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Première édition des “Matinées de Jamaâ El Fna” : Une place adulée et brocardée




Première édition des “Matinées de Jamaâ El Fna” : Une place adulée et brocardée
La Faculté des lettres et des sciences humaines (Université Cadi Ayyad-Marrakech) et le Master «Les métiers de la culture» ont organisé le mercredi 11 mai 2011, la Première édition des «Matinées de Jamaâ El Fna» sous le thème «Jamaâ El Fna entre tradition et modernité». 
Le programme portait sur les axes suivants  : «Jamaâ El Fna adulée et brocardée» (Maria Makhfi-Jaouad) -  «Situation socioéconomique des tatoueuses de Jamaâ  El Fna» - (Zineb Mabsout) -  «Jamaa El Fna entre le sacré et le profane» (Mustapha El Ouadifi) - «Jamaâ El Fna dans l’imaginaire collectif» (Khadija Alaoui) - «Jamaâ El Fna entre le sacré et le profane» (Mohamed Oujamaa) -  «Les valeurs dans la culture populaire» (Amina Miri) - «Jamaâ El Fna as a mystery-revealer» ( Abdellah Elhaloui).
«Requinquez-vous, vieille, Requinquez-vous donc.»  (Tallemand) est, nous semble t-il, l’attrapade favorite que font de plus en plus  les visiteurs à la place Jamaa El Fna, manifestement tombée en disgrâce.
Mais «regarder» n’est-ce pas «inventer»? comme dirait Salvador Dali.
Si ses spectacles enflamment les foules, son étymologie ravive les plaies ; en effet, vilipendée par les uns,  adulée par les autres, la place Jamaâ El Fna a toujours été présentée dans son histoire, comme place de la mort, lors du Protectorat, place  du châtiment, de la décapitation, du supplice, de l’anéantissement et dans un passé proche, de la trahison terroriste.
Aux fureteurs de tout bord, il est plus que temps de «lever l’excommunication» sur la place,  car l’art est amplement expiatoire. 
Exacerbée  par le reniement des siens qui répudient la succession d’un legs jugé indigne,  la place s’est tapie, au fil des générations, dans les replis ombreux de la mémoire collective.
Si l’on végète dans l’impasse historique, on s’acharne toutefois  à parler de Jamaâ El Fna en termes de «damnation», ou de «réhabilitation», de «sevrage» et de «dédommagement» et tout un chacun semble se complaire dans cette dialectique : place de la mort (originellement) et place de la magie, du mythe.
La place absorbe donc, dans son dégorgement, toutes ces variantes mythiques rattachées aux événements de la vie sociale et politique ; comme l’affirme J. Dournes, l’homme saisit le mythe comme action qu’il joue, réactivant un langage qu’il fait sien ; de cette manière, il prend conscience de cette dimension peu explorée de lui-même : il la saisit comme un appel à dépasser le programme fixé par sa société figée et sclérosée, et d’agir par le mythe, il devient agissant.
 Entreprise vaine donc, que celle qui consiste à décrier tantôt le passé, tantôt le présent, puisque l’art, jaillissant hors des chroniques noires des origines, devient matière à «histoires», plus qu’une conjuration ou un succédané, «lâchant la bride aux rêves et aux hallucinations» (G.Hognet)
Si ces situations conflictuelles lézardent la place, créant un monde de turbulences, interprété plus comme une supercherie qu’une rédemption, Jamaâ El Fna est néanmoins une force sociale, une option morale, un projet rencognant  un mécénat déconfit.
Les détenteurs de l’histoire de Jamaâ El Fna, fainéantés par des siècles, s’offrent dorénavant à la convoitise immodérée des nouveaux conquérants : associations et recherchistes de tout bord.
Tous ces actes pourtant si discordants sont néanmoins solidaires, en ce qu’ils ne s’éloignent pas de cet impératif qu’est la survie de la place. 
A l’inverse, les discoureurs incultes dont la conversion est impossible considèrent que les artistes se sont suffisamment attardés dans la paillardise et la badauderie ; mais sur la place, par son excentricité symbolique, le mythe donne cent et un démentis en  refusant de cautionner le répertoire mortifère des  pleureurs. 
Si le mythe «situe la crise, il n’y remédie pas» ; cependant «il substitue à la conscience des limites, l’illusion d’infinis possibles»(Abastado)
 L’envers symbolique de la place, qui au demeurant, sursoit à la querelle des anciens et des modernes, ne saurait être interprété comme une simple   tentative  absolutoire.
Les contes se succèdent, délaissant un récit pour un autre, paroles sibyllines crayonnant de nouvelles paraboles, orientant  la composition vers d’autres sphères mythologiques,  au risque même d’égarer le sens, comme si rien n’avait été dit, comme si tout était à refaire. Pour Leonide Pervomaïski  «Peu importent les notes, en musique, ce sont les sensations produites qui comptent».
Dans cette forclusion allégorique, les chartes conjuguées aux volontés confèrent à la place -pourtant si rustique dans les tréfonds de son œuvre- une haute mysticité.  Les idées perdront toujours leur procès contre les sensations, confesse Rivarol.
Sur la place, toutes les inspirations qui se croisent dans son univers, toutes les prestations, loin des «violences confessionnelles», prennent à bien des endroits, la tournure d’une poésie patriotique
Jamaâ El Fna est alors perçue, et probablement conçue, comme une «diversion» qui à tout instant soustrait les visiteurs d’un réel sans magie, occasionnant un constant «renouvellement intérieur», «la consécration de l’instinct», le triomphe de «la partie appétitive» de l’être, dirait Platon.
En s’identifiant à des personnages historiques ou légendaires, le visiteur désire acquérir «les vertus et les pouvoirs dont leur nom est le sésame ; il trouve en chacun un peu de lui-même ; sous ces figures multiples, il reconnait son image diverse et constante, contradictoire et inéluctable et il tente de la reconstruire» (C.Abastado)
Jamaâ El Fna c’est l’intuition de la vastitude -les places comme le symbole du commencement, des préliminaires pour le printemps arabe- et paradoxalement comme manchette de la ville Marrakech-Jamaâ El Fna Sghira et Jamaâ El Fna El kbira- sans aucune prétention esthétique. C’est «l’homme qui mange l’incommensurable» (Dali)                                                 
Maria

 *Professeur à l’Université Cadi Ayyad

MAKHFI-JAOUAD *
Samedi 14 Mai 2011

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