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Printemps arabe : espoirs et incertitudes




Printemps arabe : espoirs et incertitudes
                 
Le mois béni de Ramadan vient de s’achever et la communauté musulmane a célébré la fête de l’Aid El Fitr.
Au Maroc, et c’est connu de tous, ce mois béni est l’occasion d’une grande ferveur religieuse. L’abstinence et le recueillement sont de rigueur, la cure de purification des âmes est de mise.
La fête est l’occasion où on échange les bons souhaits et on lave le ‘’linge sale’’. C’est le moment de se pardonner, de se confesser et de prendre l’engagement de ne plus jamais transgresser les bonnes règles, de ne plus léser son frère.
Cette fête intervient à un moment très particulier de l’histoire des peuples arabes.
-La première particularité est, bien entendu, la disparition du paysage politique de certaines figures despotiques qui se maintenaient au pouvoir par la répression. D’autres dictateurs finissent leur nécrose, dans la douleur et le sang.
Les Tunisiens ont célébré la fête sans crainte ni risque d’être l’objet d’une filature policière à la sortie d’une mosquée, les Libyens se sont prosternés à la place verte rebaptisée place des martyrs devant Dieu et non pas le ‘’guide’’  qui les a terrorisés durant quatre décennies. Les Egyptiens, quant à eux, ont célébré la prière sur la place Tahrir pour la première fois de leur histoire.
Ces mutations, ou ces révolutions si l’on veut, ont été en apparence exclusivement l’œuvre d’une jeunesse éveillée, révoltée par des situations injustes et un anachronisme qui sonne faux.
Les autoroutes de l’information accessibles désormais à tout le monde ont fait le miracle.
Le Printemps arabe a été au départ un phénomène endogène, l’expression d’un ras-le-bol local, entretenu et géré de l’intérieur par des groupes de jeunes, très informés, mobilisés, déterminés et connectés via ce phénomène extraordinaire  et imparable que sont  les réseaux sociaux du Net.
-La deuxième particularité, nouvelle celle-là mais qui mérite réflexion, c’est l’entrée en lice de forces extérieures dans l’arène. Les révolutions tunisienne et égyptiennes ont été pensées, dirigées, de l’intérieur.
En Libye, par contre, le phénomène s’est rapidement internationalisé, les anciens amis du ‘’guide”, de l’autre rive de la Méditerranée se sont mués en ennemis redoutables.
Cette implication à fleur de terre, subite, occulte mal une présence permanente invisible, latente. Les grandes puissances ne sont jamais absentes du jeu, elles ont des yeux qui ne dorment pas et de grandes oreilles dotées d’une forte acuité auditive.
Les jours ou semaines à venir nous révéleront, sans aucun doute, des éclaircissements sur ce qui se passe en coulisse et ce qui a pu se passer au niveau des véritables tireurs de ficelles du monde actuel, qui ont tout le loisir de nous orienter, de nous conditionner, en fonction des objectifs qu’ils ont souverainement fixés, et qui doivent, vaille que vaille, être atteints.
La France a érigé un monument à la gloire de Bouazizi sur une place à Paris qui porte désormais le nom de ce jeune Tunisien qui s’est immolé par le feu et dont la mort a été l’étincelle qui a embrasé la Tunisie provoquant la chute du régime de Ben Ali. Ce geste pathétique fera-t-il oublier  la proposition française exprimée par la ministre de l’Intérieur de l’époque, de dépêcher en Tunisie ses experts en lutte contre les émeutes pour assister les forces tunisiennes ? L’éjection de Mme Alliot Marie est-elle suffisamment réparatrice?
La méprise  en Tunisie explique probablement l’empressement européen dans son intervention meurtrière et destructive en Libye même si la liquidation du régime libyen est salutaire pour tout le monde.
L’intervention musclée de l’OTAN a été au préalable légalisée à la sauvette par une résolution du ‘’grand machin’’ comme l’appelait De Gaulle, l’O.N.U.
Personne n’est dupe et tous les Arabes connaissent par cœur les nombreuses  résolutions qui condamnent sans équivoque Israël et qui sont toutes restées lettre morte.
La politique de deux poids deux mesures est un principe, j’allais dire une vertu, des puissances démocratiques  et civilisées qui régulent le monde.
Le droit d’ingérence se remet en place, nous souhaitons qu’il prenne en compte uniquement, ou un peu plus, le droit des peuples y compris ceux  qui sont menacés de famines et d’épidémies, faute de ressources pétrolières.
Ce droit d’ingérence est devenu légal puisque le Conseil de sécurité de l’O.N.U. délivre sans trop de peine le sauf-conduit qui peut permettre non pas des frappes militaires mais une occupation pure et simple.
Compte tenu de cet état des choses, et des rapports de forces actuels, nous sommes dans l’obligation d’être très vigilants et réalistes dans notre comportement et notre désir d’évoluer sur le chemin des réformes démocratiques. Lavons notre linge sale nous-mêmes et avec nos moyens propres et spécifiques.
Les solutions importées ne sont, en fait, qu’une déferlante dévastatrice dont l’issue est imprévisible. Une greffe présente toujours un risque de rejet qui mènera à l’installation d’une logique d’instabilité durable.
L’éveil de la jeunesse arabe ouvre une nouvelle ère avec ses espérances, mais aussi ses incertitudes, ses dangers.
Le Printemps arabe a permis l’éclosion de mille fleurs mais il n’y a pas que des fleurs, il y a aussi des épines qui les accompagnent.
La plus grosse de ces épines vénéneuses est la propagande venue d’ailleurs, de l’Occident en particulier, qui fait croire aux plus candides que les portes du paradis sont au bout de chaque rue arabe calcinée et jonchée de cadavres.
Au Maroc, Dieu merci, notre situation est atypique et exceptionnelle en raison du processus d’évolution que connaît notre système politique depuis de longues années.
Le musellement de la jeunesse chez nos frères arabes qui a conduit à l’explosion est inexistant au Maroc, la liberté d’expression et d’organisation est garantie depuis longtemps tout comme le multipartisme dans toutes ses sensibilités.
Les législatives de novembre et la mise en place d’une régionalisation avancée permettront des avancées considérables et sans précédent sur la voie d’un système démocratique et décentralisé.
Les réformes sont dédiées à  toutes les forces vives du pays, en particulier les jeunes et les femmes qui n’ont plus une excuse pour se soustraire à leur devoir de citoyenneté. 
 Nous n’avons pas besoin d’un nettoyage au ‘’karcher’’ ; il nous faut tout juste un dialogue de générations et une meilleure prise en charge de notre jeunesse par les appareils politiques qui ont le devoir d’encadrer et  d’orienter notre action.
Là où le cyclone de la révolution est passé, il faudrait de longues années pour réparer les dégâts et l’issue de toute déflagration sociale a toujours été incertaine, l’histoire le prouve.
Les évolutions pacifiques et concertées sont les seules qui mènent à bon port et sans grands dégâts.

Libé
Mercredi 7 Septembre 2011

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