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Qatar ou la diplomatie du carnet de chèque




Qatar ou la diplomatie du carnet de chèque
Ce livre écrit  par deux journalistes français est une enquête sur les grandes  ambitions  démesurées du Qatar, ce petit pays du Golfe qui agace tous les pays du monde arabe et aussi ses alliés  français et américain.
On raconte que  Busch fils a pensé sérieusement un jour  bombarder la chaîne Al Jazeera.
Ce petit Emirat  insolé agace aussi Rabat par ses pétrodollars. La fermeture de sa chaîne officielle Al Jazeera a été la preuve de cette relation conflictuelle. Le Fonds de financement des banlieues françaises a aussi choqué à Rabat : le Roi du Maroc a fait passer un message courroucé aux autorités qatariennes :« Ne cherchez pas à manipuler les Marocains de France » peut-on trouver dans le livre .
Depuis 2010, le président français Nicolas Sarkozy   qui était à l’époque l’ami de l’Emir de Qatar a essayé de rapprocher les deux capitales. Comme geste politique, Rabat va autoriser la réouverture  du bureau de la chaîne quatarie, prochainement. L’émir a racheté de son côté un terrain de 34000 hectares et investi 4 milliards de dollars dans un programme touristique entre Rabat et Casablanca duquel s’étaient retirés des investisseurs arabes en raison de la crise.
La volonté  et l’insistance du Qatar pour racheter la filière de Vivendi : Ittissalat Al Maghrib ne plaît pas à Rabat vu le lien de l’Emirat avec les mouvements islamistes. Sarkozy, devenu leur avocat d’affaire, essaie déjà  de convaincre les autorités marocaines. Cette affaire de l’achat de Maroc Telecom peut rendre difficiles les relations entre  Rabat et Doha. La nouvelle équipe à l’Elysée ne voit pas non plus cette acquisition d’un bon œil surtout qu’Ittissalat  Al Maghrib est propriétaire de plusieurs opérateurs de télécoms en Afrique subsaharienne  et en Afrique de l’ouest.
Le problème de l’équipe de Doha, c’est leur  croyance dans le fait que le carnet de chèques peut tout acheter.
Voici quelques  extraits choisis de ce livre « Qatar – Les secrets du coffre-fort » de Christian Chesnot et Georges Malbruno pour éclairer nos lecteurs sur ce pays du Golfe.
 « Il y a quelques années, un intellectuel arabe, attaché aux  droits de l’Homme et volontiers critique à l’égard du Qatar, est interpellé par un responsable de l’émirat, avant  d’être interrogé sur la chaîne de télévision Al Jazeera à Doha.– Vous savez, lui déclare le responsable qatarien, un intellectuel comme vous doit avoir les moyens de se déplacer, il doit avoir une vie décente…
L’universitaire se demande où il veut en venir.
– Tenez, ajoute son interlocuteur, prenez cette carte Visa, et si vous la perdez, vous appellerez ce numéro.
Le vieux militant des droits de l’Homme a refusé. »
«  Le Qatar achète-t-il la France, comme l’assure   la presse, ou plutôt les âmes et les consciences ? Depuis que les Français ont découvert la boulimie d’investissements de l’émirat dans notre pays, les reportages se multiplient sur ce minuscule et richissime pays du Golfe  persique, coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. »
« Dans leur sillage, les interrogations, mais aussi les fantasmes, se sont répandus. Le Qatar cherche-t-il à islamiser nos banlieues ? Veut-il prendre le contrôle de sociétés stratégiques en entrant dans leur capital ? Ses liaisons dangereuses avec les islamistes aux quatre coins du monde arabe sont-elles un péril pour ses partenaires occidentaux ? »
« Depuis un an, nous avons enquêté sur les ambitions du Qatar et de ses dirigeants regroupés au sein d’une turbulente famille, les Al-Thani. Nous avons rencontré  des capitaines d’industrie française, la plupart des anciens ambassadeurs de France à Doha, mais aussi des militaires, des diplomates russes, israéliens et arabes en  Égypte, en Syrie, à Londres, et bien sûr des Qatariens à Doha, où nous nous rendons régulièrement depuis une dizaine d’années. C’est d’ailleurs  au cours de l’un de ces reportages que nous avons découvert le rôle d’Al Jazeera dans notre libération fin 2004, après quatre mois de captivité en Irak ».
« Sans démagogie, ni complaisance, nous avons cherché    à dessiner un tableau réaliste de ce « confetti qui s’imagine être un empire », selon ses détracteurs. Nous avons voulu comprendre les ressorts de cette ambition, qui coûte aujourd’hui à Doha de solides inimitiés un peu partout dans le monde arabe. Comme si la grenouille de la fable s’était prise pour le bœuf. »

