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Romance russo-norvégienne aux confins




Romance russo-norvégienne aux confins
Sous ces latitudes improbables, les noms de rues se déclinent en alphabets latin et cyrillique: Kirkenes, ville du Grand Nord de la Norvège, a beau garder une des deux seules frontières entre Otan et ex-URSS, la Guerre froide y a cédé la place à une coexistence chaleureuse entre ennemis d'hier.
"Parfois, on entend plus parler russe que norvégien", confie Hildur Eikaas, la directrice de la bibliothèque, une grosse bâtisse jaune surmontée bien sûr d'un panneau bilingue.
Comptant lui-même deux employées russes, l'établissement abrite une imposante section d'ouvrages dans la langue de Tolstoï.
Les expatriés, souvent des femmes mariées à un Norvégien du cru, viennent y chercher un bagage linguistique à transmettre à leur progéniture, et les marins de passage, employés sur les chalutiers pêchant la morue dans la mer de Barents, de quoi tromper l'ennui.
"Dans notre esprit, nous sommes une sorte de bibliothèque binationale norvégienne et russe", explique Mme Eikaas.
Après avoir longtemps vécu dans la hantise d'une invasion de la puissante Armée rouge naguère stationnée tout près, les 10.000 habitants de Kirkenes et ses environs vivent désormais en bonne intelligence avec leurs voisins.
La frontière, à une quinzaine de kilomètres de là, séparait il y a peu deux blocs antagonistes. Mais depuis l'an dernier les résidents de la région, russes comme norvégiens, peuvent la franchir librement, sans ce visa que l'on ne décrochait autrefois qu'après une procédure longue et coûteuse.
Il y a 20 ans, au sortir de la Guerre froide, seules 8.000 personnes par an traversaient cette frontière. Elles seront plus de 250.000 à le faire en 2013 et, selon les projections officielles, quelque 400.000 l'an prochain.
Bien que la Norvège soit l’un des pays les plus chers au monde, des Russes viennent à Kirkenes le temps d'une journée pour amasser certains produits spécifiques, meilleur marché que chez eux, comme du café.
"Il arrive d'en voir qui achètent un chariot entier de couches", assure une caissière du supermarché Coop, dont les écriteaux sont eux aussi bilingues.
Maire d'une ville où vivent entre 7 et 8% de Russes et surnommée "Little Mourmansk", du nom du grand port russe situé de l'autre côté de la frontière, Cecilie Hansen se félicite de ces échanges.
"Les Russes nous ont sauvés deux fois. En 1944 quand ils ont chassé les Allemands et en 1996 quand la mine a fermé. Cela a coïncidé avec l'ouverture de la frontière et leur argent a été notre bouée de sauvetage", dit-elle.
Presque totalement réduite en cendres pendant la Seconde Guerre mondiale, Kirkenes a été rebâtie autour de bâtiments fonctionnels, ni beaux ni laids.
Sans charme mais prospère, la cité, où l'on peut déguster steak de baleine, ragoût de renne ou encore langues de morue, affiche un taux de chômage de moins de 2%, indubitablement l'un des plus bas au monde.
Les administrations publiques, le filon de minerai de fer --rouvert en 2008-- et des chantiers de réparation navale assurent des emplois.
"Dans les magasins et les bureaux, presque tout le monde parle russe", explique Nadja Alexeeva, une infirmière de 57 ans, rencontrée dans un magasin de vêtements et objets d'occasion de l'Armée du Salut.
La boutique elle-même est tenue par une de ses concitoyennes, Luba --diminutif de Lioubov qui signifie "amour"--, venue de Mourmansk il y a 16 ans, par amour précisément.
"Il n'y a pas grand-chose qui nous fasse défaut ici. Il y a des femmes russes partout", affirme-t-elle.
Irradiée par le soleil de minuit l'été, Kirkenes est plongée dans une obscurité totale et permanente pendant deux mois l'hiver.
"C'est un climat difficile mais, vu d'où on vient, on est habitué", relève l'excentrique Nina Strimp Remeskova, une des employées russes de la bibliothèque, elle aussi originaire de Mourmansk.
Reste à savoir si ce dégel est exportable sous d'autres latitudes. Mme Hansen, la maire de Kirkenes, a en tout cas saisi son bâton de pèlerin et est allée en Turquie, autre pays de l'Otan qui cherche à renforcer ses liens avec la Russie, pour partager sa "success story".

AFP
Mardi 16 Juillet 2013

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