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Safi : le développement par le tourisme




Safi : le développement par le tourisme
Safi, ville de la côte atlantique et de la poterie, a connu ses gloires dans le passé grâce à la position stratégique de son port, aux richesses de sa région d'Abda et à la beauté de son site alliant la vallée de Chaâba, sa belle plage et la vue imprenable sur la Médina depuis les hauteurs de Sidi Bouzid.
Si aujourd'hui cette ville aux origines les plus anciennes dégage un air de quiétude et de calme et semble engagée à sa manière dans la course du développement qu'affichent d'autres villes marocaines, ses atouts constituent des fondements solides au service de sa relance. En effet, une des formes du tourisme la plus prisée aujourd'hui est le tourisme anti-stress où le touriste cherche le calme et l'authenticité et revient vers la nature en fuyant tout produit à connotation artificielle. C'est justement dans ce sens que se dessinent les tendances de l’empreinte touristique dont Safi est en mesure de s'engager.
Le rivage de la ville, que ce soit vers le Nord ou le Sud, a su conserver son caractère sauvage de rencontre entre la mer et la terre et offre une diversité alliant à la fois des plages d'une beauté rare et un aspect géologique rocheux digne d’un tableau de peinture. Deux plages frappent de plein fouet par la beauté de leurs sites et la qualité de leur sable : Il s'agit de la plage de la ville elle-même où la mer a su creuser de manière frontale les couches rocheuses qui se dressent en hauteur à Sidi Bouzid et se pointent en muraille naturelle et protectrice de cette plage. La deuxième est celle de Lalla Fatna située à une douzaine de kilomètres vers le nord de la ville et qui a subi le même sort que celle de la ville sinon, en caractère plus marqué. Du haut de cette plage, la vue panoramique sur l'océan est à couper le souffle : une belle plage au sable d'or merveilleusement bien protégée par une coupe frontale en hauteur dans les couches rocheuses qui cachent jalousement ce site dont tout le monde s'accorde sur la particularité de son microclimat et la qualité du bronzage que les estivants peuvent en tirer. Entre ces deux bijoux de la nature, une troisième plage dite plage de Sid Lboudala s'impose par son caractère sauvage que l'on retrouve aussi tout le long de la route côtière nord de la ville, entre Safi et Oualidia et dont les plages s'étendent sur des kilomètres à commencer par le Cap Beddouza. Une presqu’île connue par la fraîcheur exceptionnelle de son climat que les Safiots prisent à chaque fois que les chaleurs d'été marquent des pics et qu'un besoin en poisson de qualité se fait sentir … Un site qui fait également le bonheur des amateurs de pêche et des spéléologues grâce à sa grotte Gorani qui rivalise avec la grotte Charkarkar située à 12 km au nord-ouest de Chemaïa près du lac salé Zima. La côte nord de Safi se dresse le plus souvent en hauteur face à la mer pour offrir des vues idylliques telles que celles du cap de Safi (ex-Borj Naddor), de Sidi Khlil ou encore de Sidi Bouchta où l'accès aux barques des pêcheurs locaux relève de l'acrobatie ! Ce tronçon côtier abrite également Sidi Benkrara, un site apaisant connu par ses grottes et la grande qualité de ses eaux douces souterraines.
En arrivant de la route côtière du Nord, Sidi Bouzid se distingue par son marabout et sa corniche qui offre une vue panoramique unique sur toute la ville de Safi. Une vue qui s'embellit au coucher du soleil et avec l'éclairage lumineux de la ville au tout début de la nuit et qui est de surcroît valorisée  par la forme couchée de la jetée principale du port  et de son phare maritime. Sidi Bouzid est également connu par Ras Lafaâ, une route à côte raide et serpentée qui mène au bord de l'eau, un lieu de rendez-vous des surfeurs et qui accueille une des meilleures vagues au monde.
En descendant la falaise de Sidi Bouzid vers la ville, les grillades de poisson frais sont là pour offrir les délices de la sardine et des plats cuisinés à la safiote dont le goût reste gravé dans la mémoire olfactive et organoleptique de tout visiteur avisé. Il est à noter que l'art culinaire de Safi a su se distinguer et garde une position honorable au niveau de la cuisine marocaine.
Il est étonnant de constater comment le littoral safiot change de part et d'autre de la ville: la côte au sud de la ville n'a rien de comparatif avec celle du nord. Elle offre, hormis le Jorf Lihoudi et Agraba et la falaise de Souiria, d'autres paysages plutôt aplatis avoisinant le niveau de la mer et dégage une quiétude jusqu'à la plage de Souira Kdima (Souiria) dont l'aménagement récent mérite d'être souligné. Une destination marquée par la forteresse Agouz et qui ne se contente plus de passagers estivaux mais attire de vrais résidents qui s'y installent pour toujours. Après cette plage, la côte reprend son air sauvage visible depuis la route côtière reliant Souira Kdima à Essaouira. Elle manifeste petit à petit, les premiers signes des paysages du Sud marocain et leur caractère aride.