Hamad Al-Thani : Le Coup d’état de la modernité

Lorsque, ce lundi 26 juin 1995, le téléphone sonne dans le bureau de Henri Deniaud, l’ambassadeur de France au Qatar reste coi. « Venez rapidement au diwan, nous avons un important message à vous transmettre », lui intime son interlocuteur.
Quelques heures plus tard, le représentant de la France  se retrouve aux côtés de ses homologues américain et britannique pour un entretien séparé avec le ministre  des Affaires étrangères, Hamad Bin Jassem.
– Je vous annonce que le fils de l’émir, le prince héritier, Hamad Al-Thani, va prendre le pouvoir demain.
Les choses devraient bien se dérouler. Informez-en vos autorités, recommande le cousin du futur leader du Qatar.
À son retour à l’ambassade, Henri Deniaud rédige un télégramme pour avertir Paris du coup d’État : le pouvoir va passer de Cheikh Khalifa à son très ambitieux fils, Cheikh Hamad, âgé de quarante-trois ans. À des milliers de kilomètres de là, l’émir en place, Cheikh Khalifa, soixante-neuf ans, ne se doute de rien.
Après une visite officielle au Maghreb, il est allé faire des examens médicaux de routine à Zurich, avant de  s’offrir quelques jours de villégiature à l’hôtel du Rhône à Genève, entouré de sa cohorte d’agents de sécurité  dirigée par les hommes du capitaine Paul Barril, l’ancien patron du GIGN, reconverti dans de juteuses affaires.
L’émir musarde dans sa suite, lorsque la nouvelle du coup d’État parvient à son entourage.
– C’était la panique, se souvient Patrice, son barbier français. Personne n’osait aller lui dire qu’il venait d’être renversé par son fils, on connaissait son impulsivité, on avait peur qu’il se rebiffe.
Finalement, c’est Paul Barril qui s’en charge. Khalifa est furieux d’être écarté de la sorte. Songez donc : vingt-trois ans plus tôt, il avait lui-même conquis le pouvoir par la force en renversant son oncle, Cheikh Ahmed.
Le choc passé, Khalifa appelle à la rescousse ses amis rois, princes et présidents de république : l’Égyptien Hosni Moubarak, Hussein de Jordanie et bien sûr ses voisins et protecteurs saoudiens. Le 31 décembre 1995, au milieu de sept cents princes, il assiste à l’intronisation d’Abdallah comme héritier d’un trône saoudien occupé par le roi Fahd, monarque très affaibli par la maladie. Il compte sur l’appui des uns et des autres. « En vain, la réponse à chaque fois est négative », se souvient un membre de la délégation de l’ex-émir.
Il faut dire que le fils avait très bien préparé son coup. Ses voisins des Émirats arabes unis avaient déjà été mis dans la confidence, et même ses « ennemis » israéliens.
Hamad Bin Jassem, le ministre des Affaires étrangères, les avait approchés via un Libanais très bien introduit auprès du lobby juif américain. Ce dernier réussit à convaincre la Maison-Blanche d’approuver le putsch à Doha, mais Bill Clinton posa une condition : que le nouvel émir reconnaisse Israël. Ce qui sera fait avec l’ouverture, quelques mois plus tard, d’un bureau d’intérêt commercial de l’État hébreu à Doha. Mais que va faire le grand frère saoudien qui n’apprécie guère Hamad ? Rien. Le président Bill Clinton a fait pression sur le roi, et dès le jour du coup d’Etat, dans la foulée de Washington, l’Arabie Saoudite reconnaît le nouvel émir du Qatar. Pourtant, c’est son demi-frère, Abdelaziz que Riyad soutenait pour la succession de Khalifa.
Depuis son exil doré, il est partagé entre l’Intercontinental d’Abu Dhabi et ses palaces londonien et cannois. Cette revanche se concrétise huit mois plus tard, la nuit du 13 au 14 février 1996. Khalifa est aidé par son neveu Hamad, l’ancien chef de la police, qui va recruter des mercenaires druzes proches du capitaine Barril, et des hommes de la tribu Al-Marri, dispersée de part et d’autre de la frontière entre le Qatar et l’Arabie Saoudite. Tout ce beau monde doit quitter Dubai à bord d’un bateau pour accoster au port de Doha, où ils seront rejoints par des Saoudiens, qui devraient avoir restauré l’ordre, en faveur du vieil émir, bien sûr. Manque de chance, l’équipée ne parvient qu’à pénétrer de quelques centaines de mètres dans le désert. Quelques jours auparavant, un comploteur issu de la tribu Al-Marri avait finalement préféré vendre la mèche à l’émir en place plutôt que de risquer sa tête. Le contre-coup d’Etat échoue lamentablement, presque sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré. Hamad, le neveu de Khalifa, est exilé en Syrie, avant de tomber dans un guet-apens à Beyrouth, où il est kidnappé puis emmené à Doha, jugé puis condamné à mort. Sa peine sera levée en 2001, et en 2003, il sera relâché.
La brouille sera complètement apurée entre Qatar et la France  lorsque la France soutiendra le Qatar devant la Cour internationale de justice (CIJ), qui trancha en 2001 un différend territorial avec son voisin, le royaume de Bahreïn, à propos d’îles que les deux Etats se disputaient. Le forcing de Paris a dû être puissant pour faire changer d’avis la plupart des juges qui, dans un premier temps, avaient rendu un avis défavorable au Qatar. Le président de la République Jacques Chirac, qui s’était personnellement engagé auprès de la CIJ, en sera remercié un an plus tard lorsque Doha passera commande de cinq Airbus pour un montant de 440 millions d’euros.
Finalement, en octobre 2004, Khalifa est autorisé par l’émir à rentrer au pays pour assister aux funérailles de Moza, sa première épouse, ce qui rassura définitivement les Qatariens sur la stabilité du régime.
Aux termes du compromis qui a abouti à la réconciliation des deux émirs, le père restitua à son fils plus de 75 % de sa fortune. Il lui remit l’Airbus A-340, mais conserva le Boeing 727, qu’il possédait de longue date. Agé aujourd’hui de quatre-vingt-six ans, Cheikh Khalifa passe le plus clair de son temps à Zurich, où il a été rejoint par Jassem, son plus jeune fils, et par des anciens de son entourage.
Mais au-delà, la vraie dispute portait sur l’avenir du Qatar, en particulier sur le sort de ses énormes réserves de gaz, que Doha partage avec l’Iran dans les eaux du golfe Persique. L’héritier plaidait pour le recours aux compagnies américaines et à la technologie du gaz naturel liquéfié (GNL), qui permettrait au Qatar d’exporter son trésor dans le monde entier et de devancer ainsi l’Iran sur ce juteux marché. « Il faut aller vite pour exploiter le site avant les Iraniens », ne cessait de répéter Hamad.
Chez lui, tout part d’une vieille frustration. Jeune étudiant à l’académie militaire royale de Sandhurst en Grande-Bretagne, Hamad était exaspéré de voir, à chaque présentation de son passeport aux douanes des aéroports européens, les policiers lui demander : « C’est où, le Qatar ? »

