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Résultats de l'enquête nationale démographique à passages répétés 2009-2010

L’éclatement des cadres de solidarité a tendance à décaler la population des systèmes traditionnels d’intermédiation sociale et politique (2) (suite et fin)




5. La transition démographique et la mobilité des populations contribuent aux transformations des comportements matrimoniaux
L'endogamie, valorisée dans le cadre des traditions patriarcales soucieuses de maintenir la cohésion familiale ou la sauvegarde du patrimoine, a enregistré une baisse de 33% en 1987 à 29,3% en 1995 pour atteindre 21% en 2010; exprimant, ainsi, une mutation des systèmes de valeurs et comportements sociaux.
Cette baisse de l'endogamie s'explique principalement par le recul des mariages avec des parents éloignés. En effet, le taux d'endogamie avec un cousin germain est resté quasiment stable entre 1995 et 2010 (16,3% et 15,5% respectivement) alors que celui avec un parent éloigné a connu une baisse sensible passant de 13% à 5,1% d'où la progression de la part des mariages avec un cousin germain de 56%  en 1995 à 75% en 2010.
La baisse de l'endogamie a concerné aussi bien le milieu rural que le milieu urbain. Entre 1995 et 2010, elle est passée de 33,1% à 22,6% dans le premier et de 26% à 19% dans le deuxième.
6. La baisse de l'endogamie s'accompagne d'un recul du divorce
Si dans les années 60, le tiers des mariages (31%) se terminaient par un divorce, 15% en 1995, il n'est guère plus que de un sur dix maintenant (10,5%).
La proportion des femmes dont le 1er mariage a été rompu par divorce  est quasiment identique en milieu rural (10,6%) qu’en milieu urbain (10,4%). Elle est la plus élevée pendant la période critique des cinq premières années de la vie conjugale (supérieure à 30%) et baisse progressivement avec la durée pour atteindre des niveaux inférieurs à 3% au delà de 20 ans de mariage.
7. Les phénomènes de la migration participent à brassage croissant des populations marocaines
Ces évolutions n'est sûrement pas étrangère à la mobilité géographique de la population marocaine qui a concerné 1,167 millions de personnes (dont 51% de femmes) et qui s'exprime, d'abord, par le phénomène de l'urbanisation dont le taux est passé  de 29% en 1960 à 43% en 1982 pour s'établir à 57% en  2010.
L'analyse de ces mouvements montre également la prééminence de la migration interurbaine (584 mille) qui représente près de 55% du total de la population migrante et l'importance de l'exode rural qui a concerné 298 mille personnes. Tenant compte des 98 mille personnes qui ont fait le déplacement inverse, quittant le milieu urbain pour s'installer dans les campagnes, le solde migratoire est ainsi largement déficitaire pour le milieu rural qui a perdu au cours de l'année d'observation 200 mille personnes au profit des villes qui en ont gagné, compte tenu de la migration internationale, 127 mille.
Les sorties hors des limites territoriales nationales ont porté sur 106 mille personnes, tandis que les retours de migrants de l'étranger qui étaient peu significatifs par le passé sont désormais de l'ordre 20 mille, soit un solde migratoire déficitaire de 86 mille. Le milieu urbain fournit 85% des émigrants internationaux contre 15% pour le milieu rural et presque les mêmes proportions sont enregistrées parmi les immigrants internationaux (83% reviennent s’installer dans les villes marocaines et 17% dans les campagnes). Ainsi, en termes d’échanges annuels avec l’étranger, le déficit du milieu urbain serait de l’ordre de 73 mille personnes et celui du milieu rural, de l'ordre de 13 mille personnes.
Concernant la migration interrégionale, 401 mille personnes ont changé de région de résidence. Les régions les plus attractives sont le Grand Casablanca et le Souss Massa Draa et les plus répulsives, Marrakech-Tensift- Al Haouz et Taza- Al Hoceima-Taounate.

