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Quels scénarios pour le 30 juin en Egypte ?




Quels scénarios pour le 30 juin en Egypte ?
Le 30 juin, premier anniversaire de l’accession au pouvoir du président Mohamad Morsi, ne sera pas un jour comme les autres. Il mettra à dure épreuve les principaux protagonistes de la scène politique en Egypte et indiquera la tournure que prendront les événements à court et à moyen termes.
Pour l’opposition libérale et séculière, regroupée principalement sous la bannière du Front National du Salut (FNS), mais aussi pour les groupes d’opposition de tous bords, tels le mouvement du 6 Avril ou Tamarrod (rébellion), il s’agit de démontrer leur capacité de mobilisation populaire, véritable baromètre de leur réussite le 30 juin, et après, de forcer le régime tenu par les Frères musulmans à faire des concessions politiques. La campagne Tamarrod, qui accuse le président, issu de la confrérie, d’avoir échoué à tenir ses promesses d’engager un processus de transition démocratique incluant l’ensemble des forces politiques, assure avoir presque atteint son objectif de réunir 15 millions de signatures populaires soutenant sa revendication de tenir des élections présidentielles anticipées.
Reste à voir si elle parviendra, avec les autres forces de l’opposition, à traduire dans la rue, le 30 juin, ce ralliement massif à sa cause. Alors que tous les indices portent à croire que la mobilisation populaire ce jour-là sera importante, reste à savoir si elle le sera seulement par des centaines de milliers ou par plusieurs millions de personnes. Là les chiffres sont très importants car ils montreront l’état de désaffection populaire vis-à-vis du président en particulier et du régime de la confrérie en général. Un paramètre crucial pour la suite des événements, qu’il s’agisse de la réaction du régime et des concessions qu’il aura à faire pour répondre aux revendications populaires ou de la politique future de l’opposition, capitalisant sur les mobilisations du 30 juin.
Pour le régime, les Frères musulmans et leur bras politique, le Parti Liberté et Justice (PLJ), il s’agit de surmonter l’épreuve du 30 juin à moindre coût. Ceux-ci tiennent avant tout à éviter le déclenchement de violences, dont le premier à en payer le prix serait le régime. Les précédentes irruptions de violences, comme en décembre 2012 devant le palais présidentiel d’Ittihadiya ou en janvier 2013 à l’occasion du deuxième anniversaire de la révolution, ont toutes mis le régime sur la défensive, terni son image et grignoté sa popularité, en raison de la violence policière ou de l’intervention musclée de partisans de la confrérie contre les manifestants.
Cette fois, et malgré des mesures de sécurité draconiennes, y compris le déploiement d’unités de l’armée dans les endroits névralgiques de la capitale, plusieurs indications montrent de forts risques de déclenchement de la violence, en raison d’un climat de haute tension et d’extrême polarisation entre les deux camps en présence, l’opposition libérale et le courant islamiste. Plusieurs composantes de ce dernier, dont la confrérie et le groupe salafiste ultraconservateur Jamaa Al-Islamiya, ont appelé à des contre-manifestations de soutien au président. Plusieurs chaînes satellites religieuses ainsi que des dirigeants du courant islamiste ont également vilipendé les protestataires du 30 juin, les accusant de tous les noms. Criminels, saboteurs, communistes, athées, coptes radicaux, les accusations n’ont pas manqué pour discréditer, ou décourager les potentiels participants aux manifestations de la fin du mois. Ces développements ont rendu particulièrement tendu le climat politique, que le parti salafiste Al-Nour a qualifié d’« état de guerre ». Opposé aux Frères musulmans, ce parti a réfuté la manière dont les partisans du président, pour galvaniser leurs troupes, ont présenté le conflit actuel comme étant celui entre « les croyants et les infidèles ». Al-Nour, deuxième force politique après le PLJ, a rappelé à l’occasion que lui aussi est opposé aux politiques du président Morsi sans que cela signifie, loin s’en faut, qu’il est opposé au projet islamiste. Ce parti ultraconservateur a pris ses distances vis-à-vis de la confrérie, après avoir été marginalisé par le président au début de l’année, et a rejoint l’opposition du FNS dans la dénonciation des politiques hégémoniques du régime.
Le 30 juin, l’éventuelle irruption de violence serait avant tout entre protestataires et partisans des Frères musulmans et du courant islamiste. Le ministère de l’Intérieur a clairement affiché à l’occasion son intention de rester en dehors de toute confrontation avec les manifestants. Voulant éviter les erreurs du passé et en tirant les leçons, le ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim, a souligné que le rôle des forces de l’ordre serait limité à protéger les bâtiments publics et ne s’étendrait pas aux sièges des partis politiques, en allusion au PLJ et au quartier général de la confrérie, théâtre de violents affrontements en mars dernier, et que la protection du palais présidentiel était du ressort de la seule garde républicaine. La police est fortement animée par un mouvement d’opposition contre son utilisation dans le conflit politique qui déchire le pays. Début mars, des milliers d’officiers de police et de membres des forces de l’ordre ont déclenché un mouvement de grève sans précédent pour protester contre leur instrumentalisation par le régime contre les manifestations d’opposants et pour dénoncer la « frérisation » du ministère de l’Intérieur. D’autres policiers critiquent le laxisme du régime à l’encontre des terroristes islamistes au Sinaï. Les funérailles, la semaine dernière, d’un policier de la brigade de lutte contre le terrorisme, tué par des djihadistes dans cette péninsule frontalière d’Israël, se sont transformées en manifestation contre le régime et le président.
Le 30 juin est avant tout une date symbole, marquant la fin de la première année du président islamiste au pouvoir. Elle a été choisie par la campagne indépendante Tamarrod, qui a inventé la collecte de signatures de la population comme moyen d’opposition et de refus du régime en place. La méthode est certes sans base légale, puisqu’elle n’est citée ni dans la Constitution ni dans aucune loi liée à l’exercice des droits politiques. Mais si elle réussit à atteindre le but affiché — réunir 15 millions de signatures dépassant les 13,2 millions de suffrages obtenus par Morsi au 2e tour de la présidentielle — et est couplée à une forte mobilisation populaire, il y aura une force politique indéniable, démontrant la désaffection populaire croissante à l’égard du régime. Un état de fait qui pousserait celui-ci à faire les concessions nécessaires pour désamorcer la crise.

Par Hicham Mourad Rédacteur en chef d’Al-Ahram Hebdo
Jeudi 27 Juin 2013

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