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Quel bénéfice le Maroc peut-il tirer de la conclusion de l’ALECA ?

Le gouvernement Benkirane en panne de communication




Quel bénéfice le Maroc peut-il tirer de la conclusion de l’ALECA ?
 
Voilà presque un an que le processus de négociation pour la conclusion d’un accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) a commencé entre le Maroc et l’Union européenne, et que le gouvernement Benkirane n’a pas bougé d’un iota pour informer les Marocains sur le fond de ces négociations.Lancées le 1er mars 2013, ces négociations qui vont hypothéquer l’avenir de toute une économie sont aujourd’hui au 4ème round, prévu au deuxième trimestre 2014.
Depuis l’entame de ces négociations, plusieurs documents ont été signée par la partie marocaine, notamment un partenariat pour la mobilité, le 7 juin 2013, et pourtant on ne sait toujours rien sur le contenu de ces accords. 
Se vantant de défendre le droit d’accès à l’information, le gouvernement Benkirane n’a rien communiqué sur le fond de ces négociations. La moindre des choses aurait été d’informer le public sur ce qui a été signé.
Pire, contrairement à ce que stipule la Constitution, l’Exécutif continue d’agir dans l’opacité, d’une manière unilatérale et sans concertation avec le Parlement qu’il devait pourtant informer.
Pour l’instant, peu d’informations circulent sur le fond de l’accord. La partie européenne, usant d’un langage terne, fait des déclarations  (avril dernier et juillet) sous des titres  très prosaïques tels que «approfondir les relations », «faciliter l’intégration économique marocaine dans l’espace européen»….   En réalité, il n’y a que les quelques chiffres émanant de l’étude d’impact flatteuse commandée par l’UE auprès d’un cabinet de conseil néerlandais «Ecorys » qui prévoit que l’ALECA une fois signé va accroitre à long terme le PIB du Maroc d’environ  1,6%, les exportations de 15% et le pouvoir d’achat des Marocains de 1,6 à 1,9%. Mais on ne sait pas comment pour l’instant.
Dans ce contexte aux contours flous, le Maroc a clôturé dans le doute le 3ème round. Jusqu’à présent, subsistent des doutes relatifs à la présence de barrières non tarifaires (quotas, contingents, prix d’entrée, calendriers) concernant les produits pour lesquels le Maroc dispose d’un avantage comparatif, mais qui risquent d’entraver les importations de produits étrangers dans le Royaume.
Du côté marocain, le gouvernement qui n’a même pas informé les représentants de la nation, se contente de rassurer le secteur privé qui, pour sa part, s’acharne à préserver ses propres acquis en menant sa croisade  contre l’ALECA.
La coalition internationale pour la préparation aux traitements (ITPC-Mena) et l’Association marocaine de lutte contre le sida (ALCS) se sont insurgés en estimant qu’il contient plusieurs clauses susceptibles de restreindre l’accès aux médicaments génériques. Ces deux associations ont demandé à être reçues par les négociateurs marocains pour les en alerter.
C’est aussi le cas de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) et la Fédération du commerce et des services (FCS) de la CGEM qui ont organisé, jeudi dernier, une table-ronde autour du thème : «L’ALECA et ses enjeux pour les secteurs du commerce et des services et leurs exportations».
En l’absence d’une conception exhaustive et claire de ce que doit être cet accord pour le Maroc, chaque groupe de pression se contente de défendre ses propres intérêts. 
Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Mohamed Abbou, n’a cessé de rassurer  les opérateurs privés, en soutenant que leurs préoccupations sont prises  en compte lors des négociations. «Le gouvernement comprend parfaitement les inquiétudes des opérateurs (privés), surtout ceux qui se sentent peu compétitifs ou ceux qui ne sont pas armés pour profiter de l’intégration à l’espace économique européen», a-t-il déclaré dans une interview accordée à un  quotidien de la place. Il a, dans ce cadre, promis monts et merveilles, entre autres, tenir compte de leurs préoccupations lors des négociations, intégrer la convergence réglementaire dans les stratégies sectorielles, en renforçant les programmes d’appui aux entreprises et en mettant en place des mesures d’accompagnement adéquates. 
Ce qui s’avère impossible, parce qu’on a, notamment, des barrières sur les fruits et légumes, les viandes, les produits laitiers et surtout des barrières qui ne disent pas leur nom qui sont liées à la normalisation. Un volet dans lequel le Maroc a un énorme retard. 
Entrer à l’UE serait un véritable désastre pour plusieurs secteurs qui ne sont pas normalisés. C’est-à-dire qu’il faut avoir la même comptabilité, les mêmes normes d’architecture, les mêmes formations des médecins, les mêmes formations des infermières, des juristes, des avocats, etc.  Il faut également avoir les mêmes mesures non tarifaires sur lesquelles doit s’aligner le Maroc.
 En substance, la conclusion d’un tel accord ne pourrait en aucun cas passer sans dégâts.
  On ne sait pas s’il faut commencer par se mettre à niveau, c’est-à-dire par une restructuration de l’industrie de l’agriculture ou alors  utiliser ce type d’accord comme déclencheur. Ce qui serait un vrai désastre. Les secteurs qui sont fermés et qui ont perdu le lien avec le progrès technique, vont souffrir davantage. En particulier, le secteur céréalier  qui  perdra  2,7% de sa production à long terme, selon l’étude d’Ecorys.
Etant donné que le seul gain tiré des précédents accords de libre-échange était un déficit de 200 milliards de dirhams,  pourquoi cherche-t-on, donc tous azimuts, à ouvrir davantage son économie, sans se restructurer et dans le manque de transparence?

Mohammed Taleb
Lundi 17 Février 2014

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