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Rachid El Ouali, en promo chez les islamistes et défenseur inconditionnel de l’art halal




Rachid El Ouali, en promo chez les islamistes et défenseur inconditionnel de l’art halal
Rachid El Ouali a eu les honneurs, ce mardi 17 décembre,  de la presse  islamiste. L’acteur et réalisateur s’affiche  à la Une d’Attajdid, le journal porte-parole du PJD. En ouverture et sur cinq colonnes, le quotidien du Mouvement unicité et réforme, le bras religieux du  parti du chef du gouvernement, fait la promotion de Rachid El Ouali. Et cela pose question. Les islamistes au pouvoir ne nous ont pas habitués à un tel débordement en faveur de l’art et de la culture.   « Que l’acteur et cinéaste, auteur de « Ymma » ait les faveurs de la presse islamiste est révélateur. Rachid El Ouali est certes en promo pour son film qui sort aujourd’hui. Mais le discours qu’il tient sur les colonnes d’Attajdid laisse songeur. Les sirènes islamistes auraient-elles séduit notre acteur?», s’interroge  un brin ironique ce cinéaste de la place.
C’est dans une interview publiée sur une page par « Attajdid » qui a habitué le lecteur à plus d’austérité, que Rachid El Ouali fait en quelque sorte son « coming out ».  Celui qui véhicule l’image du gendre idéal aux yeux des  ménagères de plus de 50 ans a comme changé. Il se lâche, développant dans la foulée un discours puisé à l’aune du culturellement halal. Habitué du tapis du Festival international du film de Marrakech, il tire aujourd’hui à boulets rouges sur cette manifestation mondiale qui fait déplacer Hollywood à Marrakech. «Il est temps que ce festival soit revu et corrigé. Il n’apporte rien au cinéma marocain», affirme El Ouali au journaliste d’Attajdid.  De quoi faire plaisir aux islamistes aux commandes du pouvoir qui n’ont jamais vu d’un bon œil le déferlement de stars aux  bras dénudés.  « Rachid El Ouali ne s’est jamais plaint jusque-là du FIFM dont il disait d’ailleurs le plus grand bien. Mais les vents ont visiblement tourné », relève cette comédienne à succès.
Que s’est-il donc passé ? Pourquoi cette 13ème édition d’un festival de cinéma qui s’est imposé sur l’agenda mondial, déplaçant les monstres sacrés du 7ème art international dans un pays comme le nôtre, n’a pas l’heur de satisfaire le comédien devenu cinéaste ?  « Parce que le FIFM n’apporte rien au cinéma marocain. Parce que les artistes marocains n’en profitent pas », déclare en substance El Ouali aux islamistes qui lui offrent une page de leur journal et la moitié de la « Une ». 
« Sauf que le festival international du film de Marrakech est une formidable opération de promotion d’un pays, le Maroc. Les retombées sont réelles. M. El Ouali devrait arrêter de se regarder le nombril et demander autour de lui ce qu’apporte un tel événement mondial non seulement sur le plan économique mais aussi et surtout sur un plan politique. Le Maroc joue dans la cour des grands. Quand l’immense Sharon Stone dit sa fierté de séjourner dans un pays musulman comme le Royaume, cela vaut toutes les campagnes de publicité déclinées sur le thème du «Maroc, pays le plus beau du monde », fait valoir cette communicante qui ne rate aucune édition du FIFM.
Rachid El Ouali ne s’arrête pas en si bon chemin. Il rend hommage aux cahiers des charges des médias audiovisuels publics qui ont, explique-t-il, barré la route aux parasites. Tonnerre d’applaudissements Mostafa El Khalfi, le ministre de la communication PJD qui a mené bataille pour paralyser la production audiovisuelle marocaine. Le premier rôle masculin du film à succès « Houssein et Safia » s’en félicite sur le ton de « On a reconquis la télé ». Et tant pis pour la qualité, pour l’ouverture, pour le talent.

