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Protection de la biodiversité : faut-il changer de paradigme ?




Protection de la biodiversité : faut-il changer de paradigme ?
Alors que 2010 est l’année de la biodiversité, l’UNESCO a lancé à Paris une exposition le 21 janvier, suivie d’une conférence sur ce thème. Si la protection de la biodiversité est a priori louable, elle peut se transformer en objectif chimérique, en conduisant à des excès et surtout, à créer une nouvelle bureaucratie.

Espèces en voie de disparition

Elle repose souvent sur le vieil artifice de la peur qui mobilise les populations. On nous annonce que les dauphins du Mékong meurent. Il paraît qu'en 2050 les requins auront disparu. Il s’ajoute que les albatros, splendides oiseaux océaniques dont l'envergure peut atteindre jusqu'à 3,5 mètres, sont très menacés. Tous les experts annoncent que la population mondiale du tigre a chuté de 95 %, seuls 4000 spécimens résistants encore dans la nature. D’autres espèces devraient disparaître ; de magnifiques photos terrifiantes à souhait nous sont montrées.
Des nouvelles viennent d'être publiées à propos des orangs-outangs. Il y a un « regain d'espoir » pour l'avenir de ces grands singes ; il ne resterait plus, d'après les estimations des experts, que 50.000 à 60.000 individus vivant à l'état sauvage dont 80 % en Indonésie et 20 % en Malaisie. La bonne nouvelle est qu'une colonie de plusieurs milliers d'individus vient d'être découverte à l'est de Bornéo.

Des excès

Natura 2000, directive européenne, établit partout, depuis 1992, des zones rurales où aucune activité n’est autorisée, sauf accord de Bruxelles. Cette directive a pour effet, au nom de la protection de la biodiversité, de paralyser ou de ralentir toute nouvelle activité, sauf accord du préfet, dans les territoires malheureusement visés. De ce fait, on est obligé de se demander si elle ne génère pas, dans la réalité, chômage et pauvreté.
En France, Le coût du TGV pour Marseille a été majoré à l’époque pour protéger un unique couple d’aigles de Bonnelli, dont, au demeurant, il n’est pas sûr que la trace ait été retrouvée. A cette fin, le tracé a été modifié et le chantier fut interrompu à plusieurs reprises. Il a fallu aussi complaire aux castors et, notons bien la précision, aux plobates cultripèdes qui sont, comme tout le monde ne le sait sans doute pas, de rarissimes crapauds.
Cela rappelle aussi une autoroute dans la Sarthe dont la construction fut bloquée longtemps, d’abord pour un pique-prune puis ensuite encore pour des chauves-souris, espèce fort à l’honneur : peu importe que l’autoroute ait été urgente pour éviter des accidents sur des routes secondaires.
En France, un chasseur a été poursuivi parce que pour échapper à une mort certaine il avait tué une ourse. Aurait-il dû faire une sommation ? En tout cas il fut obligé pour se défendre, non contre l'ourse mais contre les associations plaignantes, d'arguer de sa bonne foi et de démontrer, lors d'une reconstitution du « drame », qu'il était vraiment en danger.

Le risque
de bureaucratisation

Tous ces faits qui se multiplient et se reproduisent dans le monde entier conduisent à beaucoup d'interrogations. Selon ce qui est une véritable mode, il s'agit donc de respecter la biodiversité : les diverses espèces animales seraient menacées d'extinction et il faudrait les protéger, c'est-à-dire en fait créer des bureaux officiels pour s'occuper de la protection de ces espèces jugées menacées.
Mais finalement n'est-ce pas une vraie chimère ? Faut-il reconstituer les espèces telles qu'elles étaient en 1900 ? Faut-il protéger les espèces telles qu'elles sont en 2010 ? S'il faut protéger la totalité des espèces, nous nous trouvons devant une tâche évidemment impossible. Il existe des dizaines de millions d'espèces dont une toute petite partie, simplement, est connue : la découverte de grands singes que l'on ne connaissait pas montre l’impossibilité de tout recensement.
Mais ces difficultés ne découragent pas les créateurs de la chimère qui bâtissent toute une armature légale pour la consolider : réglementations et organismes fleurissent de tous côtés et les coûts sont considérables. On peut s'interroger sur la finalité de ce mouvement. De solides intérêts ne se cachent-ils pas derrière ? N'aboutit-il pas tout simplement au bien-être de bureaucraties publiques qui prospèrent sur la bonne conscience ? Par ricochet, cela mène à des impôts qui frappent précisément ceux qui aiment la nature et veulent la protéger.

Le rôle de la propriété

La protection de la biodiversité ne semblerait passer que par la réglementation et la bureaucratie. Or, on oublie le rôle fondamental de la propriété, et bien évidemment de la propriété rurale, dans la gestion de la biodiversité. La propriété, dont les modes sont divers, adaptables et souples, responsabilise. Les propriétaires ont une incitation, un intérêt à long terme à protéger l’espace naturel qu’ils possèdent et le gèrent de manière à ce qu’il soit durable. La biodiversité est naturellement un de leur souci majeur.
A cet égard, les pays en voie de développement nous offrent un exemple fort instructif. Beaucoup d'entre eux ont multiplié des initiatives en vue de respecter la biodiversité avec le minimum d'impôts et de réglementations : ce sont, notamment, les safaris et les parcs naturels. C'est un exemple frappant de protection de la nature avec le minimum de frais et l'exercice du droit de propriété. Mieux, encore cette méthode montre que la protection de la nature peut conduire à des activités rémunératrices et créer des emplois.
Les pays plus avancés pourraient s'en inspirer. On peut fort bien imaginer que ceux qui, légitimement, dans ces pays s'intéressent aux loups, aux ours ou aux chauve-souris, espèces particulièrement choyées par les pouvoirs publics, pourraient fort bien satisfaire leur passion en acquérant ou en louant le territoire voulu pour laisser leurs animaux favoris s'épanouir librement.
Comme l'ont amplement démontré les travaux du Prix Nobel d'économie 2009, Elinor Ostrom, il est sans doute temps de sortir du paradigme réglementaire en matière de protection de l'environnement. 

Par Michel de Poncins- Economiste.
Samedi 30 Janvier 2010

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