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Relancer la diplomatie marocaine




Rappelons tout d’abord les faits, le mardi 22 novembre et contre le rapport original du parlementaire finlandais Carl Haglund qui appelait le Parlement européen à ne pas prolonger les dispositions actuelles, la commission de la pêche a voté en faveur de la prorogation d’un protocole qui offrira de nouvelles possibilités de pêche à 119 navires européens et allouerait des fonds spéciaux en vue de financer la pêche durable au Maroc jusqu’à la fin du mois de février 2012. Toujours selon ce protocole, 22,6 millions d’euros seront alloués à l’accès aux eaux marocaines. Afin d’encourager la pêche responsable, l’Union européenne octroiera un financement supplémentaire de 13,5 millions d’euros, soit un total d’environ 36 millions d’euros.
L’homme à l’origine de ce rapport contesté est Carl Haglund, député finlandais, du Parti populaire suédois de Finlande, parti politique finlandais qui représente les intérêts de la minorité finlandaise suédophone.
Cet homme avait bien expliqué au mois de novembre dernier que reconduire le protocole actuel d’une année était inadmissible dans les conditions proposées par la Commission européenne, en raison du faible rapport coût-bénéfice pour l’Union européenne, de l’exploitation excessive des espèces démersales et de la contribution très limitée des fonds européens au développement de la politique de pêche locale.
Notre diplomatie et au lieu de déployer davantage d’efforts pour concrétiser cette petite réussite lors du vote du Parlement, a choisi de faire confiance à l’Espagnole Carmen Fraga Estévez qui préside la commission de pêche. Taieb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, a oublié qu’on est dans une démocratie, et que ce n’est pas la commission qui a le dernier mot mais les représentants du peuple européen.
Ces derniers ont décidé, lors du vote en plénière le jeudi 15 décembre, de voter contre la proposition de prorogation de l’accord de pêche entre l’Union européenne et le Maroc, et ont appelé la Commission à négocier un nouvel accord qui soit plus avantageux d’un point de vue économique et environnemental et à prendre en compte les intérêts des populations locales.
Avec la crise économique mondiale, la poussée des verts dans la majorité des pays du 27, c’est logique, et même compréhensible qu’on invoque le point de vue économique et environnemental. Cependant, ce qui n’est pas admissible, c’est d’évoquer les intérêts des populations locales.
Certes on a su gagner une bataille en septembre dernier en convainquant le Parlement européen de rejeter la demande de 70 députés européens de soumettre à la cour de justice de la communauté européenne la question de savoir si l’inclusion du Sahara dans le protocole reflétait les souhaits de la population locale et si ses intérêts avaient bien été pris en compte, comme le requièrent les traités européens et le droit international. Cependant, on a perdu le combat contre un petit Finlandais, dont le parti n’arrive jamais à obtenir 5 % des voix à chaque élection.
Le moment est venu de relancer la diplomatie marocaine. Le nouveau Premier ministre qui est en train de négocier la composition de son gouvernement réussira-t-il là où tous ses prédécesseurs ont échoué ?
Mettra-t-il en place une nouvelle diplomatie dans le cadre d’un droit international, qui, me semble-t-il, a prospéré non pas avec des effets d’annonce mais avec des actes ?

* Enseignant ATER à l’Université de Rennes 2.
Doctorant au laboratoire des
collectivités territoriales d’Orléans


Un travail de sape


Le Polisario a mené une campagne acharnée de lobbying auprès du Parlement européen afin que celui-ci ne proroge pas l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc. Une délégation des séparatistes a ainsi tenu une réunion avec des parlementaires européens le 7 décembre courant. La délégation du Polisario est restée à Strasbourg du 7 au 15 décembre et organisé des rencontres avec les eurodéputés jusqu’au jour du vote. Elle a pu s’entretenir avec une soixantaine de députés aidée en cela par bon nombre d’ONG qui ont pignon sur rue.
Pour sa part, la diplomatie marocaine a été absente toute la semaine et les agences de lobbying payées à coup de millions d’euros brillaient par leur absence et n’avaient que faire de cet accord, car elles savaient que le gouvernement marocain était sur le point de partir et qu’ils n’auront plus de comptes à lui rendre.
Résultat : les députés européens ont bloqué cet accord après le vote au Parlement de l’Union par 326 voix contre, 296 voix pour sa prorogation et 58 abstentions. Les raisons avancées sont liées, selon ces eurodéputés,  au “manque de retombées économiques sur les populations sahraouies”, ce qui est en contradiction avec le communiqué du Conseil de l’UE daté du 12 juillet 2011 qui soutient exactement le contraire.
Les 125 bateaux européens qui pêchaient au large des côtes marocaines ont donc dû quitter les eaux territoriales marocaines. La plupart d’entre eux sont espagnols et portugais, mais des navires français, italiens, britanniques, polonais et allemands profitaient aussi des largesses de cet accord.

Par Samir El Alami
Lundi 26 Décembre 2011

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