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Rachid Andaloussi, maître d’œuvre de plusieurs projets marquants : “Les architectes marocains peuvent rivaliser avec les cabinets européens”




Rachid Andaloussi, maître d’œuvre de plusieurs projets marquants : “Les architectes marocains peuvent rivaliser avec les cabinets européens”
Rachid Andaloussi est l’une des figures
marquantes de
l’architecture au Maroc. Contrairement
à celui de beaucoup d’hommes de l’art
casablancais, son style
se caractérise par l’usage immodéré du blanc,
couleur par excellence
de la capitale économique, et par un recours judicieux aux lignes horizontales pour sublimer le jeu
d’ombres et de lumières
des formes de ses
réalisations.
Passionné par Casablanca et ses immeubles Art déco, il a participé à la création et présidé Casamémoire, une association dont le but est de sensibiliser
à la préservation et à la restauration du patrimoine urbanistique du
XXème siècle.
C’est aussi son amour
et sa parfaite connaissance de la ville qui lui
ont permis de restaurer nombre de monuments
et de remporter, avec
l’architecte français Christian de Portzamparc, le concours international pour la construction de Casa-Art, le plus grand théâtre d’Afrique et du monde arabe qui sera construit à Casablanca. Entretien.

Libération : Par quoi vous définissez votre style?

Rachid Andaloussi : Tout d’abord, c’est gentil de dire que j’ai un style. C’est un privilège pour moi d’avoir une ligne éditoriale par rapport à mes réalisations et toute une harmonie qui caractérise une trajectoire. Aujourd’hui pour un architecte qui se décale d’une continuité, il y a toujours une progression. Il est vrai, on peut se dire que c’est reconnu comme ça, qu’on n’est pas à côté de la plaque ; on est dans le chemin qu’il faut dans cette logique et éthique architecturale vis-à-vis des autres. De toute façon, ça ne peut pas être autrement parce que j’ai un apprentissage qui est d’abord lié à tout mon vécu local avant d’être une chose à l’international, un peu ce qui se passe ailleurs parce que mon privilège est d’être né dans une école, dans l’espace qui sublime l’architecture qu’est Casablanca.
On ne peut donc pas être né dans cette ville, être architecte et ne pas être dans le respect des règles d’architecture de cette cité parce que, tout d’abord, il y a un cumul visuel de tout ce que j’ai  emmagasiné en étant petit ; sachant que je revendique une double culture, car j’ai vécu entre Bouchentouf, Derb Soltane et la Ville nouvelle de Casablanca. Il est vrai qu’il y avait une intuition quelque part qui dictait les choses, qui disait qu’il y avait une harmonie, une logique par rapport à des immeubles qui étaient dans le dialogue déjà, on ne pouvait pas rester insensible face à un immeuble Art déco par exemple appartenant au patrimoine. Cela fait partie des choses qui s’inscrivent en nous depuis le jeune âge.
Mon style émane entièrement de cette grande école d’architecture qui est Casablanca, mon appartenance fait que je suis dans cette école. Cette école existe et ne peut donner que de bons résultats. Ma stature se caractérise toujours par le blanc, couleur par excellence de la capitale économique. Parfois mon expression architecturale se caractérise aussi par des lignes horizontales que je privilégie. Il ne faut surtout pas oublier que Casablanca a créé son propre style, c’est le style paquebot. Si on prend l’immeuble Bendayan, ou l’immeuble Liberté, c’est un peu comme une proue de bateau qui s’avance avec des formes ondulées et galbées, il y a énormément de sensualité dans cette architecture. Surtout une écriture claire, nette et simple à l’horizontal qui s’étale et qui crée justement le jeu d’ombres et de lumières par lequel cette cité se caractérise. En plus, quand on est blanc, les défauts ne pardonnent pas, ils sont visibles, ce qui fait qu’il y a tout de suite une rigueur qui caractérise le travail pour finalement s’installer correctement dans l’urbain.
Voilà un peu par quoi je peux me définir, peut-être que c’est un peu trop tôt pour parler de soi. Je préfère que mes œuvres ainsi que la critique parlent pour moi. Je ne peux pas en dire plus pour le moment. Il faut d’abord que je confirme le fait d’être un architecte et la confirmation ne vient que par le travail et la réalisation.

En tant qu’adepte de la modernité, vous participez à la création des espaces de vie des Marocains de demain, et donc à leur  culture. Avec l’ouverture du Maroc sur les cabinets étrangers, cette culture ne sera-t-elle pas bradée ?

