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Quels enjeux pour la diplomatie marocaine ?

Tarik El Malki : La diplomatie économique doit être l’un des axes majeurs de notre politique étrangère




«Le Maroc se doit de redéfinir sa stratégie économique en pratiquant un interventionnisme intelligent et non keynésien». Tels sont les maîtres-mots tenus par Tarik El Malki, enseignant chercheur et membre de la Commission des affaires étrangères à l’USFP, lors de la première conférence du Pôle TIZI relations internationales organisée à l’ESCA de Casablanca sous le thème : « Quels enjeux pour la diplomatie marocaine ? ».  
Dressant un tableau plus au moins mitigé de la situation économique du pays, qui entre impérativement en ligne de compte en matière de diplomatie, M. El Malki a tenu à mettre en exergue le fait que la diplomatie économique doit être l’un des axes majeurs de notre politique étrangère.
Pour lui, l’enjeu est ailleurs et ses implications pour un pays comme le Maroc doivent l’inciter à  prendre en considération les mutations majeures qui sont en cours à travers le monde et d’essayer de redéfinir, en premier lieu, notre stratégie économique à l’international et, ensuite, de revoir le rôle de l’Etat. «Nous devons passer d’un Etat qui pratique un interventionnisme keynésien  à un Etat compétitif ou stratège qui pratique un interventionnisme intelligent avec comme triple objectif de renforcer la compétitivité de l’économie afin de favoriser les exportations et , partant, la compétitivité des entreprises ainsi que de favoriser la compétitivité des territoires dans le but d’attirer les multinationales», a-t-il dévoilé en notant que ce faisant, le Royaume pourra bénéficier du transfert de technologie et de création d’emplois qualifiants.
Dans la foulée, le conférencier a estimé qu’il est nécessaire pour notre pays de renforcer sa compétitivité dans l’optique d’ouverture sur les marché extérieurs soulignant, au passage, la nécessité de mettre au diapason les politiques fiscale, éducative, sectorielle … Il a également demandé à ce qu’il soit tenu compte de la politique transversale, à savoir la régionalisation avancée, l’environnement des affaires et the last but not the least, la nécessité de développer des partenariats triangulaires avec pour objectif principal de faire du Maroc un hub régional. Soit une sorte de triangulation entre l’Europe et l’Afrique via le Maroc, et ce en capitalisant sur les effets des expériences générées par les implantations des grands groupes marocains.
L’orateur a insisté sur l’importance de la diplomatie économique qui doit être comprise comme volonté des Etats d’accompagner les stratégies de pénétration des entreprises à l’international.
Dans ce contexte, M. El Malki a déclaré que les multinationales sont un véhicule extrêmement puissant de la mise en place de cette mondialisation économique, citant à titre d’exemple la capitalisation boursière des 2000 plus grandes multinationales, s’élève à environ 40.000 milliards de dollars et que la somme de leurs chiffres d’affaires avoisine ce même montant alors  que le PIB mondial est de l’ordre de 75.000 milliards de dollars.
De fil en aiguille, il a noté qu’il serait aussi intéressant et plus que judicieux de comprendre les stratégies économiques mises en place par les Etats à l’international ajoutant que la diplomatie économique n’a finalement pas d’autres objectifs que d’accompagner des entreprises nationales dans leur conquête de parts de marché à l’international.
Une stratégie concrète s’impose donc selon Tarik El Malki qui pense que cette nouvelle donne pourrait permettre au Maroc de conclure  davantage d’accords de libre-échange (ALE) avec les puissances émergentes. Notamment en Afrique et en Amérique latine. Bref, là où il y a du potentiel de croissance pour le Maroc, et ce sans oublier l’intégration régionale et la négociation d’accords Etat-gouvernement- multinationales pour pouvoir  bénéficier des transferts de technologies.
Et de faire ressortir que le poids de ces firmes impacte les traités internationaux et leur permet de  bénéficier de clauses préférentielles et même  d’infléchir la politique commerciale en imposant une mise en place de barrières non tarifaires.
M. El Malki a également jeté un pavé dans la mare en indiquant que le ministère du Commerce extérieur doit être annexé à celui des Affaires étrangères et de la Coopération (MAEC) comme c'est le cas dans plusieurs pays européens.
