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“Réhabiliter” les jihadistes indonésiens, un travail de longue haleine




L'Indonésie, plus grand pays musulman au monde, applique différentes méthodes pour réhabiliter les jihadistes, mais, après les récents attentats de Jakarta qui ont soulevé des questions, des responsables estiment que la déradicalisation est un travail difficile et de longue haleine.
 La vie n'est pas facile pour d'anciens partisans du jihad à leur sortie de prison. Machmudi Hariono est l'un d'eux : privé de nombreux emplois, rejeté par la société, il a vu ses dettes augmenter avant qu'un programme de sensibilisation dédié aux militants jihadistes ne lui permette de trouver un travail en cuisine dans un petit café.
Aujourd'hui, cet homme de 40 ans gère plusieurs entreprises, dont une société de location de voitures, et se dit "en paix" après avoir trouvé une nouvelle vocation loin du jihad violent qui a fait dérailler sa vie.  "Il n'y a plus de traces de celui qui était en prison. On retrouve une nouvelle vie intéressante", a raconté M. Hariono à l'AFP depuis Solo, ville du centre de l'île de Java considérée comme un terreau pour les extrémistes islamistes.
 Les méthodes appliquées depuis des années en Indonésie sont concentrées sur les prisons et ont pris diverses formes tels des cours sur le nationalisme et la religion, des réunions de famille organisées par des ONG et même des cours de jardinage derrière les barreaux.
 Mais les attentats de Jakarta qui ont fait quatre morts le 14 janvier ont soulevé de sérieuses questions concernant les efforts entrepris pour identifier le radicalisme en prison, quand la police a révélé que l'un des quatre assaillants -- tous tués -- avait été attiré par le groupe Etat islamique (EI) derrière les barreaux.
 L'homme, Afif, avait été condamné à sept ans de prison pour s'être entraîné en 2010 dans un camp paramilitaire, mais libéré en 2015 pour bonne conduite. Six mois plus tard, ce jihadiste participait aux attentats suicide et attaques à main armée dans la capitale indonésienne, premiers actes revendiqués par l'EI en Asie du Sud-Est.
 "Afif a réussi à cacher sa radicalisation en prison, la plupart des détenus le considéraient comme quelqu'un de calme, pas comme un fauteur de troubles", a déclaré à l'AFP Noor Huda Ismail, un expert de l'extrémisme islamiste en Indonésie, qui s'est occupé de jihadistes réhabilités.
 Derrière les barreaux, Afif était en contact avec Aman Abdurrahman, un prédicateur radical incarcéré pour de nombreuses affaires de terrorisme, ajoute l'expert.  En prison, Abdurrahman a prêté allégeance à l'EI et transmis des messages de l'organisation jihadiste dans ses sermons aux détenus.
 Si Afif est devenu un extrémiste islamiste, cela n'a pas été détecté par les services pénitentiaires. Il se montrait coopératif et respectait les règles, a indiqué un porte-parole du ministère indonésien de la Justice, Akbar Hadi Prabowo.
 "Mais l'idéologie d'un homme peut changer", a-t-il ajouté. "Si un médecin vous déclare en bonne santé, cela ne veut pas dire que vous ne tomberez plus jamais malade".  L'Indonésie ne dispose pas de programmes officiels de surveillance d'extrémistes islamistes une fois qu'ils sont libérés de prison. Le président indonésien, Joko Widodo, a promis de s'occuper de ce problème après les attentats de Jakarta.  La déradicalisation de jihadistes en prison est souvent marquée par un certain empressement et un formalisme qui manque de personnalisation, observe Alijah Diete, une assistante sociale qui a passé des années à aider des jihadistes récemment libérés à se réhabiliter avec l'aide d'ONG.
 A l'extérieur des prisons, ce sont ces mêmes ONG qui aident les militants à refaire leur vie en trouvant un travail et en collaborant avec leurs familles. L'expérience suggère que leurs travaux portent leurs fruits, à petite échelle. Sur 35 militants suivis par Mme Diete, seuls cinq ont rejoint leurs camarades jihadistes.
 "Mais une chose que nous avons apprise, c'est qu'il est extrêmement difficile de séparer ces gens de leurs groupes. Nous devons leur inculquer une nouvelle façon de penser, de se lier d'amitié", dit-elle, "mais tout ça prend du temps".

Mardi 26 Janvier 2016

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