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Près de Rio, remise en forme d'animaux avant leur retour à la forêt




Pas un seul battement d'aile dans la volière de Seropédica, près de Rio de Janeiro. Et pour cause, les aras et autres perroquets sont ici pour "s'entraîner": ils doivent réapprendre à voler après avoir été sauvés des griffes des trafiquants d'oiseaux.
Juste à côté, des singes, tortues, boas et même des alligators se refont aussi une santé au centre de traitement de l'Ibama, l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles, à un heure et demie de route de Rio.
Cet organisme d'Etat a entre autres pour mission de prendre en charge les animaux sauvages qui ont été chassés, blessés ou domestiqués et de les remettre en condition pour qu'ils puissent retourner vivre dans leur habitat naturel.
Parmi les perroquets, certains portent les stigmates de mauvais traitements, d'autres disent "Olà" (Bonjour), signe qu'ils ont été domestiqués.
Pour fortifier leurs ailes atrophiées par des années de vie en cage, Taciana Sherlock, vétérinaire du centre, leur fait faire de l'exercice en les posant sur son bras qu'elle secoue de bas en haut.
Le bel ara bleu et jaune qu'elle entraîne ce jour-là déploie faiblement ses ailes, dont des plumes ont été coupées pendant sa captivité pour limiter sa mobilité. Mais il ne semble pas encore prêt à décoller.
Les oiseaux sont également incités à prendre leur envol par une installation de deux perchoirs éloignés l'un de l'autre, avec de la nourriture comme appât de part et d'autre.
"Ici c'est l'école pour voler! On les entraîne pour qu'ils soient prêts à la vie en liberté. Il faut aussi les préparer à identifier les prédateurs et à trouver de la nourriture", explique la vétérinaire du centre.
Peu à peu, l'équipe de l'Ibama, qui reçoit près de 7.000 animaux par an, espacera les contacts avec les oiseaux jusqu'à ce qu'ils ne soient plus du tout habitués aux humains. Ils seront alors emmenés et relâchés dans leur région d'origine - souvent dans la forêt d'un autre Etat du Brésil, par exemple en Amazonie.
"C'est cruel tout ce qu'ils endurent et c'est terrible de les voir arriver dans de tels états, mais la récompense c'est de les voir prêts pour la liberté: la semaine dernière on a relâché 20 aras et toucans qui pouvaient voler, dans l'Etat de Goias!" (centre du Brésil), se réjouit-elle.
La vente d'animaux sauvages est interdite mais très pratiquée au Brésil, particulièrement à Rio de Janeiro, où se trouve la plus grande forêt urbaine du monde. Les espèces natives de cette région vivent encore dans les environs, voire parfois en pleine ville. Il est donc facile de trouver sur certains marchés des toucans, serpents, singes.
L'Ibama estime que quelque 38 millions d'animaux sont ainsi capturés dans la nature chaque année, dont quatre milllions sont revendus. Ce commerce générerait environ 2,2 milliards d'euros par an.
Le trafic le plus lucratif est celui des petits oiseaux, surtout ceux qui chantent. Avoir un oiseau en cage à la maison est presqu'une tradition dans les quartiers populaires de Rio, et des concours de chant d'oiseaux sont même organisés clandestinement.
Afin de les vendre plus facilement pour un usage domestique, certains trafiquants n'hésitent pas à leur couper une partie des ailes ou à leur briser des os: la souffrance les paralyse  et les fait paraître plus "doux".
Plus de 300 de ces petits oiseaux ont été amenés à la mi-juillet au centre par un groupe de la police spécialisée dans l'environnement. Roched Seba, fondateur de l'ONG Instituto Vida Libre (qui travaille en partenariat avec l'Ibama), montre des dizaines de petites cages au sol.
"Ils sont parfois trois par mini-compartiment donc forcément, certains ne survivent même pas au transport quand les braconniers les amènent de la forêt à la ville", soupire-t-il.
"Au Brésil, on a la plus grande biodiversité de la planète, mais les gens ne connaissent pas les animaux et veulent domestiquer des espèces sauvages. Il faut changer les mentalités en améliorant l'information", souligne ce Brésilien de 31 ans.
Roched Seba s'est donné pour mission de rendre la liberté à tous ces animaux de la jungle qui vivent en captivité.

Jeudi 3 Août 2017

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