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Sa liberté de circulation entravée : Un marin marocain se donne la mort au port de Sète




Ce 26 août, les passagers du ferry marocain Biladi reliant Sète à Tanger ont dû attendre plusieurs heures avant de quitter le territoire français. Et pour cause, deux employés du navire ont sauté du haut du bateau, à 20 m au-dessus du niveau de la mer, quelques minutes avant l’appareillage.
Il s’agit d’un homme d’une trentaine d’années, dont le corps a été repêché alors que le deuxième est encore porté disparu malgré les efforts de secouristes déployés sur place et qui ont été contraints d’abandonner leur mission dès la tombée de la nuit vu les mauvaises conditions météorologiques et le manque de visibilité.
Selon l’édition électronique du 27 août du quotidien français, Midi Libre, il s’agit de deux membres d’équipage (serveurs de bar) qui avaient été embauchés, il y a deux jours, au départ de Tanger et qui semblent avoir eu l’intention d’émigrer clandestinement.
Mais s’agit-il vraiment d’une tentative d’immigration illégale de ces deux hommes qui bénéficient, en théorie, d’un livret de navigation facilitant leur circulation dans la zone portuaire et sur le territoire de la commune du port de relâche?
Selon les conventions internationales de Genève et de Londres, ainsi que les accords bilatéraux signés par le Maroc, le titulaire de pareil livret, appelé fascicule chez nos marins, est dispensé de la présentation d’un passeport individuel et du visa, quelle que soit sa nationalité. 
Ce livret lui permet de débarquer à terre pendant la durée de l’escale et de circuler librement dans la zone portuaire ainsi que sur le territoire des communes avoisinantes. Au-delà de ces zones, des facilités de circulation peuvent être accordées sur appréciation des autorités locales. Sauf que dans ce cas, un sauf-conduit, revêtu le cas échéant d’un visa, est délivré par les services de contrôle à la frontière.
Les deux hommes en question avaient-ils leur fascicule de navigation maritime ? Absolument, vu que ce document tient lieu de passeport en vertu de la Convention internationale du travail du 13 mai 1958 concernant les pièces d’identité nationales des gens de mer. Alors, si c’est le cas, pourquoi les deux employés ont-ils préféré risquer leur vie plutôt que de jouir de leur droit de libre circulation ?
Pour Hatime, ancien serveur sur le Marrakech, la question de la liberté de circulation de l’équipage est à prendre avec réserve car elle n’est pas accordée à tout le monde. « Elle est strictement réservée aux anciens. Quant aux nouvelles recrues, elles sont exclues de ce droit jusqu’à un nouvel ordre », nous a-t-il précisé.
En effet, le commandant de bord ou le sous capitaine confisquent toujours leurs documents à certains marins une fois le navire accosté sur la rive Nord de la Méditerranée. Mieux, ces derniers n’ont même pas le droit de quitter le bateau. « Les pauvres, ils n’ont qu’à se contenter de contempler le port depuis le pont. Les commandants ne leur font pas confiance», se souvient Hatime. Et pour cause,  les tentatives récurrentes des membres d’équipage et du personnel de navigation d’émigrer clandestinement.
Pour certains, le phénomène est devenu si inquiétant que la société commercialisant les traversées sur le Biladi ou le Marrakech, a été contrainte de  surveiller étroitement son personnel en poste sur les ferries effectuant la liaison avec l’Europe.
Mais ne s’agit-il pas d’une entrave à la liberté de circulation? Contacté par nos soins, l’armateur, en l’occurrence la COMARIT, est aux abonnés absents. Mais pour cet ancien employé du Biladi, l’affaire n’est pas seulement une question de droits mais aussi de responsabilités. « Car c’est d’abord le commandant de bord qui doit payer les pots cassés et ensuite l’armateur. Alors pour éviter ces mésaventures, les  entreprises procèdent à une surveillance étroite de leur personnel », nous a expliqué notre source. Mais à quel prix ? 

Hassan Bentaleb
Mardi 30 Août 2011

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