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Salah Eddine Elmanouzi : Les intérêts géostratégiques du Maroc ne pourront être bien défendus sans une implication citoyenne des MRE




Salah Eddine Elmanouzi :  Les intérêts géostratégiques du Maroc ne pourront être bien défendus sans une implication citoyenne des MRE
Salah El Manouzi est  président de la Commission migrations au sein de la Commission nationale
des élections de l’USFP. Il est aussi  directeur
d’un Centre de formation professionnelle, président de l’Association Al Wasl et ancien membre
de la commission des experts du CCDH et du comité de suivi Al Mounadara. Il nous a accordé  
cet entretien suite à la décision du gouvernement
d’exclure les  Marocains du monde
des prochaines  élections.


Libé: En clôture du forum des jeunes, Anis Birou-ministre en charge des MRE, a déclaré que la participation politique est impossible. Pourtant, la nouvelle Constitution ne s’y oppose pas. Quelle est votre réaction à cette déclaration en tant qu’acteur associatif et politique dans la communauté marocaine en Europe ?
Salah Eddine Elmanouzi : On demande de la retenue de la part d’un responsable gouvernemental, surtout quand il s’adresse à des jeunes venus de pays où les expatriés ont toute leur place dans les institutions. Aujourd’hui, dans les Parlements en France, Italie, Portugal, Tunisie et Algérie, siègent des députés représentant leurs communautés installées à l’étranger. Je ne cite que les pays voisins. Nos responsables croient que la politique de Marhaba Bikom est suffisante pour renforcer les liens des nouvelles générations avec le pays. On dirait qu’ils ne mesurent pas la maturité de nos jeunes, leur sens civique et l’engagement citoyen dans les pays de naissance ou de résidence. Comme ils négligent les conséquences de la politique de marginalisation. Voyez le nombre de jeunes Marocains attirés par le « jihad ». Ils doivent s’interroger sur le bilan des actions menées par les gouvernements successifs, qui mettent toujours en avant l’apprentissage de la langue arabe et l’encadrement religieux, et les liens que ces jeunes entretiennent avec leur pays d’origine.

Que pensez-vous des arguments techniques défendus par le ministre de l’Intérieur MHassad pour justifier cette exclusion des MRE de la représentation nationale ?
C’est un refrain qu’on entend depuis des décennies. Lors du référendum organisé sur la nouvelle Constitution, j’ai participé aux opérations de dépouillement à Amiens. Des bureaux de vote ont été mis en place, par les consulats du Royaume du Maroc en France,  dans différentes villes,  sans aucune difficulté. Nous avons également suivi en France les élections organisées par nos voisins algériens et tunisiens. Dans ce cadre,  il y a absence de débat, mais par contre beaucoup de non-dits, comme par exemple  ce qu’on propageait en 2011. On ne parle plus de droit acquis qui honore le Maroc, mais d’une menace de domination soi-disant islamiste. Vous croyez que cela aurait changé la donne? On dit aussi que les conditions ne sont pas encore mûres. Hé bien, pourquoi tout ce gâchis? On a mis en place un CCME pour justement faire mûrir ces conditions. 5 ans après, on soulève toujours les mêmes arguments, alors qu’on dote  le CCME d’un budget annuel avoisinant les 50 millions de DH.

