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Ristou, un village hostile à l’industrie avicole




Ristou, un village hostile à l’industrie avicole
Qui a entendu parler un jour de Ristou ou des populations Aït Boumska? Pas trop de monde en tout cas. Des gens modestes qui vivent en marge de l’ostentatoire et du superflu. Un grand industriel vient leur empoisonner la vie : pollution de l’air et de l’eau, nuisances sonores mortalité du bétail.
Depuis plusieurs semaines déjà, les habitants du village de Ristou-Aït Boumska qui sont victimes de nuisances sonores impactant négativement leur qualité de vie et leur bien-être protestent. En cause, un grand projet de production avicole, géré par la société Atlas Couvoir, filiale du groupe Zalagh Holding.
Les odeurs dégagées par l'unité de production située au milieu du village à quelques dizaines de mètres de l'école primaire, provoquent une grande gêne pour les habitants et les enfants, affecte leur santé et les empêche d’avoir une scolarisation dans un environnement sain. «Le scénario est répétitif, et devient du coup insupportable, l’odeur du grésil délayé à l’entrée du couvoir, situé en face de l’école, suffoque les enseignants comme les élèves», souligne Lalla Fadma, la soixantaine, habitant à une centaine de mètres… seulement. 
Avec les projets de développement, contre les hors-la-loi ! 
Dans toutes les langues (arabe, amazigh, français, anglais et espagnol…), par tous les moyens de diffusion médiatique (vidéos, articles de presse…) ainsi que toutes les formes de lutte (déclarations à la presse, manifestations, appels à la mobilisation…), les populations entendent transmettre un message clair et essentiel : nous sommes certes dépassés par la puissance de ce holding, mais nous ne baisserons jamais les bras. C’est de la santé de nos enfants, d’abord, de la nôtre ensuite et de notre dignité  qu’il s’agit.
Jusqu’à présent, confie la «Coalition locale de la commune de Tiddas contre la production avicole intensive», les autorités font la sourde oreille. Aucun dialogue pour écouter les doléances des gens. «L’on fait comme si de rien n’était», s’indigne Mohamed Ajerrar, coordinateur de la Coalition civile. Les habitants de ce douar situé dans la commune de Tiddas et relevant de la province de Khémisset, sonnent ainsi le tocsin, par un appel à qui de droit : «Nous sommes en danger et nous ne demandons que l’application des lois et normes en vigueur !»
Tout visiteur dans la région peut facilement constater les dommages que cause l’unité de production à proximité de l’école. A chaque panne d’électricité, c’est un vrai boucan. Des générateurs qui font des bruits assourdissants. La pollution sonore se conjugue à celle de l’air. A l’école avoisinante, rien ne bouge. L’on doit attendre le retour de l’électricité pour pouvoir suivre les cours!
«Ce qui était, il y a juste quelques années, un hameau calme et paisible où l’on s’échappait des tracas d’un milieu citadin encombrant, est aujourd’hui un calvaire invivable», commente l’une des filles de Tiddas, vivant à Rabat. L’on veut bien savoir où est passée cette fameuse loi impliquant l’étude d’impact sur l’environnement, qu’on copie simplement, question de se mettre artificiellement au diapason des normes internationales en matière de respect de l’environnement.
Que faire devant un géant de la production avicole non respectueux des normes environnementales et faisant fi de la qualité de vie des citoyens et de surcroît soutenu par les autorités ? Les habitants des douars de la commune de Tiddas clament à qui veut les entendre, qu’ils ne comptent pas rester les bras croisés. La Coalition associative commence par revendiquer l’arrêt immédiat des nouvelles unités et le réexamen de l'ensemble du projet en vue de préserver la santé et la sécurité des enfants et de la population, et de s’assurer que ni la qualité du sol de la région ni ses eaux souterraines n’en seraient affectées. 
 
