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"Red Bull" Leipzig, le club de l'Est qui dérange




Une tête de taureau tranchée, sanguinolente, jetée dans un stade: pourquoi tant d'hostilité? "La Bundesliga s'est trouvé un nouvel objet de haine, le RB Leipzig", résume l'hebdomadaire Die Zeit au sujet de ce jeune club de l'ex-Allemagne de l'Est, monté en première division après avoir été fondé, financé et contrôlé par la marque Red Bull.
"RB", officiellement, sont les initiales de RasenBallsport, littéralement: "Sport de balle sur gazon". Un trait d'humour subtil, car la loi allemande interdit le "naming" d'un club. Seul le Bayer Leverkusen fait exception, puisque la marque avait été accolée avant que la législation ne change.
Mais ces deux initiales ne trompent personne: Le logo du club affiche un énorme taureau rouge, symbole mondialement connu de la marque autrichienne de boissons énergisantes. Et son stade s'appelle le "Red Bull Arena".
Et Leipzig vit des moments difficiles sur le terrain. Les supporters adverses  chantent volontiers depuis quelques saisons "Merde à Red Bull!" pendant les matches.
L'incident qui a fait le tour du monde a eu lieu samedi à Dresde, où Leipzig jouait en coupe d'Allemagne (élimination, 2-2; 5 t.a.b à 4). Une tête de taureau tranchée et sanguinolente a été jetée dans l'enceinte du stade. Le message est clair. On reproche au RB d'être l'instrument d'une opération commerciale, d'avoir un portefeuilles à la place d'une "âme", et d'être le jouet d'un milliardaire, Dietrich Mateschitz, créateur de la marque Red Bull.
Car le RB Leipzig, qui découvrira la Bundesliga dimanche avec un déplacement à Hoffenheim, est un ovni dans le ciel du football allemand. Et surtout est-allemand.
Depuis la relégation de Cottbus en 2009, plus aucun club de l'ex-RDA n'a joué en première division. 2009... justement l'année de la fondation du RB Leipzig, sur les ruines d'un petit club local de 5e division. Sept saisons et quatre promotions plus tard, le club débarque parmi l'élite.
Et les ambitions s'affichent sans complexe. Devenir le plus vite possible européen (c'est-à-dire terminer dans le premier tiers du championnat) et, à terme, concurrencer le Bayern Munich pour la suprématie sur le foot allemand. Le club est détenu à 49% par Red Bull, et à 51% par une association dont tous les membres sont... employés de Red Bull. Son budget n'est pas connu.
Dans une Allemagne où les grands clubs ont un lien viscéral avec leur public, et refusent pour la plupart l'entrée d'investisseurs étrangers, le modèle économique du RB Leipzig a suscité de violentes critiques.
Au point que des matches amicaux ont dû être déprogrammés lors des saisons précédentes, par crainte d'agressions de supporters contre les joueurs du RB. "Ce club n'est pas mon modèle préféré, et ne le sera jamais", assène par exemple le président du Borussia Dortmund Hans-Joachim Watzke, chantre de la vertu de l'indépendance financière.
"Nous allons encore avoir à surmonter quelques hostilités durant notre première saison en Bundesliga", admet Oliver Mintzlaff, responsable du football chez Red Bull, "mais nous nous y préparons, et cela ne va certainement pas nous faire dévier de notre voie. Ça nous rend même plus forts", rapporte l’AFP.
Sur le plan sportif, le RB Leipzig a développé un centre de formation déjà considéré comme l'un des meilleurs en Allemagne, avec des moyens gigantesques et des formateurs recrutés dans les plus grands clubs du pays. Le succès est au rendez-vous, avec des équipes de jeunes qui évoluent toutes au plus haut niveau national.
"L'investissement dans la formation des jeunes est si important que je ne vois rien là qu'on puisse condamner", écrivait la semaine dernière dans Kicker l'ex-entraîneur Hans Meyer (Nuremberg, Mönchengladbach), pour contrebalancer l'avalanche de critiques.
Même si, là encore, des clubs se plaignent de voir leurs meilleurs jeunes les lâcher pour Leipzig dès l'âge de 14 ou 15 ans, attirés par l'argent et les promesses de Red Bull.
"Le football de l'Est, ajoute Meyer, pragmatique, ne pourra revenir au meilleur niveau que lorsque l'économie locale sera au niveau de l'Ouest. Au RB Leipzig, ce fossé est comblé par le sponsor. Mais Leipzig a toujours eu un public de passionnés et de connaisseurs."
Pour l'heure, ces passionnés s'enthousiasment aux exploits de Marvin Compper (défense), Emil Forsberg, Massimo Bruno (milieu) ou encore Timo Werner et Davie Selke (attaque), pas vraiment des stars. Mais à la vitesse à laquelle progresse le RB, le nom de Leipzig pourrait bientôt devenir familier aux fans de foot de l'Europe entière.

Samedi 10 Septembre 2016

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