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Reprise du procès des membres d’ONG étrangers : Des réactions controversées après le départ de 13 accusés




Le procès de 43 membres d’organisations non-gouvernementales (ONG), poursuivis en état de liberté pour financement illégal et activités illicites, reprend jeudi au Caire sur fond de controverse après le départ d’Egypte de 13 accusés étrangers, dont six Américains.
La décision du gouvernement égyptien de lever l’interdiction de sortie du territoire égyptien imposée aux membres de ces ONG a suscité des réactions controversées au sein de la société et la scène politique et judiciaire égyptienne, ainsi qu’au sein du parlement.
Dans ce sens, des juges égyptiens ont demandé au haut Conseil de la magistrature et au ministre de la Justice d’ouvrir une enquête sur la partie qui est intervenue dans l’action de la justice pour faire annuler la décision du tribunal concernant l’interdiction de sortie des activistes étrangers avant le procès, tout en pointant du doigt le président de la Cour d’appel, Ibrahim Abdelmoez, un des hommes influents de la justice égyptienne lors de la période de transition. Il était à la tête de la haute commission des législatives qui a supervisé les élections de l’Assemblée du peuple et du Conseil de la Choura et membre de la commission de l’élection présidentielle.
Mohamed Saad Katatni, président de l’Assemblée du peuple, qui a vivement critiqué l’ingérence dans l’action du juge, a affirmé que les magistrats impliqués dans cette affaire seront poursuivis, tandis que le Parlement a décidé de convoquer le 11 mars le Premier ministre Kamal al-Ganzouri et d’autres ministres afin qu’ils expliquent leur décision.
Pour la commission de la défense et de la sécurité nationale à l’Assemblée du peuple, il est impératif de retirer la confiance au gouvernement de Kamal El Ganzouri et de former un gouvernement de coalition, présidé par le Parti justice et liberté.
Dans ce sens, ils ont demandé d’auditionner le Premier ministre et le ministre de la Justice sur les développements de l’affaire du financement étranger et la libération des accusés étrangers.
Par ailleurs, des partis politiques et candidats à la présidentielle ont demandé une enquête pour dévoiler ceux qui sont derrière une telle décision.
Dans ce contexte, le candidat à la présidentielle, Mohamed Salim Aloua a estimé que la sortie des accusés étrangers avant leur procès entamera la confiance des Egyptiens dans la régularité des juges qui encadrent les présidentielles.
Pour le président de l’Association d’assistance juridique aux droits de l’Homme en Egypte, l’intervention de juridictions de haut niveau pour lever l’interdiction est un «crime puni par la loi». Une telle décision relève d’une atteinte à l’indépendance de la justice égyptienne, a-t-il déploré.
Sur la scène politique, le parti El Wafd a condamné la politisation de l’affaire des financements illégaux.
Il s’agit d’une «atteinte à la démocratie», s’est insurgé l’ancien président de l’Agence internationale de l’énergie atomique, M. Mohamed Baradei, qui a estimé que «les errances du processus en cours sont irréconciliables avec une justice indépendante et une vraie démocratie».
En réaction, le Premier ministre égyptien, Kamal Al Djanzouri, a écarté la responsabilité du gouvernement dans l’affaire du financement étranger d’ONG et de ses développements, soulignant que l’affaire concerne le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et la justice.
De son côté, le ministre égyptien de la Justice Adel Abdelhamid a indiqué que la Constitution ne lui confère aucun droit d’interférer dans les affaires de justice.
Il a ajouté dans ce sens que seul le Conseil suprême de magistrature est habilité à traiter l’affaire du financement étranger,tout en s’engageant à diligenter une enquête sur cette affaire.
Le porte-parole officiel du ministère égyptien des Affaires étrangères a indiqué que la question des financements illégaux d’organisations civiles relevait de la justice et non du ministère des Affaires étrangères provoquant l’ire de juristes et de militants politiques qui ont vivement critiqué l’attitude floue de la diplomatie égyptienne dans cette affaire.

Libé
Vendredi 9 Mars 2012

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