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Réhabilitation des amandiers à Tafraout : Les associations de développement local perdent la bataille




Réhabilitation des amandiers à Tafraout : Les associations de développement local perdent la bataille
Taghaout, dans la commune de Tassrirt. Sur les larges versants de la montagne surplombant le douar, l’association  opérant dans le développement local du village a mené, il y a quelques années, l’un des plus grands projets de plantation d’amandiers dans la région. Près d’un millier de jeunes arbres sont plantés. Nous avons réalisé un décomptage sur le terrain qui a révélé que, seulement quelques dizaines tiennent ! Le reste des plants étant carrément  grillé ! «Une cuisante déculottée!», se contente d’avouer un responsable de l’association en parcourant des yeux, du haut d’une petite colline limitrophe, la  vaste  étendue cultivée d’amandiers. L’Association des Aït Taghaout n’est pas la seule à ne pas réussir ce «challenge» agricole. En l’espace de trois ans, plus de vingt autres structures du genre ayant pour vocation le développement local des villages des communes de Tassrirt, Tahala, Aît Ouafka et Tarswat, se sont lancées dans la culture d’amandiers. Et ce, dans le cadre du projet dit de «réhabilitation de l’amanderaie de Tafraout» dont la réalisation s’est étalée sur la période 1997-1999. Programme  lancé par la direction provincial de l’agriculture, pour pallier la grave «déprédation» infligée au patrimoine arboricole local  estimé à 5500 ha, à cause des sécheresses qui se sont abattues sur la région. L’initiateur du projet est ainsi conscient de l’enjeu  que présentait cette activité agricole dans l’économie des populations, sachant que l’amanderaie locale occupait plus de 72% des terrains dédiés à l’arboriculture  dans la région.  Selon une source proche du Centre des travaux agricoles de Tafraout, globalement, plus de 120.000 plants sont distribués à ces associations. Lesquelles les ont distribués aux fellahs des différentes régions, pendant la période du  projet de réhabilitation. Actuellement, le résultat obtenu   est affligeant ! «Pas plus d’un lot de 400 à 600 arbres subsistent!», nous informe, dépité, le   président d’une association qui suit l’évolution du projet. Comment on en est arrivé là ? Les paysans imputent en grande partie  la responsabilité du maigre bilan aux associations ayant pris en main le projet, sans  s’être engagées à fond. Comme nous l’explique cet agriculteur : «Les associations se sont limitées dans leurs  actions à jouer le rôle de  médiateurs passifs  entre le Centre des travaux agricoles et  les fellahs, avant de disparaître dans la nature en nous lâchant». Or, selon les arboricultures ciblées, ces entités de la société civile se sont bien engagées en tant que partenaires de l’Etat dans ce projet. Un  statut, ajoutent-ils, qui exige d’elles  d’accompagner le projet pour garantir sa réussite. Sachant que les paysans, tout pauvres qu’ils sont, ne  peuvent mener à bien le projet tout seuls.
Premier défi pour les bénéficiaires, la question de l’eau d'irrigation. La rareté de cette source étant une difficulté dont souffre la région d’une manière structurelle. Le résultat ne s’est pas fait attendre : 80% des jeunes arbres plantés sont calcinés. «Que voulez-vous qu’on fasse! Quand vous avez sur les bras des milliers de jeunes amandiers  et que vous êtes dépourvu de moyens pour mobiliser les eaux d’irrigation? C’est tout simplement laisser  ses plants  mourir  au soleil ! On avait le choix!», s’exclame  avec rage un fellah du village de Tarswat. Les  attaques des sangliers viennent porter un autre coup dur au projet. Les centaines de  groins fouineurs qui squattent le voisinage des villages, ont pillé, selon des estimations des arboriculteurs, près de 15% des plants. Un problème que subissent les agriculteurs de la région sans exception. Là aussi, les bénéficiaires en veulent aux associations partenaires de n’avoir rien fait  pour les aider à protéger leurs terrains plantés contre les razzias  occasionnées par ces suidés. D’autre part, l’exode rural vers les centres urbains, vient s’ajouter aux autres difficultés. C’est une donne handicapante pour le projet de réhabilitation. Commencé vers le début du siècle précédent, ce phénomène  a fini par vider les campagnes  en touchant en grande partie les jeunes du milieu rural. Les envois d’argent par leur progéniture vivant dans les villes, aux fellahs  âgés n’encouragent guère ces derniers à un meilleur rendement de l’activité arboricole, pour céder la place à la démobilisation générale dans leurs rangs. On a même vu des bénéficiaires tourner le dos à leurs parcelles plantées, même dans les zones irriguées. Voilà, somme toute, ce qui a fait que le projet  de la «réhabilitation de l’amanderaie de Tafraout» échoue sans pouvoir atteindre les objectifs tracés. En engloutissant une énorme partie des deniers publics (acquisition des plants payés entre 15 et 25 DH, transport, les produits phytosanitaires et autres pesticides octroyés aux associations, etc). Entre-temps, l’amanderaie locale subit une dégradation permanente. Outre la sécheresse, une grande partie est dernièrement attaquée par des maladies, en l’absence de traitement. La production locale, qui approvisionnait les souks de la région du Souss, s’en est ressentie. Aujourd’hui, elle peine même à satisfaire les besoins des habitants !  Pourtant, les décideurs publics ne baissent pas les bras : «Il faut  coûte que coûte restituer  à Tafraout sa notoriété d’antan de région productrice d’amandes». Ils décident de revenir alors en charge à travers le Plan Vert Maroc qui se réclame d’une nouvelle approche. Plus ambitieuse. Puisqu’elle  vise à réhabiliter toute la filière de l’amandier, avec des moyens financiers et techniques conséquents. 

IDRISS OUCHAGOUR.
Mercredi 24 Mars 2010

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