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Pratiquant la politique de la terre brûlée : Mouammar Kadhafi met la Libye à feu et à sang




Pratiquant la politique de la terre brûlée : Mouammar Kadhafi met la Libye à feu et à sang
Le Guide de la révolution libyenne est sorti de son silence mardi après-midi. Fidèle à lui-même, il a prononcé un discours dédié à sa propre gloire. Un discours dont le décor a été le bunker de la garnison d’Al Azizya  bombardée en avril 1986 par les Américains. Il y a menacé les insurgés de ses foudres vengeresses avant de les qualifier de «rats», de «drogués», de «malpropres» et de «traîtres» qui « méritent la condamnation à mort». Un discours guerrier et menaçant donc, mais aussi discours dangereux qui dresse les Libyens les uns contre les autres et jette les jalons d’une guerre civile.
Promettant de se battre «jusqu’à la dernière goutte» de son sang, Mouammar Kadhafi  a appelé la police et l’armée à reprendre la situation en main et exhorté ses partisans à lui exprimer leur soutien en descendant dans la rue partout dans le pays.
Théâtral comme à son habitude, le «Guide» était, cependant, moins à l’aise qu’il ne l’a toujours été au temps où il régnait en maître absolu sur le pays et sur ses richesses. Avec à peine quelques collaborateurs et une garde pour auditeurs, Kadhafi n’avait pas la superbe des grands jours. Et pour cause, son sanglant bilan, d’un côté, et l’acharnement de la jeunesse soulevée, de l’autre, n’autorisaient pas l’arrogance dont il aimait tant se draper.
Aussi est-il apparu décidé à pratiquer la politique de la terre brûlée. Le peut-il encore ? La seule certitude est que son régime qui perdure depuis 42 ans, est plus que jamais fragilisé. Une dizaine de villes, dont la deuxième après Tripoli, sont aux mains des insurgés, plusieurs diplomates en postes à l’étranger ont pris fait et cause contre lui.
Outre les deux pilotes de l’armée libyenne qui s’étaient posés sur un tarmac à Malte, choisissant de fuir plutôt que d’aller bombarder le peuple à Benghazi, des navires auraient également fui les eaux libyennes et des bataillons entiers auraient fait défection pour ne pas avoir à faire usage de leurs armes contre les manifestants, ce qui en dit long sur les réticences de l’armée régulière à conserver sa fidélité au colonel Kadhafi. Lequel recourt de plus en plus aux mercenaires étrangers pour épauler les massacres que sa garde prétorienne est en train de commettre.
Signe des divisions au plus haut niveau du pouvoir, le ministre de l’Intérieur, Abdel Fatah Younes, dont il venait de dresser le meilleur des portraits, a annoncé sa démission et son ralliement à «la révolution».
Avant lui, celui de la Justice, Moustapha Abdel Jalil, avait déjà démissionné «pour protester contre l’usage excessif de la force» contre les manifestants.
La lente déliquescence du régime était visible. Il était également prévisible que l’énorme pression exercée par le régime finisse par provoquer une explosion de cette ampleur. Ce qui l’était moins, c’est la réaction brutale et génocidaire de l’appareil répressif que Kadhafi, qui s’estimait irremplaçable et indétrônable, avait mis en place après avoir dépouillé l’Etat libyen de toutes ses institutions.
Après le coup d’Etat qu’il a fomenté contre le Roi Idriss 1er le 31 août 1969, Kadhafi avait, en effet, engagé un processus proche en théorie des thèses anarchistes, de dépérissement de l’Etat, abolissant la Constitution, les institutions classiques, les élections, les partis... pour instaurer «le pouvoir du peuple» à travers des «comités révolutionnaires» qui n’ont de révolutionnaire que le qualificatif.
Son Livre vert se voulait la synthèse de ce qu’il espérait être une nouvelle théorie révolutionnaire, une sorte de troisième voie, propre à la Libye. Un pays où la régression politique s’alimente des frasques d’un homme qui n’a certes aucune légitimité officielle, mais qui est le leader incontesté du pays et  dont les portraits ornent les rues de Tripoli.
L’autoproclamé «guide de la grande révolution de la grande Jamahiriya arabe libyenne» : Mouammar Khadafi a interdit les partis politiques et les syndicats et obligé toute la société à ne s’appuyer que sur des comités populaires basés sur la famille, la délation et les prébendes.
Après qu’il se soit fait un malin plaisir de détruire l’Etat au sens physique et conceptuel du terme, il s’est, en effet, autoproclamé l’unique «guide» de ce pays dont la rente pétrolière lui a permis de domestiquer l’essentiel de l’élite nationale, d’isoler et de museler les velléités de l’opposition, dont les figures sont soit en prison, soit en exil, et d’acheter la paix sociale à travers une redistribution de la rente et une répression inégalée.
La désarticulation de la société libyenne est le résultat de cette situation de non-Etat. Même si certaines thèses avancent l’idée d’un «Etat à part» qui ne peut être analysé avec les instruments théoriques classiques, pour le peuple libyen, l’absence d’un Etat central avec des institutions et des lois s’apparente à une situation d’anarchie et de non-droit qui permet au clan Kadhafi de gérer le pays sans rendre compte à quelque instance que ce soit.
Mais même la politique de l’oubli pratiquée par le régime Kadhafi pour effacer la mémoire collective d’avant septembre 1969 n’a pas réussi à rendre amnésique le peuple libyen qui aspire, aujourd’hui, à se réapproprier son destin et édifier un Etat moderne.
Ce n’est donc pas un hasard si la contestation a commencé en Cyrénaïque et plus particulièrement à Benghazi, centre de rayonnement du pays depuis toujours, terreau de l’élite politique et culturelle libyenne.
Ce ne sera pas non plus un hasard qu’elle aboutisse au résultat escompté.

L.M.
Jeudi 24 Février 2011

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