L'ancienne ville ou Médina de Safi s'est conservée de manière attirante dans les limites des murailles portugaises séculaires avec ses ruelles aux plafonds en dalles de bois, ses portails de maisons à l'ancienne, ses mosquées et Zaouias, ses kissarias et ses fours traditionnels et hammams. La promenade au cœur de la Médina permet de creuser dans la mémoire des lieux et de remonter l'histoire et d'être témoin en temps réel d'un passé, d'un mode de vie et d'un savoir-faire.
En franchissant les portails de Bab Chaâba, l'allée principale constitue l'artère marchande du souk alors que les ramifications mènent aux ruelles, aux impasses et aux places telles que Zankat Rahba et Lamaâsra, Zankat Tanjrifit, Zankat Laknissia, Zankat Samaâ, Derb Lhabs, Derb Jamaâ Sghir, Derb Najjara, Derb Zaouia, Souk Laghzel, Derb Hajjama, Derb Boujartila, Zenkat Kouaoura (Benito), Derb Sidi Abdelkrim, Derb El Kous, Derb Aattar, Derb Labhar, Zenkat Binsour … Des ruelles qui ont abrité avec harmonie, des quartiers à l'ancienne dont chacun avait ses marques et ses spécificités. A l'opposé de Bab Chaâba et en direction de la mer, se trouve la mosquée Lmasjid Al Aâdam ou Jamaâ Lakbir' avec en face Lamdersa : une ancienne école traditionnelle qui possédait déjà à l'époque, son internat et son horloge. La place Sidi Abou Dahab qui marque la frontière ouest de la Médina en face du Ksar Labhar (château de la mer) qui, bâti par les Portugais, se dresse comme l'ange gardien de la ville depuis le XVIème siècle. L'ancienne ville de Safi garde encore en son sein, l'église portugaise (premier édifice gothique d'Afrique) mais aussi une cathédrale. Elle n'a guère été réfractaire aux nouveautés de l'époque coloniale puisqu'elle a abrité le premier cinéma de la ville.
Il est incontestable que les murailles portugaises des remparts de Safi constituent le monument phare de la ville. Cette enceinte fortifiée et imposante qui totalise un périmètre de 1508 mètres, comprend un chemin de ronde permettant de merveilleux angles de vision sur la Médina et sur la mer, un parapet, des tours et des portes imposantes telles que celle de Bab El Kouass accueillant les arrivants par la route côtière du côté Nord , Bab Chaâba - porte principale d'accès à la Médina, Bab Agrour, Bab Derb Lhabs, Bab Zankat Samaâ, Bab Zankat Lamaâsra, Bab Jdid ou Bab Kouaoura. Un passage souterrain rappelle encore la tactique guerrière de l'époque puisqu'il permettait aux soldats de joindre directement le château de la mer à partir des murailles. Le site le plus haut de cette muraille abrite Dar Sultan dite également bureaux arabes. C'est une demeure royale dont la construction revient au prince Moulay Hicham fils du Sultan alaouite Sidi Mohammed Ben Abdellah. Ce château qui combien imposant, domine la Médina et offre une vue sur mer avec une architecture particulière et un agencement qui allie beauté et fonctionnalité. Il dégage un air nostalgique et une quiétude indescriptible avec au centre un arbre légendaire, des armoiries du Roi Emmanuel 1er et des canons de fabrication hollandaise. Deux tours de la muraille portugaise sont accessibles depuis le château, la première domine le plateau de la ville nouvelle aux quartiers chic et l'autre, surplombe en plus de la Chaâba et le quartier de Biada, la légendaire colline et souk des potiers, une vue qui se passe de tout commentaire. Aujourd'hui, Dar Sultan rend hommage à la poterie safiote en abritant le musée national de la céramique.   