Le trio magique
du Qatar


Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le lancement de la chaîne panarabe d’information continue Al Jazeera lui permet d’installer son minuscule pays sur la carte du monde. Et quelques années plus tard, en 2003, l’accueil d’une base américaine sur le territoire de l’émirat lui garantira que le monde n’assisterait pas impuissant à l’entrée de chars saoudiens au Qatar. A la suite d’accrochages meurtriers entre soldats des deux pays en 1993, des militaires saoudiens avaient pénétré au Qatar, et coupé pendant quelques jours la liaison entre l’émirat et Abu Dhabi. Aussi, après l’invasion du minuscule Koweït par son voisin irakien, l’émir a voulu à tout prix éviter pareille mésaventure.
Quand le pétrole  était à son plus bas niveau, Al Jazeera et la base américaine lui permettent d’exister, sans trop de craintes, face à l’Arabie Saoudite et l’Iran, avant de jouer un rôle incontournable dans les conflits régionaux et les révoltes arabes qui surviendront plus tard.
Ce visionnaire anticonformiste entend faire de son petit pays un acteur connu et reconnu sur la scène internationale. Il sera aidé par deux êtres d’exception dans le monde arabe, sa deuxième épouse, la très ambitieuse Cheikha Moza, et son cousin, Hamad Bin Jassem, dont l’audace ne connaît pas de limites. Si le minuscule émirat du Qatar est devenu le pays le plus riche au monde par tête d’habitant, c’est grâce à ce trio magique, unique dans le monde arabe. Dotés d’un sens inné de l’opportunité, ils vont chercher à marier islam et modernité, tradition bédouine et gigantisme économique.

Youssef Lahlali
Mardi 2 Avril 2013

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1.Posté par BonjourQatar le 03/04/2013 09:59
Bonjour, je vous invite à découvrir le portail Bonjourqatar en français:
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