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Printemps arabe et tsunami politique




Printemps arabe et tsunami politique
Le tsunami politique qui bouleverse presque tout le monde arabe était prévisible depuis longtemps. Les «kleptocraties», les «phobicraties», et d’autres inventions et modes de gouvernance en «cratie» ne pouvaient survivre après la chute du Mur de Berlin.
Les pays de l’Est ont connu leur printemps émancipateur après la chute de l’empire soviétique. Les anciennes dictatures à la Pinochet en Amérique latine se sont métamorphosées en démocratie. Le monde arabe ne pouvait résister à la tempête du changement planétaire.
La mondialisation, le nouvel ordre mondial, les intérêts des multinationales ne peuvent tolérer des régimes d’un autre âge, régimes rétrogrades, totalitaires, théocratiques ou «démocratiques», dont la seule légitimité est la force aveugle et l’obéissance à l’Occident ou dans le meilleur des cas, la falsification des urnes. L’exception arabe n’était qu’une construction mentale sans fondement inventée par des esprits qui haïssent le changement et considèrent les Arabo-musulmans comme fatalistes et portant la soumission dans leurs gènes.
Les lois de l’histoire ne connaissent pas les races ; le changement et l’évolution sont les conditions sine qua non de l’existence humaine. Qui n’avance pas recule, dit l’adage populaire. Et qui recule est voué à la disparition. La marche de l’histoire est impitoyable et broie toutes les inerties sur son chemin. Mais qui pouvait espérer des changements dans des pays où l’analphabétisme et la pauvreté atteignent des niveaux peu égalés? Les régimes en place depuis des décennies sont totalement dépassés et ne peuvent comprendre ni les aspirations légitimes de leurs peuples, ni l’évolution et les contraintes du 21ème siècle.
Les partis politiques de façade et à la solde des régimes en place profitent du système, sont sans assise populaire, et ont perdu toute crédibilité auprès des citoyens. Une vraie gérontologie au niveau de toutes les instances au pouvoir, en passant par les généraux et les technocrates.
Ce sont les associations privées, sans pouvoir réel, et les nouvelles technologies qui échappent aux services spéciaux qui ont comblé le vide et mis à la disposition d’une jeunesse qui se réveille d’une longue léthargie de constituer des moyens de communications pour s’organiser et surprendre le monde entier. Oui, le monde entier a été surpris par la jeunesse tunisienne puis égyptienne qui s’étaient organisées en utilisant tout ce que les nouvelles technologies mettent à leur disposition pour sortir crier leur colère dans les rues.
Cette jeunesse manipulait la technologie à merveille et dépassait de loin les services de sécurité qui ont tout essayé pour entraver la communication et arrêter les manifestations, mais sans succès. La jeunesse qui a déclenché la révolution était éduquée, disciplinée et appartenait à la classe moyenne. Elle était non encadrée car ne croyant nullement en l’efficacité des partis politiques, mais elle s’était donné pour tâche de changer pacifiquement l’ordre établi.
Un ordre d’ailleurs archaïque qui repose sur une démagogie, de droite ou de gauche, qui ne trompe plus personne, qui dure depuis des décennies et qui ne réalise rien sur le terrain. Cette jeunesse avant-gardiste de la révolution a pu mobiliser le reste des citoyens, et très vite des gens de tous les âges et de toutes les classes sociales ont pris part au soulèvement populaire. Tellement le marasme était général ! On a pu voir de vieilles femmes se déplaçant péniblement, mais qui tenaient absolument à manifester. On a vu des familles entières, avec des enfants en bas âges, voire des bébés, venir participer à la révolte devenue populaire.
Ces jeunes sans expérience politique ont ébahi le monde entier par leur savoir-faire, leur intelligence, leur anticipation et leur esprit d’initiative. Ils ont choisi la non-violence et le Mahatma Gandhi devrait bien sourire dans sa tombe, car il a des disciples dans le monde arabe : la non-violence a permis d’atteindre presque tous les objectifs. Par contre, les seules violences qu’on déplore venaient du régime et de ses «baltagias» (=mercenaires), venus à dos de dromadaires et de chevaux pour tabasser des manifestants pacifiques. Bassesse impensable de l’un des régimes qui gouvernent le pays des pharaons et le cœur du monde arabe. Les héros de ces deux révolutions étaient finalement les deux peuples tunisien et égyptien.
La place Tahrir au Caire est devenue célèbre. Le monde entier a pu y contempler la marche de l’histoire, la re-naissance d’un peuple qui se réconcilie avec son passé, qui retrouve son âme et son humanité. Depuis la disparition de Nasser, les Arabes ont subi l’histoire.  Ils y assistaient en spectateurs impuissants, une histoire et leur destinée qui se faisaient à Washington, Londres, Paris ou Tel Aviv.
