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Rhizlaine Benachir : Nous avons besoin des partis politiques pour porter nos revendications

Le ras-le-bol des ONG face à l’attentisme du gouvernement




Rhizlaine Benachir : Nous avons besoin des  partis politiques pour porter nos revendications
Des discussions de salon aux manifestations de rue, elle ne cesse de chauffer les esprits. Elle, c’est la question de la femme. De tout temps et partout, c’est un sujet de prédilection. Entre les conservateurs chevronnés et les progressistes éclairés, difficile de trouver le juste milieu. S’ensuivent des débats passionnés où chacun prétend détenir la vérité (plutôt la sienne). Les points de discorde ne manquent pas. Entre la révision de l’article 475 du Code de la famille, le mariage des mineures, la polygamie et le projet de loi contre la violence faite aux femmes, la liste est longue. Le combat pour la parité et l’égalité est loin d’être gagné. Nombreux sont ceux qui estiment que l’Exécutif a failli à ses engagements et il ne trouve pas de grâce à leurs yeux. En fait, que veut-on aujourd’hui? Juste l’application de la loi. Il y a plus de deux ans que le gouvernement est au pouvoir et rien n’a encore été fait. Un avis que partage aisément Rhizlaine Benachir, membre du bureau national de l’Association Joussour Forum des femmes marocaines. Elle nous a fait part de ses inquiétudes à ce sujet.
Dépitée, elle pointe du doigt l’attentisme qui caractérise l’action du gouvernement. Les exemples ne manquent pas. Le projet de loi 103/13 contre la violence est très caractéristique. «Mme Hakkaoui, ministre de  la Solidarité, de la Famille et du Développement social, a présenté son propre projet de loi alors qu’elle sait pertinemment que les associations ont beaucoup investi en la matière et connaissent à fond la réalité sur le terrain. Au lieu de capitaliser tous ces acquis, elles ont été tout bonnement ignorées. Résultat, on se retrouve devant un texte qui n’est pas axé particulièrement sur la violence faite aux femmes. C’est une sorte de fourre-tout où il est question de famille, d’enfants… », s’est indignée Mme Benachir avant d’ajouter : «Et puis finalement, il a été décidé de créer une commission qui devrait revoir le texte de loi. Personne n’est dupe, quand on veut enterrer un dossier, on crée une commission». Dans le même ordre d’idées, il est impossible de passer à côté de l’Autorité pour la parité et la lutte contre les formes de discrimination (APALAD) prévue dans l’article 19 de la Constitution et que tout le monde appelle de ses vœux. «Depuis que nous avons adressé nos mémorandums au ministre de la Solidarité, nous n’avons eu depuis aucun retour». Une façon de faire qui n’est pas du goût de Mme Benachir. D’une violence à l’autre, celle qui imprègne l’article 475 ne peut être tue et l’interpelle au plus haut point. «Certes, la suppression de l’alinéa 2 de l’article 475 est une grande avancée, un point très positif, mais ce n’est pas suffisant», n’a pas manqué de nous préciser notre interlocutrice. On a toujours revendiqué la refonte totale du Code pénal qui ne s’inscrit pas dans l’approche égalité hommes-femmes notamment avec la nouvelle Constitution. Il faut une harmonisation entre la Constitution et les autres Codes.
Concernant le Code de la famille, la militante de Joussour appelle pour une révision des articles 20, 21 et 22 qui concernent le mariage. Son association plaide pour le maintien de l’âge de mariage à 18 sans possibilité d’accorder des exceptions à l’âge de 16 ans. «Le Maroc a adhéré à des conventions internationales notamment la CEDAW et la convention des droits de l’enfant. Il faut donc veiller à ce qu’il y ait une harmonisation avec nos textes de loi», argue-t-elle avant de préciser que pour le Code de la famille, la question de l’application de ses dispositions pose problème. Les causes invoquées, selon elle, peuvent différer d’un cas à l’autre. Soit les juges refusent d’appliquer la loi, soit ils en ignorent l’existence. Seules les femmes vivant dans un certain milieu sont au courant de leurs droits. Les autres sont loin du compte. D’aucuns diront que c’est le rôle de la société civile. «Au niveau de Joussour, on dispose d’un Centre de citoyenneté des femmes qui s’attelle à sensibiliser les femmes à leurs droits mais aussi leurs oblligations, explique encore Mme Benachir. Mais on ne peut se substituer à l’Etat car on ne dispose pas d’assez de moyens.
Par ailleurs, notre interlocutrice  n’a pas manqué de faire part des attentes des ONG vis-à-vis des partis politiques. «Se constituer en association et en force de proposition est bien louable, mais c’est par les partis politiques que tout passe. Nous en avons besoin pour porter loin nos revendication voire les réaliser », affirme-t-elle tout en ajoutant :«C’est ce à quoi s’est employé Driss Lachguar, le 1er secrétaire de l’USFP lors de son discours d’ouverture du 7ème Congrès national des femmes ittihadies lorsqu’il a repris en grande partie les revendications des militantes usfpéistes et celles du mouvement féministe. Malheureusement, la  réaction ne s’est pas fait attendre. On a crié aux mécréants, aux impies. Un cheikh s’est même arrogé le droit de lancer des fatwas de takfir. C’est un vrai scandale. On a quand même le droit de lancer le débat, de discuter …. ». Pour notre militante, les  déclarations de ce cheikh portent atteinte à toutes les Marocaines. «Et dire que des militantes de l’USFP ont payé de leur vie le prix de leur combat ». Le combat continue et le flambeau est repris sous diverses formes. L’une des contributions de Joussour se concrétise à travers l’étude que l’association a réalisée pour faire le diagnostic de ce qui a été fait et ce qui ne l’est pas encore par rapport à la Constitution. Le constat n’est pas très réjouissant, indique-t-elle. Il a fallu donc établir les priorités. Pour ce, l’harmonisation des textes de loi avec les conventions internationales est placée en tête de liste. «Dans ce cadre, des rencontres et des tables rondes se sont déroulées avec les organisations féminines, les partis politiques qui seront sanctionnées par diverses recommandations. Une conférence de presse sera organisée pour la restitution de ces rencontres avant de passer à la seconde phase. C’est celle de la communication autour de ces thématiques. Pour toucher le maximum de personnes, un livret sera établi qui reprend l’essentiel des informations »

Nezha Mounir
Mercredi 5 Février 2014

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