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Ramadanienne de Mohamed Bakrim : Ephémérides du week-end




Ramadanienne de Mohamed Bakrim : Ephémérides du week-end
Week-end ramadanien chargé en actualité. Une certaine tradition laisse croire qu'en ce mois très spécial seules la cuisine et la télévision monopolisent l'attention. Erreur. Au Maroc, un autre paradoxe marque nos mœurs  publiques: la canicule et le jeûne n'empêchent pas  une certaine passion voire de la tension tout court de planer sur la vie publique. Il y a aussi, hélas, la loi de la nature qui impose une actualité douloureuse.

Le cinéma marocain en deuil

On dirait qu'il a calculé son coup: notre grand artiste Mohamed Said Afifi est mort dans la nuit de samedi à dimanche à Rabat. Un an presque jour pour jour après la mort de son ami, un autre grand, Hassan Skalli. Notre scène nationale, nos écrans se vident.
  Il est allé le rejoindre là-bas dans les cieux, pour regarder d'en haut l'état des lieux d'un univers qu'ils ont tant aimé. Le qualificatif de « grand », s'agissant d'eux, n'est pas une clause de style. Ils le sont au propre et au figuré. Mohamed Saïd Afifi fut un comédien exceptionnel, de l'étoffe de grands tragédiens de notre époque. Il a joué Shakespeare : Hamlet, Othello  et ce sont des rôles qui l'ont habité à jamais. Il a embrassé très tôt une carrière théâtrale où il ne s’est pas contenté de jouer au fonctionnaire des planches mais il est allé jusqu'au bout de sa passion la partageant avec les jeunes dans les coins les plus reculés du Royaume. Toujours généreux du cœur et du geste. De Jerada à El Jadida, il accompagna en figure incontournable l'apogée du théâtre amateur. Au cinéma,  il était le grand ami des cinéastes n'hésitant pas à s'investir à fond y compris avec les jeunes dans leur premier film. Il fut tout simplement inoubliable dans “Mirage” de Bouaanani ; Ali Ben Ali, ce personnage clownesque sorti de nulle part pour accentuer l'errance existentielle de Mohamed Ben Mohamed, un autre personnage atypique interprété par un autre grand, Mohamed Habachi…ou encore dans “Mille mois” de Faouzi Bensaïdi, incarnant avec force conviction un être en déphasage absolu. Même dans des apparitions, on ne l'oublie pas : tout le monde se souvient du père paralytique dans la comédie populaire “A la recherche du mari de ma femme”…ou encore l'hommage intelligent que lui rendit Hakim Noury dans le deuxième opus de “Elle est diabétique, hyper tendue et refuse de crever”…où il lui a permis de se livrer dans une scène« gratuite », c'est-à-dire sans implication dramatique majeure sur l'évolution du récit à un numéro d'acteur qui s'identifie à la scène et la scène le lui rend bien ; a posteriori maintenant c'est un document.  Un document sur une personnalité originale de notre cinéma. Adieu Si Mohamed Saïd Afifi.

Presse écrite: la mort de la déontologie

Une liste de journalistes à la Une d'un journal comme les fameuses affiches d'avis de recherche du FBI : ce sont les nouvelles figures de la presse écrite marocaine.  La Une méritée non pas pour avoir décroché le Prix Pulitzer de l'investigation mais pour avoir cherché du sensationnel à propos de l'information sur  la santé du Souverain. Un sujet peau de banane où le peu de crédit de la presse marocaine risque de se briser en mille morceaux. Une certaine loi non écrite veut qu'un confrère n'écrive pas sur d'autres confrères surtout quand ils sont en mauvaise passe. Ici, c'en est vraiment une. Les nuits ramadaniennes sont longues dans les locaux des enquêteurs…mais il est quand même temps de dire avoir haute notre lassitude devant ce scénario répétitif. Il est temps de dire basta ! Halte ! Laisser le Roi tranquille.  Allez jouer ailleurs. Notre pays  ne s'amusera pas à mettre ses acquis séculaires garants de sa stabilité et de sa pérennité en appât pour meubler le vide éditorial saisonnier qui frappe les professionnels du sensationnel facile. Et qu'on ne vienne pas nous raconter des histoires, sur les « malheurs de la presse privée harcelée par le pouvoir »…car c'est un mythe qui a fondu cet été suite au striptease auquel se sont livrés les ténors de cette presse s'entredéchirant à coup d'interviews où il ne fut question que de coups fourrés de chèques perçus en dessous de table et de moult manipulations par différents services.  L'été 2009 entrera dans l'histoire comme la saison du requiem pour une certaine idée de la presse. Notre société est une mine riche en matières journalistiques pour la presse qui veut travailler. Alors de grâce, épargnez-nous cette mascarade.  (Précision : ce que je dis là je l'assume en tant que citoyen n'engageant nullement mes amis de la rédaction ou mes camardes du parti).

Un match vraiment nul

Comment ne pas parler du match du dimanche où notre onze national a brillé cette fois par la qualité médiocre de sa prestation. J'ai suivi le match tranquille sans souci du côté du tableau d'affichage du résultat ; non je l'ai suivi en me concentrant sur la qualité du jeu.  Ce fut la grosse déception : on n'est pas encore arrivé à transformer les qualités intrinsèques de nos individualités en fond de jeu. Le but de Taarabt en est l'expression éloquente. Une prouesse individuelle a changé la donne en fin de partie. Il me semble que ce devrait être le souci majeur de nos responsables : forger une bonne équipe en oubliant un petit peu la course effrénée derrière les qualifications factices. Est-ce une question d'entraîneur ? En partie oui, mais c'est surtout une affaire de vision et de philosophie. Ce n'est pas le management qui sauvera notre football mais la passion pour le jeu.


Mohamed Bakrim
Mercredi 9 Septembre 2009

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