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"Rengaine", film français de Rachid Djaïdani : Fiction coup de poing pour raconter le racisme entre communautés




Dans "Rengaine", film français de Rachid Djaïdani, il y a la Maghrébine qui veut épouser un noir, l'un de ses 40 frères qui refuse cette union avec un "négro" mais aime en douce une juive: une fiction survitaminée et maîtrisée, née de neuf ans de travail, sur le racisme inter-communautaire.
Ce premier long-métrage, autoproduit et résultat de sept ans d'images tournées à Paris plus deux ans de montage, a reçu un accueil chaleureux lundi soir à l'issue de sa présentation dans la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes.
Un film "à l'énergie complètement urbaine", estime le scénariste-réalisateur de 38 ans, qui fut assistant-régie sur "La Haine" de Mathieu Kassovitz, avec des scènes d'une intensité rare, dont une séance d'entraînement de boxe à couper le souffle.
"J'entends ta musique intérieure", glisse ainsi l'entraîneur qui harangue son boxeur et lui enseigne la danse des coups.
Rachid Djaïdani, également écrivain, est né en France d'une mère soudanaise et d'un père algérien.
Derrière une image volontairement instable, saisie à l'épaule, fruit d'une caméra présente dans les plaies des relations, la thématique est sans concession et semble chercher qui est le plus raciste de tous: Slimane (joué par Slimane Dazi), un maghrébin musulman et frère aîné de Sabrina (Sabrina Hamida), qui ne veut pas de Dorcy (Stéphane Soo Mongo), lui-même apprenti-acteur "renoi" (noir) chrétien, tout en aimant clandestinement une chanteuse juive...
La mère de Dorcy, gentille coiffeuse veut pour son fils une "vraie Africaine", pas "une blanche d'Algérie".
Un autre frère, l'un des 40 de Slimane, dont le meilleur pote est noir, ne veut pas non plus d'un "négro" dans la famille. "Mais toi c'est pas pareil", glisse-t-il à son ami excédé avant de lui confirmer qu'il l'aime comme un frère mais que sa soeur lui est interdite.
Intolérant, Slimane l'est encore avec son frère aîné homosexuel qu'il a renié et qu'il appelle "sa soeur". Ce dernier, adepte de la tolérance en raison de ses choix de vie, lui renvoie à la figure: "C'est moi qui n'ait eu que des soeurs: quand on me tabassait en me traitant de sale pédé, où étaient mes frères? Je n'avais que des soeurs".
C'est moins la plongée sociale dans le racisme entre communautés qui séduit que le tranchant des dialogues, l'envie infinie de bouffer la vie et l'énergie qui se dégagent du film.
L'humour est là aussi avec une réalisatrice, blanche, complètement "azimutée" qui met à l'épreuve les rêves d'acteurs de Dorcy en le giflant, pinçant, pour les besoins du Septième art. Et une fausse piste du scénario, imparable et bouleversante, qui glace le spectateur d'effroi, garantit que le film restera longtemps en mémoire.
"On est là, on existe, c'est du bon, c'est du lourd, c'est du vrai", a résumé Rachid Djaïdani, visiblement ému de présenter à Cannes "son bébé" si longtemps couvé.

AFP
Jeudi 24 Mai 2012

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