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Quel doit être le nouveau rôle de la France en Afrique ?




Si la France s’intéresse vraiment à participer 
au développement 
(économique) de l’Afrique, elle doit 
donc revoir 
sa politique africaine : la Françafrique. 
 
La France, pendant des décennies, a été considérée comme une partenaire au développement de l’Afrique.
Elle est surtout connue pour son rôle de gendarme pour l’Afrique et ses interventions militaires dans les conflits intestins meurtriers et incessants.  Mais le rôle qu’elle a joué dans le développement du continent noir reste toujours flou.
La France ne pense ni aujourd’hui ni demain rompre son fameux « mariage » avec l’Afrique ; si tel est le cas et si elle s’intéresse vraiment à « aider » les pays africains à se développer, elle devra revoir la globalité de sa politique africaine.
Les interventions militaires de la France en Afrique lui ont coûté – et continuent de lui coûter très chères. Faut-il encore lui rappeler les causes des conflits meurtriers et incessants en Afrique ? La pauvreté entre autres, est la principale.
 
Le coût des opérations 
militaires françaises
Il faut comprendre que le coût d’une opération militaire française dépend souvent des moyens humains et des matériels déployés, de la durée et de l’ampleur de la mission. De ce fait, il est difficile de déterminer à priori le coût.  Les opérations telles que « Serval » au Mali, « Harmattan » en Libye ou « Sangaris » en Centrafrique, sont financées par des crédits dédiés aux opérations militaires extérieures (Opex).
Les informations disponibles révèlent que  depuis 2011, les Opex sont dotées de 630 millions d’euros par an. La France dépasse systématiquement cette enveloppe et les surcoûts sont financés par des crédits interministériels: 578 millions ont déjà été débloqués en 2013 pour couvrir les frais de l’opération Serval. Une somme finalement marginale par rapport au budget total de la mission Défense pour 2013 de 31,4 milliards d’euros.
Selon la Cour des comptes, la campagne malienne, une intervention très lourde, a dû coûter 647 millions d’euros. A titre de comparaison, la France a dépensé 368,5 millions pour l’opération de sept mois en Libye et 493 millions pour l’intervention en Afghanistan.
Le rôle de gendarme que joue la France sur le continent a des conséquences très très négatives non seulement pour le développement de l’Afrique mais aussi pour l’image de la France sur les scènes internationales. La France a dépensé pour ses forces basées en Côte d’Ivoire, les « Forces Licorne », entre 200 et 300 millions par an, pendant quatre à cinq ans.
Malgré ces dépenses colossales, le dispositif militaire français n’a pas pu empêcher :
L’exode massif de 8.000 français en 2004.
La destruction et fermeture de toutes les écoles françaises en Côte d’Ivoire,
La destruction et la fermeture de presque toutes les petites et moyennes entreprises françaises dans ce pays,
Les drapeaux français ont été brûlés, l’image de la France remise en question…très très négatif.
Mais pourquoi ce grand échec? C’est le système « Françafrique.» qui, au profit d’une poignée d’individus, étant les dirigeants mégalomanes, sans visions, a ruiné l’Afrique francophone voire anglophone.
Etant donné que la principale source des conflits en Afrique est la pauvreté, la France devra investir dans le développement  du continent plutôt que dans la résolution des conflits, la situation ne cessant ainsi de s’aggraver. Cela veut-il dire que la France va devoir dépenser davantage ? Non.
 La transformation de l’Afrique implique de disposer des visions et des solutions aux grandes problématique que fait face l’Afrique.
L’économiste Thierry Tan nous montre comment cela est-il possible et en voici deux exemples.
Tout d’abord, «la France devrait user de son influence pour faire débloquer les projets industriels qui ont été bloqués par le système « Françafrique ».
Dans ce cas, à part quelques « coups de fil », la France n’aura rien à dépenser. Mieux, si la France veut aller plus loin – mais sans dépenser au-delà de son budget alloué actuellement à l’Afrique – elle devra rompre avec sa « politique africaine » actuelle. Deux exemples : 
Premier exemple : les 1.200 millions € dépensés pour les forces « Licorne » en Côte d’Ivoire pourraient être convertis en 50 usines de transformations de café. Ces usines auraient créé 35.000 emplois directs et 350.000 emplois indirects, soit 385.000 emplois en Côte d’Ivoire. Ce qui permet de faire vivre environ 385.000 familles, et comme chaque famille africaine est composée de cinq à sept personnes au moins, cela représente au total presque 4 millions de personnes.»
Ce serait non seulement dans l’avantage de l’Afrique mais aussi de la France – puisque cela réduirait le nombre de candidats à l’émigration. L’émigration (clandestine) des Africains lui pose des problèmes sociopolitiques et même économiques […], ce qui conséquemment rend le renversement de la courbe du chômage en métropole presque irréalisable.
Deuxième exemple : On dépense chaque année des centaines de millions € pour la « Francophonie », alors que le « français » est de moins en moins parlé dans le monde. Ainsi, dans l’ancienne Indochine française (Cambodge, Laos et Viêtnam), le français est aussi parlé que… le latin.  Tout simplement parce que la présence d’entreprises françaises était nulle dans ces pays.
 Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser autrement l’argent de la « Francophonie » et le consacrer à aider les entreprises françaises dans ces pays.» Les grosses sommes qui sont dépensées sur la « Francophonie » pourraient être utilisées pour créer des entreprises et des usines de transformation en Afrique.
«La France y gagnera, ainsi que le « français » qui sera très largement et plus couramment parlé.»
Encore plus inquiétant, beaucoup d’anglophones ont cette impression négative des francophones (y compris les français) dû au nombre croissant des conflits, des crises (politiques) et tous les autres maux dont souffre l’Afrique francophone : la situation actuelle au Mali, en Centrafrique, la crise politique de 2010 en Côte d’Ivoire, la supposée implication de la France dans le génocide rwandais de 1994, bref  le français, est une « langue de violence. » Mais Non ! Le français comme toute autre langue doit être et est un héritage culturel, donc une langue de culture et non de violence comme le disait le Pr. Elikem M’Bokolo lors de la conférence organisée par l’ambassade de France au Ghana en commémoration de la journée internationale de la francophonie le 20 mars dernier.  
Voici donc deux exemples parmi tant d’autres, desquelles la France peut s’inspirer pour changer son propre sort et celui des populations africaines.
 L’essentiel, c’est d’avoir une vision pragmatique pour combattre la pauvreté en Afrique.
En agissant pareillement, le rôle de la France sera mieux apprécié sur les scènes internationales et son influence sera plus d’autant plus grande que la présence d’entreprises françaises s’étendra en Afrique et dans le monde.
 
* Responsable d’Imani 
francophone.
Article publié en 
collaboration avec le think tank ghanéen Imani

Par Isidore Kpotufe *
Mercredi 4 Juin 2014

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