Rachid El Ouali fait allégeance
Notre acteur-réalisateur-producteur va encore plus loin dans un exercice inédit d’allégeance aux apôtres de l’art propre. Il enfonce le clou pour défendre un cinéma respectueux de la morale et de valeurs défendues par qui vous savez. On croit rêver. Celui qui a été révélé au grand public par « Un amour de Casablanca » d’Abdelkader Lagtaa –le premier film « osé » du cinéma marocain- a fait du chemin. Mais dans le sens inverse, devant le porte-voix des  conservateurs de tous poils qui déclarent très officiellement vouloir encourager l’art propre
« L’instrumentalisation des artistes n’a jamais été une panacée. La propagande n’est jamais loin. Le dérapage aussi.  Rachid El Ouali a le droit d’avoir ses idées, son opinion. Mais il ne faut pas oublier qu’un artiste, un créateur, un acteur est une sorte d’éclaireur de la cité. Il est à l’avant-garde, il fait bouger les lignes.  Il ne regarde surtout pas dans le rétroviseur.  Par définition, l’art dérange. Triste sortie médiatique de Rachid El Ouali», soupire  cette femme d’image.
 Dans le cadre de son projet de société, le PJD a une vision bien à lui de la culture. C’est une vision étroite, étriquée. Derrière la bannière du patrimoine et de la culture authentique, le parti islamiste de M. Benkirane entend ne laisser aucune place à l’art qui innove, crée, fusionne, ne s’interdit aucune inspiration ni influence. Il ne faut pas l’oublier, à aucun moment dans la déclaration gouvernementale faite par M. Benkirane devant le parlement le mot modernité n’est prononcé. Si beaucoup feignent de l’oublier, des évènements et des déclarations intempestives de figures du Parti Justice et développement le rappellent régulièrement et de manière cinglante

La culture, cette âme de la démocratie

 « Le parti d’Abdelilah Benkirane a sa « black list » d’artistes qui innovent et créent et qui  ne sont pas vraiment halal à leurs yeux. D’ailleurs, ils ne se gênent pas pour leur asséner des critiques où l’intolérance et la diffamation ne sont jamais très loin », martèle ce réalisateur. Leila Marrakchi, Narjiss Nejjar, Noureddine Lokhmari, Ahmed Boulane ne sont pas vraiment en odeur de sainteté avec ces islamistes défenseurs d’un « art propre. Ils les accusent de tous les maux parce qu’ils s’élèvent sans autre forme de procès contre leur créativité et leur imaginaire.
Il y a quelques mois, des artistes ont rendu public un manifeste sous forme de cri d’alarme contre les restrictions de la liberté de créer. « Il n’est pas question de céder à la montée d’une certaine intolérance. Il n’y a pas et il ne peut y avoir de culture « propre », ni d’art « propre ». « Nous tenons à notre liberté. Nous tenons à ce que nos mots, nos images, nos espaces d’expression et de création restent libres. Nous tenons à la consécration et à l’affermissement des droits de l’individu, et à la préservation et au respect du droit à la différence. Nous tenons à toutes ces valeurs qui, partout dans le monde et à travers l’histoire, ont fait avancer les Nations et permis à toutes les composantes de la société de cohabiter en bonne intelligence. (…)notre pays a besoin, pour se développer, de femmes et d’hommes libres, de plus en plus libres, de mots libres, d’images libres, de pensées libres. Plus qu’une nécessité, c’est une obligation », peut-on lire dans ce document dont nous recommandons fortement la lecture à Rachid El Ouali.
Mais quand l’imaginaire et la créativité font obscure allégeance, quand un artiste entend mettre des freins à la création et adopte une grille de lecture fondée sur la morale religieuse, la démocratie peut vaciller.  «  La culture est l’âme de la démocratie », avait coutume dire l’ancien premier ministre  français, le socialiste Lionel Jospin. On ne le répètera jamais assez.

Narjis Rerhaye
Mercredi 18 Décembre 2013

Lu 1315 fois


1.Posté par alaoui le 18/12/2013 10:09
Certains artistes marocains manquent cruellement de background culturel,sur le plan intellectuel;ils deviennent aisément vulnérables.Ce comédien devenu par la grâce du ciel acteur et réalisateur;finira vraisemblablement son parcours comme le grand chanteur Abdelhadi Belkhayat.

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