Cela reste fait par des Marocains et on ne peut pas rater l’occasion d’être avant-gardiste avec notre culture et notre réalité. Il faut que cela soit un enseignement et non pas une caricature. Ce que l’on doit produire, ce n’est pas du folklore mais l’essence même de notre enseignement. Notre personnalité évolue avec le temps, ce n’est pas uniquement reprendre l’écriture architecturale du passé.
Avec notre identité, notre particularité et tout ce qui peut nous démarquer du monde entier. Il faut avoir la touche marocaine, la touche casablancaise. C’est pour ça que je revendique cette spécificité casablancaise. C’est ça qui différencie notre architecture au monde.
Je suis issu de la ville blanche, je pense que c’est un crime de construire avec une autre couleur que le blanc.

Que faites-vous en tant qu’architecte face à cette montée en puissance de la présence des hommes de l’art étrangers sur le marché national?

C’est un problème planétaire de toute façon, les frontières ne sont désormais que dans la tête des gens parce qu’avec Internet, le multimédia et l’ouverture au monde on y peut rien, la mondialisation est présente. Maintenant, il faut reconnaître le fait qu‘il y a de grandes signatures internationales en matière d’architecture, qui vont aujourd’hui avec tout ce qui est événement ou communication. Par exemple,  une ville qui veut soigner son image à travers le monde fait construire un musée ou un équipement valorisés par une signature mondialement reconnue de manière à avoir les projecteurs braqués sur elle, à l’image de la ville espagnole de Bilbao. Concernant la «santé» de l’architecture marocaine, on peut se dire qu’elle est bonne. Elle est reconnue par rapport à d’autres régions, à d’autres continents. Les architectes du Royaume tout comme les artistes plasticiens brillent par leurs réalisations sur le paysage marocain et même ailleurs. Donc, si un transfert supplémentaire de savoir doit être effectué, moi je l’admets. Si je dois m’associer avec des cabinets, et c’est le cas, ils doivent être les meilleurs, c’est-à-dire des prix Nobel de l’architecture. Dans ce cas, on ne peut leur fermer la porte parce que ce sont des gens qui travaillent beaucoup plus dans le monde que dans leur propre pays. Mais maintenant, s’ils ne sont pas des architectes mondialement reconnus et qui appartiennent à un star-system, je pense qu’aujourd’hui, les architectes marocains peuvent rivaliser de par leur qualité architecturale face à pas mal de cabinets européens. On l’a montré avec mon ami Abdelhakim Basir, on a bien réalisé la bibliothèque du Royaume et on n’en a pas honte, on a bien fait avec «Confluences» tout Bouregreg et on en est assez fiers. Et il y a plein d’autres projets de confrères qui sont très intéressants et qui peuvent aujourd’hui être inscrits dans le patrimoine architectural du Maroc, de leur vivant. Je pense à Abdelouahed Mountassir, Aziz Badda, Fekri Benabdellah, El Oufir, entre autres. Sans oublier les jeunes qui arrivent sur le marché ; il y a vraiment une pléiade d’architectes d’une grande valeur confirmée par leur travail. Il y en a certes qui viennent d’ailleurs mais sachez que nous sommes sollicités par les pays africains, arabes pour les bâtiments administratifs de grande valeur et d’autres.

Ne pensez-vous pas que l’urbanisme ait prééminence sur l’architecture?

C’est clair, lorsqu’on fait de l’architecture, c’est de l’urbanisme par morceaux. Il est vrai que l’on ne peut pas faire de l’architecture sans urbanisme. Il y a une analyse qui se fait aussi par rapport au lieu. L’urbanisme est une autre culture, sûrement liée à l’architecture mais qui exige beaucoup de disciplines (historien, philosophe, architecte, etc). Cela permet de tracer l’avenir des gens. Le lieu qui doit procurer du bonheur, de l’épanouissement à la population. C’est le rôle de l’urbanisme de faire la part des choses, de servir l’usager par des équipements comme le marché, les musées, l’école, les salles de sports ou autre hammam : tous les équipements publics nécessaires en somme. Lorsqu’un architecte construit plusieurs projets dans une même ville, il participe à la façade de l’urbanisme pour tout ce qui est de l’ordre du visuel.   

Vous vous êtes aussi impliqué dans le culturel comme en attestent le Musée de Rabat et le Grand Théâtre.