La présence d'une argile fine dont la teneur relativement élevée en fer lui confère une belle teinte rougeâtre et sa haute malléabilité une fois hydratée est à l'origine depuis bien longtemps de la poterie safiote et du développement d'un artisanat qui a forgé la renommée de la ville. C'est au niveau de la colline des potiers que cet art a connu son essor avant de s'étendre à d'autres lieux de la ville. Une colline qui regroupe les premiers ateliers traditionnels avec leurs « Gaâ » (larges emplacements où l'argile hydratée et les pièces qui viennent d'être façonnées au tour sont étalées), leurs 'jabia' (petits bassins où l'argile est imbibée d'eau) et leurs fours traditionnels ronds et fusiformes dressés sur plusieurs niveaux. Ces ateliers traditionnels, bien que bon nombre d'entre eux sont à l'étroit et s'imbriquent les uns dans les autres, respectent un sens d'organisation pour accompagner harmonieusement les étapes de la fabrication et de livraison de la marchandise. Il faut remarquer à ce propos que le relief de la colline, la forme des fours et les étalages du genêt servant à la cuisson, se conjuguent pour donner au site sa beauté dont une visite guidée s'impose pour suivre les différentes étapes de fabrication et peut être étendue au souk de la poterie situé à la base de la colline à deux pas de Bab Chaâba donnant l'accès à la Médina. La poterie de Safi a su se perfectionner en céramique appréciée pour la finesse et la gaieté de son décor traduisant le génie artistique des maîtres potiers. Outre la diversité de ses formes et de ses décors, la poterie safiote est aujourd'hui très appréciée comme services de table, comme support lumineux ou encore comme pièces de très grande dimension peintes à l'or véritable 12 carats que l'on peut acquérir dans les salles d'exposition de certains ateliers de la ville.
Safi était très appréciée par les Français qui y édifièrent une jolie cathédrale et a connu une forte communauté juive qui représentait à l'époque jusqu'à 20% de la population et abrite la synagogue des sept frères Benzmiro. Ce sanctuaire reçoit annuellement des pèlerins juifs qui viennent y célébrer la Hiloula.
Safi offre des atouts touristiques indéniables dont la valorisation au vrai sens du mot, est susceptible de dynamiser le développement de la ville. La Médina par son originalité et son authenticité est digne d'une visite touristique guidée pouvant associer les remparts portugais avec leurs tours et leurs chemins de ronde dont tout touriste enthousiasmé ne pourrait ne pas apprécier une ronde sur les traces des soldats de l'époque, de s'offrir les vues à partir des tours ou encore d'être l'hôte d'un lieu tel Dar Soltan. La colline des potiers constitue une attraction intéressante pouvant être valorisée sous forme d'un circuit à travers ses ateliers traditionnels pour assister aux différentes étapes de la fabrication et voir les artisans à l'œuvre tout en appréciant  les récits et les commentaires de guides professionnels. Le souk de poterie retient l'attention non seulement pour ses jolies pièces mais aussi pour la beauté des tableaux d'art typique que commercialisent bon nombre de boutiques. Ces tableaux sont en général, l'œuvre d'artistes innés qui, à l'origine, se sont initiés à la peinture en pratiquant la décoration de pièces de poterie.
Le tourisme à Safi ne devrait pas se limiter à la ville elle-même mais gagnerait en incluant l'arrière-pays, la côte nord et sud et leurs plages dans ses circuits dont la conception et la mise en œuvre  devraient se faire dans les bonnes règles de l'art. Un travail à faire avec un souci de qualité et de durabilité, à commencer par la mise en place d'un syndicat d'initiative pour donner une information précise sur les attractions touristiques, les circuits, les randonnées, les cartes, sous forme de brochures et dépliants illustrés et via un portail électronique interactif. Les monuments et les attractions touristiques de la ville devraient bénéficier d'une signalisation bien étoffée et d'affiches descriptives relatant leur histoire. Ce travail peut se concrétiser grâce aux universitaires de la ville, aux étudiants  de l'Université Cadi Ayyad en quête de sujets de recherche appliquée et de mémoire de fin d'études et à la contribution de Safiots amoureux de leur ville. Des cycles de formation et de mise à niveau sont nécessaires pour ce grand chantier de valorisation touristique de Safi pour instaurer une vraie culture touristique et sensibiliser les citoyens à l'importance de ce secteur. La future fusion régionale de la province de Safi avec Marrakech lui permettra d'offrir incontestablement une destination vers les charmes de la côte atlantique pour les touristes de la ville ocre qui viendrait enrichir et diversifier les circuits et les programmes d'excursion proposés. Enfin, il est permis de voir avec optimisme les perspectives d'avenir de la ville de Safi eu égard au projet de l'autoroute El Jadida- Safi, à la délocalisation du port minier et de saluer la vision pertinente de la mise en place d'une double voie rapide Safi-Marrakech.

 * Université Ibn Zohr
Faculté des Sciences - Agadir
Laboratoire de biotechnologie et
valorisation des ressources naturelles

Par Mohammed Amine Serghini
Mardi 15 Novembre 2011

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