, atteignant un chiffre d'affaires de 5,4 millions d'euros.
Les ventes dépassent même les 20 millions d'euros en 2013 si l'on inclut la production faite au Portugal pour des marques étrangères, ce qui reste toutefois minime rapporté à l'ensemble des exportations de chaussures portugaises, 1,7 milliard d'euros la même année. L'université d'Aveiro, à une cinquantaine de kilomètres de Sao Joao da Madeira, appuie le projet de la commune en détachant des binômes de professeurs: un étudiant chinois en échange linguistique et un étudiant portugais parlant le mandarin.
Devant leurs élèves, le professeur Wang et sa collègue, Joana Oliveira, embrayent sur une page de culture chinoise. Aujourd'hui, les écoliers découvrent des photos de la place Tiananmen, à Pékin, le jour de la fête nationale. Au fond, on distingue la Cité interdite.
"Moi, j'aimerais voir la Grande Muraille", rêve Eduardo, neuf ans. Les élèves sont passionnés. "Ils sont jeunes, ils apprennent vite", se réjouit le professeur Wang. Daniela, neuf ans elle aussi, affirme crânement que pour elle "le chinois, ce n'est pas particulièrement difficile".
Dans un atelier de la ville, une vingtaine d'ouvriers travaille à produire un peu plus d'une centaine de paires par jour. Sous leurs doigts, les pièces de cuir sont assemblées, formées, moulées. Des bottes, des bottines et des escarpins s'alignent et seront bientôt expédiés en Europe ou en Amérique du Nord et, depuis 2013, jusqu'en Chine.
Mario Tavares a vendu l'an dernier 200 paires de chaussures en Chine et espère porter ce chiffre à 1.000 en 2014. Une goutte d'eau pour son entreprise, qui vend 160.000 paires par an. Mais "la Chine a le potentiel pour devenir, un jour, notre marché principal", affirme l'entrepreneur, qui raconte que certaines clientes de Shanghai recherchent désormais spécifiquement sa marque, Tape. Les entreprises n'ont pas attendu que les enfants de Sao Joao da Madeira grandissent pour faire des affaires avec la Chine. Mais le mandarin donnera aux enfants un avantage considérable "pour occuper des postes de commerciaux ou de direction dans les usines", juge M. Tavares. Ils seront, selon lui, mieux armés pour négocier "avec des clients chinois qui, souvent, parlent assez mal l’anglais". Estelle Magno Ferreira Fachada est admirative des progrès faits par son fils Eduardo. Le seul problème se pose à l'heure des devoirs. "Eduardo vient me demander de l'aide pour le portugais ou les mathématiques. Mais pour le chinois, il doit se débrouiller!".


AFP
Lundi 10 Novembre 2014

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