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Report du procès des ONG en Egypte : Les relations américano-égyptiennes à l’épreuve des prétoires




Les espoirs américains de voir se résoudre rapidement l’affaire des ONG étrangères accusées par Le Caire de financement illicite ont douché sur le renvoi du procès au 26 avril, prolongeant le bras de fer entre les Etats-Unis et leur allié égyptien.
L’Administration Obama espérait que l’interdiction de sortie du territoire imposée à 43 militants d’ONG pro-démocratie, dont 16 ressortissants américains, pourrait être levée ce mois-ci, ce qui aurait permis à Washington de revenir sur sa menace de suspension de son aide militaire annuelle de 1,3 milliard de dollars. Mais l’ajournement du procès, bien que présenté comme une chance supplémentaire de trouver une issue diplomatique, va empoisonner durablement les relations entre les deux pays, au risque de provoquer des dégâts des deux côtés.
«Nous continuons à travailler dur pour résoudre cette affaire aussi vite que possible», a déclaré lundi la porte-parole du Département d’Etat, Victoria Nuland. «Nous sommes préoccupés que cela n’ait pas encore été réglé.» Le secrétaire d’Etat adjoint, Jeffrey Feltman, a convoqué l’ambassadeur d’Egypte à Washington pour lui faire part de la préoccupation américaine, déjà exprimée par Hillary Clinton à deux reprises la semaine dernière lors d’entretiens avec son homologue égyptien.
Les Etats-Unis ne tiennent pas du tout à se retrouver en position de devoir suspendre tout ou partie de l’aide militaire à l’Egypte, d’abord parce que cette aide sert essentiellement à acheter des armes et du matériel américains, ensuite parce qu’elle a été accordée dans le cadre du Traité de paix égypto-israélien de Camp David Or, de nombreuses voix, dont celle des Frères musulmans, vainqueurs des récentes élections législatives, s’élèvent déjà en Egypte pour prévenir qu’une baisse de l’aide donnerait au Caire le droit légitime de réviser l’accord de paix.
Sous pression de ses adversaires républicains, qui ont fait de cette affaire un test de la fermeté de l’Administration Obama, le président américain peut toutefois difficilement reculer à une année de l’élection présidentielle.
Problème, soulignent les analystes, le report du procès signifie que celui-ci devrait aussi se tenir en pleine campagne électorale... égyptienne.
La première élection présidentielle de l’ère post-Moubarak, qui doit déboucher sur un transfert du pouvoir des militaires aux civils, est prévue en juin. Elle va se dérouler dans un contexte politique tendu, a priori peu propice aux concessions, d’autant que plusieurs responsables égyptiens ont ouvertement accusé les Etats-Unis de comploter pour affaiblir l’Egypte en finançant des ONG.
Parmi les 17 ONG visées figurent notamment le National Democratic Institute (NDI) et l’International Republican Institute (IRI), liés aux deux grands partis américains. Le directeur de l’IRI en Egypte, Sam LaHood, qui figure sur le banc des accusés, est de plus le fils du ministre des Transports du président Obama.
«Le risque de voir les Etats-Unis et l’Egypte se déchirer sur la question de l’aide augmente», estime Robert Satloff, directeur du Washington Institute pour la politique proche-orientale.
«Ce qui semble également évident, c’est que cette affaire va durer et pourrait atteindre son paroxysme pendant l’élection présidentielle égyptienne. L’idée d’une solution en douceur permettant aux deux pays de sauver la face semble sur le déclin», ajoute-t-il.
Du côté des défenseurs des ONG, l’ajournement du procès a provoqué un certain soulagement, alors que les 43 militants poursuivis risquent des peines de prison.
«Elles (les autorités égyptiennes) ont appuyé sur le bouton-pause. Elles n’étaient clairement pas prêtes à résoudre cette affaire, mais pas davantage à provoquer une escalade», juge Michelle Dunne, directrice du Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient.
«On ne voit pas de solution à l’horizon et je ne suis pas sûre que le gouvernement dirigé par les militaires soit capable d’en trouver une», concède-t-elle toutefois.
Accusées d’avoir travaillé en Egypte sans autorisation et d’avoir perçu des financements étrangers sans accord préalable du gouvernement égyptien, les ONG se défendent d’avoir commis des actes délictueux ou illégaux. Elles expliquent qu’il leur fallait travailler sans attendre pour aider à l’instauration de la démocratie en Egypte après le soulèvement contre Hosni Moubarak et que c’est l’enjeu réel des poursuites judiciaires dont elles font l’objet.
«Ce n’est pas une guerre contre les ONG américaines, c’est une campagne contre la société civile égyptienne», affirme Charles Dunne, directeur des programmes proche-orientaux et nord-africains de Freedom House.
Pour les ONG, c’est sur le critère du respect des règles démocratiques que l’Administration Obama doit décider ou non de suspendre l’aide à l’Egypte.
«Ils vont devoir soit délivrer un certificat (de bonne conduite démocratique), soit s’asseoir dessus au nom de la sécurité nationale. Et dans les deux cas, cela risque de provoquer un tollé», prévient Charles Dunne.
Dans ce contexte, les autorités des deux pays pourraient rechercher discrètement un accord.
«Plus cela se déroule en public, au niveau rhétorique, moins cela ira», souligne Robert Danin, spécialiste du Proche-Orient au Conseil des affaires étrangères.
«Quoi qu’il arrive maintenant, ce sera derrière des portes closes. Plus on en entendra parler, moins ce sera efficace.»

Libé
Mercredi 29 Février 2012

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