En réalité, je suis un homme à la fois comblé et chanceux d’avoir été un peu impliqué dans ces projets parce que j’ai toujours aimé faire ça; je suis aussi très attentif à ce qui se passe dans ce pays. L’architecte, lorsqu’il est confronté à une telle exigence d’un équipement culturel, en l’occurrence faire un musée, franchit une nouvelle étape dans sa vie.
Non seulement, on n’a pas le droit à l’erreur mais il faut aussi véhiculer un message vrai, authentique et rapidement perceptible. Il ne s’agit pas seulement de faire des volumes pour accueillir des œuvres, mais il faut aussi mettre en valeur ces mêmes œuvres, de manière à ce que l’expression artistique soit le témoignage d’une époque, d’un lieu ou d’un moment donné. Il faut être à l’avant-garde. C’est le lieu pour envoyer nos propres messages lorsque nous avons une vraie expression dans le travail architectural. Mais je suis ravi de participer à ce développement, car de toute façon je crois que la culture est un réel vecteur de développement humain. Sans culture, il est vrai que beaucoup de choses se perdent, l’homme perd des paramètres qui sont difficiles à récupérer. C’est aussi des lieux de démocratie, d’ouverture sur le monde et de rencontres des choses. Ce sont des lieux pratiques qui accélèrent le processus pédagogique pour les jeunes générations et en ce sens, c’est un outil essentiel.

En parlant d’avant-garde, vous avez aussi été à l’avant-poste en matière organisationnelle puisque vous avez été dans le fameux groupe «Confluences». Aujourd’hui il n’existe plus mais quel souvenir en gardez-vous?

Franchement, c’étaient avant tout des moments inoubliables dans ma vie professionnelle, d’abord parce que c’était la rencontre de quatre grands cabinets d’architecture ou grands architectes. Chacun avec ses spécificités, mais ils avaient tous pour objectif de faire de l’architecture avec un grand ‘A’, c’est ça le plus important. On a croisé nos idées et nos profondeurs, tout ce qu’on avait intérieurement. Nous nous sommes dévoilés par rapport à notre manière de voir les choses. Cet échange a été très enrichissant au niveau de notre architecture ; nous avons compris le sens du partage et du travail en groupe. Il y avait un élan de générosité entre nous. Je suis sûr que mes amis de «Confluences» partagent mon sentiment ; je n’oublie pas notre directeur Jacques Barbier qui a toujours été un élément fédérateur entre nous. Je suis sûr que nos quatre cabinets sont sortis grandis en matière architecturale de notre rencontre. Je suis très heureux lorsque je perçois, dans les productions architecturales des trois autres architectes, le résultat de notre rencontre. Ils peuvent lire également dans ma production la trace de notre collaboration. Sans oublier tous les moments de convivialité, d’amitié assez forte et emblématique de notre rencontre. Je trouve d’ailleurs qu’on existe toujours, bien que vous prétendiez le contraire ; on est amis, on possède des projets en commun même si des fois on se confronte dans quelques concours mais ça ne fait que relever la qualité du niveau architectural au Maroc tout en créant une motivation vibrante car, lorsque je vois en face de moi dans des concours Ben Abdellah, Mountassir, ou encore El Oufir, je sais que je dois redoubler d’efforts pour espérer être sur le podium.

Quels sont vos projets?

J’ai de bons projets, je suis très fier d’avoir la Cour suprême du Royaume du Maroc, c’est un grand privilège. Je participe aussi aux tribunaux du Maroc et au complexe judiciaire. Je continue également à concourir et à aller de l’avant. Cette année, j’ai fait au moins huit concours. Aujourd’hui, il faut le dire, il y a également des cabinets qui ont pu et su monter une structure, qui sont parvenus à employer 30 ou 40 personnes à l’image de Abdelouahed Mountassir ; moi-même, j’emploie un effectif de 36 personnes. On veut résister, on veut faire face et garder la tête haute.

Propos recueillis par Hassan Bentaleb
Mercredi 2 Novembre 2011

Lu 5449 fois


1.Posté par fatima BARRAMOU le 25/04/2012 15:54
Bonjour Monsieur ANDALOUSSI,

Je suis commerciale dans la société MATUSA spécialisée dans les produits de carrelage, on travaille avec les architectes et décorateurs

je voudrais fixer avec vous un rendez-vous pour présenter au mieux notre gamme de produits.

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