Au mois de mars dernier, Vous avez organisé une rencontre européenne   à Amiens sur le thème de la double nationalité et la citoyenneté active, qui a donné lieu à la Déclaration d’Amiens. Vous avez aussi lancé récemment un appel sur la question de la représentation politique des Marocains du monde, signé par une centaine d’associations. Quel est l’objectif de ces initiatives ?
Ces initiatives se situent dans le prolongement d’un travail que nous menons depuis une vingtaine d’années, dans le cadre de l’Association Al Wasl, pour affirmer notre droit, en tant que Marocains du monde, à la participation à la vie politique nationale, à travers notamment une représentation démocratique dans les différentes institutions. A cet égard, je souhaite rendre hommage à deux membres fondateurs d’Al Wasl, les défunts Younes Nait Slimane et Mohamed Bahi. La rencontre européenne d’Amiens du 19 mars 2016, nous a permis d’approfondir la réflexion sur la double appartenance, et de bénéficier de regards croisés de citoyens euro-marocains engagés sur le terrain en tant qu’élus, acteurs associatifs et compétences professionnelles. Nous avons échangé dans les ateliers sur les questions de la citoyenneté et de la coopération solidaire, et nous avons dégagé des pistes de travail pour l’avenir, en privilégiant les actions citoyennes visant les jeunes «victimes» aujourd’hui des discours obscurantistes et nihistes.
Quant à l’appel des associations de Marocains du monde, c’est une réponse de la société civile marocaine à l’étranger à l’adoption par le Conseil gouvernemental du 15 avril 2016 d’un projet de loi organique excluant les MRE de la représentation politique lors des prochaines élections du 7 octobre. Nous avons lancé un appel à SM le Roi, en tant que garant du respect des dispositions de la Constitution pour la réhabilitation des MRE dans leurs droits constitutionnels, et nous avons également interpellé les différents parlementaires en leur rappelant leurs engagements transcrits dans leurs propositions de loi visant à opérationnaliser l’article 17.

On pourra vous rétorquer que ce revirement gouvernemental est justifié par la complexité du dossier de l’immigration. Qu’en pensez-vous?
C’est une vision unilatérale des choses. Maintes fois, on a appelé à l’ouverture d’un dialogue national pour débattre justement des enjeux et des perspectives des migrations. Celles-ci ont connu d’importantes mutations, et les enjeux sont multiples. Au-delà de l’aspect financier, qui est primordial pour les équilibres économiques du pays, il y a aussi les intérêts nationaux et géostratégiques du Maroc qui ne peuvent être efficacement préservés et bien défendus sans l’implication citoyenne des Marocains du monde. Donc, le dossier est stratégique.  Il y a la nécessité impérieuse d’une nouvelle approche associant directement les concernés.

Non à l’exclusion : Les Marocains du monde, des citoyens d’abord

Le 15 avril 2016, le gouvernement Benkirane a adopté un projet de loi organique 20-16 excluant de la représentation politique les Marocains du monde. Ce projet constitue une régression par rapport aux avancées démocratiques du Maroc, et un choix qui se situe en opposition avec les droits constitutionnels de nos citoyens marocains à l’étranger, tels qu’ils sont mentionnés dans la Constitution de juillet 2011.
L’article 17 de la Constitution stipule que les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine de même les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence
Des groupes parlementaires, de la majorité gouvernementale et de l’opposition, avaient déposé en 2014 des propositions de loi pour la mise en œuvre de cet article 17. Nous ne pouvons accepter ce revirement gouvernemental, qui est en grand décalage avec les orientations Royales et les attentes de nos citoyens MRE.
Nous, associations signataires, ONG et acteurs de la société civile au Maroc :
-  exprimons notre total soutien  à l’appel des associations des Marocains du monde «Maroc d’aujourd’hui,  pas sans nous»
-  appelons à la mobilisation pour le respect des droits constitutionnels des Marocains du monde et pour l’adoption du Parlement marocain d’une nouvelle loi organique garantissant la participation des citoyens MRE dans la gestion des affaires publiques, notamment par la création de circonscriptions électorales à l’étranger et/ou par le biais d’une liste nationale complémentaire spécifique Citoyens MRE
Rabat le 15/05/2016
Contact : alwasl@hotmail.fr    Tel : (212) 628277140,  (33) 753928001
Signataires, 1ère liste
-  OMDH, Organisation marocaine des droits humains
- ASTICUDE, Association Thissaghnasse pour la culture et le développement
- CHOUALA, Association pour l’éducation et la culture
-AEF, Association épanouissement féminin
- Association Moltaka Al Ousra Al Maghribia
- OMIDH, Observatoire des mobilités internationales et des droits humains

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Mercredi 18 Mai 2016

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