En effet, pour lui, un renforcement des compétences et des capacités du MAEC s’impose. Ce n’est pas normal, tonne-t-il, que l’ambassade du Maroc à Pékin a seulement deux conseillers économiques alors que la France en a 500 !
Et d’expliquer qu’en faisant fusionner le MAEC  et  le ministère du Commerce extérieur dans le cadre  d’un super-ministère chargé du Développement international, comme c’est le cas en France.
Par ailleurs, l’intervenant a rappelé que les Etats sont obligés d’accompagner leurs firmes parce qu’elles sont elles-mêmes vecteur de conquête de nouveaux marchés, tout en relevant que le contrôle des ressources naturelles et de la technologie constitue, de nos jours, un vecteur de compétitivité des nations à travers l’innovation.
De même qu’il a dévoilé un autre instrument à mettre en place, à savoir l’intelligence économique. En effet, «d’aucuns savent que l’information intelligente et pertinente, est un instrument de compétitivité hors coût pour les entreprises et ce faisant, elle est une source de développement des avantages préférentiels pour les firmes», a-t-il fait observé. D’où l’importance de la mise en place de cette nouvelle discipline dont l’objectif est de permettre l’accès à l’information, de la structurer, de l’analyser, de la diffuser, de l’organiser et de la protéger de manière à ce qu’elle serve d’outil d’aide à la prise de décision. Dans ce sens, il a mis l’accent sur cette intelligence économique qui ne doit plus être cantonnée au niveau des entreprises, mais plutôt considérée comme un axe stratégique de développement de la diplomatie économique.
Selon Tarik El Malki, il faut pouvoir vendre le label Maroc à l’international là où se trouvent des Marocains parce qu’il n’y a pas de meilleurs ambassadeurs que nous- mêmes !
Les faiblesses de la diplomatie marocaine résident en réalité, selon lui, dans une tare originelle qui est l’absence de vigilance. « Nous n’avons pas de veille stratégique qui nous permette d’anticiper les changements à venir sur les plans institutionnel, international et économique », a-t-il précisé.
« Je considère que les enjeux économiques sont bien plus fondamentaux pour nous que les enjeux  politiques, car en ce qui concerne la question du Sahara, la solution passera inévitablement par l’adoption du Plan d’autonomie proposé, il y a une dizaine d’années, par le Maroc et qui constitue, d’une certaine manière, une plateforme de travail jugée crédible par l’ensemble de la communauté internationale. Les gesticulations du pouvoir algérien vieillissant et de son instrument fantoche, tentent vainement de déstabiliser le Maroc dont les modèles économique, politique, pluriel, pluraliste, multiculturel, sont enviés par nos ennemis », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que l’Europe et les Etats-Unis ont besoin d’un Maroc fort et stable ne serait-ce que pour lutter contre le terrorisme et les flux migratoires.
Bien évidemment,  notre pays est un pivot essentiel de la lutte contre ces deux fléaux. En conséquence, Tarik El Malki, signale qu’il ne faut pas accorder plus d’importance qu’il n’en faut à des déclarations d’un secrétaire général de l’ONU, lui aussi finissant et aux abois. « D’une certaine manière, lorsque les parties prenantes entendront  raison, ce sera sur la base du Plan d’autonomie proposé par le Maroc. L’enjeu est donc ailleurs et  la vigilance doit être de mise. Ce qui devrait se traduire par une réorientation des fondamentaux de notre diplomatie traditionnelle ; lesquels doivent se mettre en place à travers des outils spécifiques. Notamment, la création d’un centre d’intelligence économique directement rattaché au chef du gouvernement et qui devrait avoir quatre  attributions principales, à savoir fournir un flux d’informations continu aux entreprises  marocaines désireuses d’exporter, générer  un flux d’informations destiné à mettre en lumière la compétitivité des territoires dans le cadre de la  régionalisation avancée via des instruments de marketing territorial, mettre en place une cartographie de l’ensemble des risques auxquels est confronté le Maroc, réaliser des études sur les ALE pour en mesurer l’impact et le gain sur notre économie et déceler les opportunités de libre-échange avec de nouveaux pays ou groupements régionaux.

Meyssoune Belmaza
Samedi 9 Avril 2016

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