Ils subissaient aussi, non sans colère et rage, les politiques impopulaires de leurs gouvernements durant des décennies. Avec la révolte de ces jeunes, les décisions sont prises sur la place Tahrir, et les événements se succédaient à une vitesse vertigineuse au point que même les experts les plus rapides et les plus avertis ne pouvaient être à jour. Signalons que même l’Administration américaine s’informait à partir de la chaîne qatarie Al-Jazeera et réagissait en retard.
Pour une fois depuis longtemps, le peuple égyptien devenait maître de son destin, et dictait sa volonté à son régime et aux maîtres du monde. C’est une re-naissance du peuple égyptien qui a retrouvé sa dignité bafouée par les régimes qui se sont succédé depuis la disparition de Gamal Abd al-Nasser. Sur la place Tahrir, des millions de gens de toutes les classes sociales et de toutes les confessions, avaient le même objectif : le changement du régime répressif, totalitaire et impopulaire. Ces millions de gens se côtoyaient, se respectaient, se partageaient la nourriture, dormaient sur la même place, priaient derrière leur imam ou leur prêtre, et scandaient de la même voix. Pas une seule bagarre, pas une bousculade, pas un seul vol, aucun harcèlement sexuel malgré la présence nombreuse de jeunes femmes.
Dans n’importe quelle circonstance, on constatait un civisme qui va jusqu’au sacrifice des intérêts personnels, seul le dévouement à la cause commune comptait. Le peuple égyptien était exemplaire et le monde entier lui tire la révérence. Les révolutions tunisienne et égyptienne auront des conséquences certaines, non seulement sur le monde arabe et musulman, mais aussi sur le reste de la planète. D’abord ils ont fait tomber les murs de silence et de la peur, et d’autres peuples les imiteront et se soulèveront contre des régimes tyranniques.
Autres conséquences, les masques d’hypocrisie qui se superposaient durant de longues années sont tombés l’un après l’autre. Des clichés collés aux Arabo-musulmans, comme le terrorisme, la violence, le fanatisme, le fatalisme, la soumission, et d’autres encore, ont perdu leur raison d’être. Les raisons longtemps avancées par les pouvoirs en place, et que l’Occident se plaisait à croire, à savoir le spectre islamiste, se sont avérées sans fondement.
En Tunisie, en Egypte, et dans tous les pays où il y a eu des manifestations, les barbus étaient bien minoritaires et n’avaient pas d’influence notoire sur le déroulement des événements, ils ne représentent aucun danger. Fait à souligner : lors de l’une des manifestations dans un quartier populaire d’Alger, l’un des leaders islamistes qui voulait seulement raisonner les foules, n’a eu la peau sauve que grâce à l’intervention des services de l’ordre. Il allait être lynché par la foule, et ça lui a coûté une nuit en taule !
Un autre fait d’une grande importance et qui est passé sous silence par les médias occidentaux : quand les services de l’ordre ont évacué Le Caire, ce sont les jeunes musulmans, barbus ou sans barbes, désarmés et s’exposant à tous les dangers, qui ont protégé les lieux de culte des Coptes.
Sur la place Tahrir, on a assisté à des moments admirables, à des exemples de tolérance et de cohabitation exemplaires : des prières concomitantes, chrétiennes et musulmanes, qui rappellent les faits d’Alexandrie et démontrent que ce n’est pas le religieux qui est derrière le massacre des Coptes devant leur église, mais bien le politique! Les révolutions en Tunisie, et en Egypte sont lourdes de leçons et de conséquences.
Longtemps les politologues, les sociologues, les historiens et d’autres spécialistes vont analyser ces deux événements exceptionnels. Le 18ème siècle a connu la Révolution française de 1789, la première déclaration des droits de l’Homme, mais aussi des massacres et une anarchie qui ont permis à un Napoléon de prendre le pouvoir un certain 18 brumaire.
La Révolution bolchevique d’octobre 1917 a changé la face du monde, mais ses purges ont duré trop longtemps. En Tunisie et en Egypte, les contemporains ont assisté au changement de l’ordre établi sans effusion de sang de la part des insurgés. Les peuples qui brisent les chaînes de l’esclavage moderne et de la soumission, deviennent libres, retrouvent leur humanité et contribueront positivement au bien-être de leurs semblables.
Les Révolutions qui méritent ce nom corrigent la trajectoire de l’Histoire et donnent l’espoir qu’un monde meilleur est possible!

Mohamed ABOULASSE
Mercredi 16 Mars 2011

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