D’Aristote à Zalagh 
Holding, en passant 
par la Sogeta 
Après l’agriculteur grec nommé Aristote Kekjes, voilà que la marocanisation et son fameux outil Sogeta ont permis certes la présence de nationaux, mais ces derniers ne font que continuer la spoliation de leurs terres, à l’origine. Dans une commune de près de 4.000 habitants, une pétition signée par des centaines de foyers fait l’unanimité sur un sujet qui affecte le bien-être des tribus du village de Ristou et des tribus Ait Boumksa (Ait Zago, Touijine, Ait Boukimal, Ait Aamo, et Ait Mahfoud, Ait Anzi et Ait Boubker).
Le petit village de Ristou est l’endroit où les six tribus ont l’habitude de faire leurs échanges commerciaux. Il reçoit également leurs enfants qui parcourent de longues distances pour aller à l’école Ait Boumksa, la seule dans cette zone. La population vit d'agriculture saisonnière et de pâturage.
Les citoyens à Tiddas se rappellent comment les initiateurs du projet avaient trompé tout le monde, soutenus par des élus complices. «L’on avait laissé entendre que la région allait connaître l’installation d’un projet de «mortadelle». Les autorités ont fait comprendre aux habitants que ledit projet n’avait aucun impact négatif sur la santé, d’où l’approbation générale. Mais on s’est rendu compte par la suite que cela faisait partie d’un stratagème de mauvaise foi», fait savoir Ali, un épicier de Tiddas.
Ce projet d’Atlas Couvoir a été marqué par des violations et des dysfonctionnements, au vu et au su des autorités, violant à leur tour le droit des citoyens à l'information, alors que le projet est implanté à proximité de leur territoire et de la seule école primaire de la région. «Le grand projet comporte 24 unités de production ; jusqu’à présent, l’entreprise a mis en place 9 unités, et est en cours d’installation de 6 autres, lesquelles ont suscité la polémique», dit Mohamed Ajerrar.
Pire, ce projet est situé à une courte distance du grand barrage prévu sur le fleuve Bouregreg, qui va renforcer les apports du barrage Moulay Abdellah pour fournir de l’eau potable à la région de Rabat et Salé. Or, plusieurs sources craignent des impacts négatifs du projet sur la nappe d'eau et sa qualité.
 
L’état des lieux entre 
études scientifiques 
et reportages  
Après les premières mises en garde, la presse qui s’est saisie de la question a fait le déplacement sur place. Le bilan est catastrophique : des témoignages choquants sur les odeurs et maladies provoquées par les différentes allergies respiratoires et cutanées, en particulier chez les femmes âgées. Ceci sans évoquer la mortalité du bétail, la pollution sonore, et l’émission d’odeurs désagréables dont l’intensité augmente avec la chaleur.
Il est à noter que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a relevé dans un rapport que la production avicole intensive est l'une des industries modernes les plus dangereuses pour l'environnement, la santé, le sol et les eaux souterraines. D’autres études réalisées mentionnent la relation entre ce type de projets et les maladies comme l'asthme, les allergies et la grippe aviaire, outre la forte pollution sonore. 
En 1997, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) tire la sonnette d'alarme: "L'utilisation excessive des antimicrobiens, notamment pour stimuler la croissance des animaux destinés à la consommation humaine, expose l'homme à un risque sanitaire croissant qu’il faut diminuer. [...] L'utilisation excessive des antimicrobiens dans la production des animaux d'élevage a pour conséquence en santé publique l'apparition d'agents pathogènes résistants susceptibles d'être transmis à l'homme par la chaîne alimentaire".
Une étude française publiée en 2011 dans la revue américaine Journal of Infections Diseases avait averti de l'existence dans certaines unités avicoles marocaines, d'une nouvelle race de bactéries plus coriaces que les salmonelles. Les chercheurs français ont exprimé la crainte de la propagation de la salmonellose aviaire qui pourrait avoir pour origine l’usage d'antibactériens appelés fluor quinolones, utilisés dans la production de poulet et de dinde. 
Si la loi marocaine régissant le secteur (49/99) ne fixe pas la distance qui doit séparer ce type d’unité de production des agglomérations d’habitation et des établissements scolaires, d’autres pays ne prévoient pas moins de 10 km. D’ailleurs, la FAO recommande l’implantation des unités d’élevage intensif d’animaux et des unités avicoles dans des zones éloignées des agglomérations. L’objectif étant de protéger la population des conséquences néfastes de ces activités.

Mustapha Elouizi
Lundi 7 Avril 2014

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