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Prochaine crise : l'Afrique




Prochaine crise : l'Afrique
La chute récente des prix des matières premières et surtout des prix du pétrole rend à peu près certain le fait que des pays gros exportateurs et instables connaîtront une crise dans les mois à venir, notamment en Amérique Latine, en Russie et en Afrique. Dans cet article, Richard Rahn (chercheur au Cato Institute et président de l'Institute for Global Economic Growth) tente de répondre à la question : dans quels pays est-elle susceptible d'émerger en premier? La révision à la baisse des demandes de l'énergie des pays occidentaux suite à leur entrée en récession, a enfoncé davantage les cours du pétrole qui se rapprochent dangereusement du prix-plancher retenu pour l'élaboration des budgets 2009 de plusieurs pays africains (RDC, Soudan, Nigeria, Angola, etc.). Ajoutons à cela l'instabilité politique et le caractère rentier de leurs économies et nous obtenons tous les ingrédients d'une prochaine crise en Afrique. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si les producteurs de l'OPEP, dont plusieurs membres africains, ont décidé de réduire leur production de 2,2 millions de barils par jour à compter du 1er janvier, afin d'enrayer la dégringolade des cours du pétrole.
On a pu souvent parier facilement sur une explosion du Moyent-Orient, mais il y a de bonnes chances que la prochaine éruption ait lieu en Afrique, en particulier en RDC puis au Soudan. Ailleurs, il y a en Amérique latine l'Argentine qui se dirige droit vers une nouvelle crise financière de la dette, et le Venezuela dont la situation ne cesse de se détériorer rapidement. On trouve aussi la Russie qui est très susceptible de réagir de manière inappropriée alors que son économie il y a encore peu fleurissante, entre dans une récession sévère.
Le prix élevé du pétrole et d'autres matières premières de premier plan ces dernières années faisait office de couverture de protection sur les tensions accrues au sein des principales nations exportatrices de ces matières premières. Contrairement à la Norvège ou plusieurs pays pétroliers du Moyen-Orient, la plupart des producteurs africains de pétrole ou d'autres matières premières, ainsi que des pays comme le Venezuela, dépensaient chaque dollar qu'ils recevaient. Aujourd'hui, avec la chute brutale des revenus générés par ces exportations, les luttes intestines vont s'intensifier autour d'un gâteau dont la taille se réduit comme une peau de chagrin.
La République démocratique du Congo est instable depuis des années. Elle a connu une guerre civile en 1996-97 et une autre en 1998-2003. La violence n'a jamais totalement disparu en dépit de la présence de forces de « maintien de la paix » de l'ONU. La RDC souffre des luttes de plusieurs dizaines de groupes rebelles régionaux ou locaux, et le pays n'est pas gouverné de manière efficace. Les dernières semaines ont vu une montée spectaculaire de la violence dans les provinces de l'Est, et un nombre croissant d'échauffourées avec des unités du Rwanda voisin. L'extraction minière - légale et illégale - représente une part substantielle des revenus de la RDC. Alors que ces revenus tendent à diminuer du fait de la baisse des prix mondiaux des matières premières, les incitations à voler la part des autres vont aller croissant. Etant donné la détresse économique grandissante et les diverses haines tribales et ethniques, il y a un danger réel et immédiat d'une escalade de la violence au-delà des frontières, dans une guerre régionale qui entraînerait de nombreuses pertes en vies humaines.
Le Soudan a pour sa part connu une situation de guerre civile plus ou moins depuis son indépendance en 1956. Il a aussi traversé des conflits persistants avec ses voisins. Le gouvernement du Soudan à Khartoum est peut-être mieux connu pour le nettoyage ethnique qu'il opère depuis de nombreuses années dans la région du Darfour. Ces agissements ont d'ailleurs valu au Président soudanais Omar Al-Bachir d'être poursuivi par la Cour Pénale Internationale.
Le Soudan est contrôlé par une minorité arabe du Nord et centrée à Khartoum. La population non arabe du Sud - plus nombreuse - réclame l'indépendance depuis longtemps et un référendum est prévu pour 2011. Les batailles au fil des années entre le Nord arabe et le Sud non-arabe ont coûté la vie à des millions de personnes - plus qu'au Darfour.
Le Sud du Soudan dispose de réserves pétrolières importantes et la production est transférée au Nord pour l'exportation. La majeure partie des revenus du pétrole restent dans le Nord, entre les mains du gouvernement, dominé par des Arabes. Le Soudan a bénéficié d'une croissance économique très importante ces dernières années, bien que la majeure partie du pays vive dans la pauvreté. Les Nordistes ont partagé assez de revenus du pétrole avec le Sud pour acheter un cessez-le-feu temporaire, mais les deux camps s'arment. Il y a par exemple des preuves que le cargo ukrainien récemment pris d'assaut par des pirates somaliens contenait des tanks de l'ère soviétique et d'autres matériels militaires destinés aux Soudanais du Sud (qui avaient obtenu la coopération de l'armée du Kenya voisin). Aujourd'hui, avec la chute du cours du baril, la question est de savoir si le gouvernement de Khartoum acceptera des revenus encore plus faibles pour éviter que les Sudistes n'entament une guerre civile. Et même si le gouvernement accepte, combien de temps cela durera-t-il ?
Les prix élevés du pétrole et d'autres matières premières ont permis une croissance économique réelle en Afrique cette dernière décennie, mais aussi permis à divers groupes et milices d'acquérir et de stocker des armes, sachant qu'il était peu probable que la paix reste permanente. Désormais, dans la perspective d'une baisse importante des revenus de ces matières premières, de nombreux groupes cherchent à maintenir leur propre revenu en mettant la main sur celui des autres. Cet état de fait générera des conflits entraînant comme souvent des meurtres de masse. Les nations occidentales subiront des pressions pour intervenir. Malheureusement, il est difficile de trier le bon grain de l'ivraie en pareil cas, et de soutenir la « bonne » faction.
 
 
 Le Dr. Richard Rahn est chercheur au Cato Institute et président de l'Institute for Global Economic Growth.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.
www.UnMondeLibre.org


Richard Rahn
Mardi 23 Décembre 2008

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