Une conclusion
et quelques remarques

Je voudrais au terme de cette intervention, faire, si vous le permettez, une conclusion générale et trois remarques.
La conclusion porte sur la synthèse des différents indicateurs issus de cette enquête. Il en ressort que le Maroc, rentré certes relativement tard dans la transition démographique, connaît une accélération de cette transition et rattrape, dans ce domaine, les pays qui l’ont devancé dans cette voie. En conséquence, le taux d’accroissement naturel qui s’élevait à 2,7% dans les années 60 a fortement diminué pour n’atteindre que 1,32% en 2010 sous l’effet de la baisse de la natalité. Cependant, avec une migration internationale qui absorbe un flux net de 86 mille personnes, soit un taux de -2,7 p. mille, la population du Maroc ne s’est accrue, dans les faits, qu’au taux de 1,05%, au cours de l’année 2010 avec 1,91% dans les villes et -0,09% dans les campagnes.
La première remarque porte sur la quasi stagnation de la masse globale de la population rurale avec, cependant, un taux d’accroissement naturel élevé, malgré l’atténuation du différentiel de sa fécondité avec celle de la population urbaine et ce dans un contexte de fort exode rural. Cette quasi stagnation est source d’une perduration de la pression démographique sur le sol et l’eau laquelle constitue l’un des défis majeurs du programme «Maroc vert ». La réussite de ce dernier à faire baisser substantiellement cette pression est aussi importante pour la sécurité alimentaire que pour la sauvegarde du potentiel naturel et environnemental de développement futur de notre pays.
La deuxième remarque est de caractère plus général. La forte diminution de la mortalité, notamment infanto-juvénile et maternelle, accompagnée d’une forte baisse de la fécondité interagissent ensemble avec le recul de l’âge au mariage, aussi bien des hommes que des femmes, pour induire des réformes profondes dans les systèmes de valeurs et les comportements sociétaux, dans un contexte d’un fort brassage des populations marocaines sous l’effet de l’émigration. La fécondité de plus en plus contrôlée est, à cet égard, révélatrice de ces mutations. Elle suppose, en effet, des choix individuels ou des choix de couple, qui sont en rupture avec les valeurs d’une société traditionnelle. Pour celle-ci, souvent pro-nataliste, un nombre élevé d’enfants est, comme on le sait,  source de sécurité même si, dans la réalité, il se fait au détriment du bien-être des parents et des enfants. Une forte baisse de la fécondité constitue à cet égard un indicateur de l'émergence de l'individualisme dans la société avec ses implications économiques sociétales, voire politiques. Avec l’éclatement des cadres de solidarité traditionnelle qui ont vocation à atténuer le coût de l'entrée des jeunes dans la vie active et à prendre en charge les personnes âgées, cette évolution a tendance à décaler une population à majorité jeune des systèmes et des élites traditionnels d’intermédiation sociale et politique. Dans un contexte d’ouverture sur de nouveaux modes de consommation, de valeurs et de comportements sociaux de plus en plus hégémoniques à l’échelle internationale, les besoins sociaux, les aspirations au bien-être et les normes culturelles d’une partie de cette population recherchent de nouveaux cadres d’expression qui peuvent revêtir, tout au moins pendant un certain temps, un caractère corporatiste  ou informel.
Le vieillissement de la population de son côté, pesant d’ores et déjà, sur le système de la santé et les caisses de retraite et de prévoyance sociale, est de nature à rendre plus complexe la gestion de la problématique des personnes âgées dans un pays dont l’héritage historique leur voue en tant que tel et pour leur rôle dans la préservation de l’équilibre affectif de la famille et la pérennisation de ses valeurs fondamentales un respect particulièrement marqué.
La troisième remarque porte sur les fenêtres d’aubaines que la transition ouvre au pays, à côté des défis qu’elle lui pose. La baisse du taux d’accroissement démographique se traduit par une diminution du poids de la population âgée de moins de 15 ans et permet d’accroître les efforts investis dans l’enseignement pour résorber les déficits qu'il a hérités du passé et améliorer la qualité et l’adéquation de ses produits au marché du travail. Si par ailleurs, une forte proportion de la population active, constituée de jeunes est un atout important, il n’en reste pas moins que c’est par l’investissement dans les secteurs à fort multiplicateur d’emplois et par l’adaptation du système d’enseignement et de formation que peut se réaliser la valorisation de cet atout. Il est un fait que le fort taux d’investissement réalisé par le pays pour résorber le déficit dans le domaine des infrastructures et du développement humain a été, à cet effet, un choix judicieux dans la mesure où il a vocation à s’ouvrir sur cette nécessaire valorisation. Celle-ci est d’autant plus impérative que les flux d’émigration internationale qui ont contribué, jusqu’à présent, à l’allègement de la pression sur le marché du travail, risquent de s’atténuer en raison de la situation économique et géopolitique internationale et de ses perspectives. La mobilisation du plus fort taux d’épargne pour l’investissement reste assurément la seule voie pour répondre aux défis actuels sans hypothéquer l’avenir. Aucun modèle économique, jusqu’à présent connu, n’a pu, dans un contexte d'ouverture sur le marché international, résoudre autrement que dans la durée, les deux exigences de l’emploi et de l’amélioration des revenus, en dehors de cette voie. Celle-ci n’exclut, bien entendu, ni l’impératif de l’équité sociale ni celui de la participation démocratique dans la cadre d’une citoyenneté assumée. Au contraire, l’un et l’autre de ces impératifs constituent les préalables pour lui assurer la meilleure issue.

* Haut Commissaire au Plan

Par Ahmed Lahlimi Alami *
Mercredi 23 Mars 2011

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